La marée noire de Deepwater, le naufrage de l’Exxon Valdez… Découvrez le coût des pires catastrophes environnementales



Publié le 16 juillet 2020

Après la marée noire en Arctique, le géant minier russe Norilsk Nickel se voit réclamer 1,8 milliard d’euros pour dédommagement par l’agence de l’environnement. Une somme d’ores et déjà contestée par le groupe. Dans les cas de pollution, à de rares exceptions près, les amendes mirobolantes réclamées au départ face au désastre environnemental et sanitaire provoqué, sont toujours remises en cause, voire même jamais payées par les entreprises. Novethic revient sur cinq cas d’école.

70 milliards de dollars pour la pire marée noire des Etats-Unis, une exception    

Le 20 avril 2010, il y a tout juste dix ans, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, au large du Mexique, explose et s’embrase. Onze personnes perdent la vie et 650 millions de litres de pétrole se déversent dans l’océan Atlantique. BP plaide alors « coupable » pour les accusations de faute professionnelle et de négligences. Un rapport de l’agence fédérale américaine du Chemical Safety Board (CSB) indique en effet que le puits n’avait pas été correctement scellé. « Forer toujours plus dangereusement, en réduisant toujours plus les coûts », telle a été la devise de BP depuis deux décennies d’après un journaliste du site d’investigation américain Pro-Publica. Ce que le géant britannique paiera très cher : entre amendes, indemnisations des victimes et nettoyage des côtes, le coût total s’élève à ce jour à quelque 70 milliards de dollars. 

Teflon : une bataille de 15 ans pour une amende de … 670 millions de dollars  

Il aura fallu la bataille acharnée d’un avocat, racontée dans le récent film Dark Waters, pour faire émerger cette affaire et condamner l’un des géants de la chimie. A la fin des années 2000, Robert Bilott défend un fermier, qui voit ses vaches mourir, contre DuPont. L’industriel fabrique du PFOA (acide perfluorooctanoïque), la substance phare pour rendre les poêles antiadhésives, jusqu’alors utilisée pour étanchéifier les chars d’assaut de l’armée américaine. L’avocat parvient à démontrer que l’industriel a contaminé, en toute connaissance de cause, des milliers de personnes en déversant ces polluants dans l’Ohio River. En 2011, un « lien probable » entre le PFOA et différents cancers et maladies de la thyroïde est établi. En 2013, DuPont s’acquitte d’une amende de 670 millions de dollars pour mettre fin à 3 500 plaintes, tout en niant sa responsabilité.  

Chevron VS Equateur : une amende record de huit milliards de dollars jamais honorée

En 2011, un tribunal d’Equateur inflige une amende inédite à Chevron. Le pétrolier est condamné à payer huit milliards de dollars en dédommagement des ravages infligés à l’Amazonie par Texaco, qu’il a racheté dix ans plus tôt. Pendant trente ans, entre 1967 et 1993, la compagnie a rejeté ses déchets pétroliers toxiques dans des fosses à ciel ouvert, contaminant sols, nappes phréatiques et rivières et provoquant de nombreux cancers au sein des populations indigènes. Pourtant, dix ans plus tard, l’Equateur n’a pas reçu un centime. Malgré de nombreux procès gagnés dans le pays et à l’international, c’est maintenant à lui de payer des dédommagements à Chevron qui a multiplié les appels et contre-procédures, s’estimant non responsable des agissements de Texaco. En 2018, le géant pétrolier a ainsi obtenu gain de cause devant une Cour d’arbitrage privée. Celle-ci a purement et simplement annulé la condamnation équatorienne.

Dow Chemical et Bhopal : une amende si faible qu’elle est saluée en bourse

C’est à ce jour encore le pire accident de l’industrie chimique et l’une des amendes les plus faibles au regard de son ampleur. En 1984, l’usine de pesticides d’Union Carbide explose à Bhopal en Inde. Officiellement, 7 500 personnes sont tuées – trois fois plus selon les ONG – et des centaines de milliers d’autres développeront une maladie. En 1989, 470 millions de dollars ont été versés par Union Carbide, alors propriétaire de l’usine, soit 550 dollars en moyenne par victime. Une somme si faible qu’elle est saluée en bourse : le jour du verdict, l’action grimpe de 7 % à Wall Street. En 2010, sous la pression des victimes, le gouvernement indien dépose un recours devant la Cour suprême pour réclamer 1,25 milliard de dollars d’indemnités supplémentaires à Dow Chemical, qui a racheté Union Carbide en 2001. Mais à ce jour, il reste sans réponse.

Naufrage de l’Exxon Valdez en Alaska : une amende divisée par dix  

En 1994, le tribunal fédéral américain condamne la pétrolière Exxon à verser cinq milliards de dollars de dommages et intérêts aux victimes de la marée noire provoquée par le naufrage de l’Exxon Valdez, cinq ans plus tôt au large de l’Alaska. La négligence de l’équipage, à commencer par celle du capitaine, en état d’ébriété avancé ce soir-là, est mise en cause. Durant 15 ans, la compagnie américaine conteste le montant de la peine. Ramenée à 2,5 milliards en 2006, la somme est divisée par 10 pour atteindre 500 millions de dollars en 2008. A l’époque, 42 millions de litres de pétrole brut avaient été dispersés dans la nature. 30 ans plus tard, les conséquences s’en font toujours sentir.  

Béatrice Héraud @beatriceheraud et Concepcion Alvarez @conce1





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