la délicate position du Dr Fauci


Le dialogue serait-il rompu entre Donald Trump et Anthony Fauci ? Depuis plusieurs semaines, la relation entre l’exécutif américain et le plus haut expert en maladies infectieuses du gouvernement semble se dégrader, et les attaques se multiplient contre l’immunologiste. Mais conscient de la popularité du Dr Fauci, Donald Trump souffle le chaud et le froid face aux médias.

Depuis le début de la pandémie, le médecin n’a jamais hésité à souligner la gravité de la situation aux Etats-Unis, malgré le déni de Donald Trump et de certains dirigeants démocrates. Jeudi 9 avril, il réitérait encore : « En tant que pays, quand nous nous comparons à d’autres pays, je ne crois pas qu’on puisse dire que nous nous en sortions bien. Ce n’est tout simplement pas le cas. »

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Et depuis plusieurs jours ses mises en garde se teintaient de reproches : « Il faut formuler l’hypothèse que sans les divisions qui sont les nôtres, nous aurions une approche plus coordonnée », confiait-il au site FiveThirtyEight jeudi dernier.

Une prise de parole aurait particulièrement déplu au président américain : le 10 juillet dernier, Anthony Fauci avait vertement corrigé le président américain, qui affirmait que « 99 % » des cas de Covid-19 aux Etats-Unis étaient « totalement inoffensifs » : « J’essaie de comprendre comment le président a eu ce chiffre, confiait-il au “Financial Times”. Je pense que quelqu’un a dû lui dire que le taux de mortalité était autour de 1 % et il en a déduit qu’il n’y a pas de problème pour les 99 %, alors que ce n’est évidemment pas le cas ».

Le scientifique mis à l’écart

Face au franc-parler du scientifique, qui met régulièrement à mal à la communication du gouvernement, ce dernier tenterait de le « mettre à l’écart ». Le « Washington Post » affirmait ainsi ce week-end que la Maison-Blanche avait fait annuler certaines de ses interventions à la télé et l’avait tenu loin du Bureau Ovale pendant plus d’un mois, alors même que le pays connaît un important rebond d’infections. Selon CNN, les deux hommes ne se parleraient même plus.

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Sous couvert d’anonymat, un responsable de la Maison-Blanche a confié dans un communiqué à CNN que « plusieurs responsables […] s’inquiètent du nombre de fois où le Dr Fauci s’est trompé ». Et de lister une longue série d’exemples, comme lorsqu’Anthony Fauci a minimisé le virus au début de l’année, ou lorsqu’il a dit au mois de mars que « les gens ne devraient pas se promener avec des masques ».

Dans une tribune publiée dans le média « USA Today », Peter Navarro, principal conseiller de Donald Trump sur le commerce, s’en est ensuite pris avec une grande virulence au scientifique de renom : « Anthony Fauci a eu tort sur tout ce dont nous avons discuté », a-t-il asséné.

L’exécutif obligé de tempérer ses critiques

Mais les attaques de l’exécutif ont été accueillies avec indignation par le public, le poussant à faire volte-face. Il a ainsi dû se désolidariser de la tribune de Peter Navarro : « Il n’aurait pas dû faire cela », a réagi mercredi Donald Trump. « Je m’entends très bien avec le Dr Fauci », a-t-il assuré, lui qui soulignait la semaine dernière que Fauci avait fait « beaucoup d’erreurs ».

Au sein même du camp républicain, de nombreux responsables sont aussi conscients qu’il vaut mieux garder le Dr Fauci auprès de l’exécutif. Certaines voix s’élèvent pour appeler au président et à son cercle rapproché de s’attaquer avec sérieux à la crise plutôt que de chercher des boucs émissaires. « Nous n’avons pas un problème Fauci », a ainsi martelé l’influent sénateur Lindsey Graham. « J’ai tout le respect du monde pour le Dr Fauci et, honnêtement, toute tentative visant à le déstabiliser ne sera pas très productive ».

« Je veux juste faire mon travail »

De son côté, le Dr Fauci, qui a travaillé avec six présidents des Etats-Unis, juge « bizarres » les agissements de la Maison-Blanche à son égard. « Je pense qu’ils réalisent que ce n’était pas prudent car cela leur retombe dessus », a-t-il expliqué au site The Atlantic mercredi.

Face aux critiques qui l’accusent de s’être trompé à de nombreuses reprises, celui qui est directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses depuis 1984 dit maintenir tous ses propos, renvoyant au contexte dans lequel certains ont été tenus. Il a par ailleurs critiqué la politisation de l’épidémie aux Etats-Unis, qui empêche selon lui de lui apporter une réponse appropriée : « Nous devons presque tout reprendre et nous dire : “Ok, arrêtons ces absurdités”. »

Quant à savoir si les attaques à son encontre pourraient le pousser à démissionner, la réponse de l’immunologiste est claire : « Je pense que le problème est trop important pour que je me mette à penser à ce genre de choses, a-t-il confié. Je veux juste faire mon travail. J’y suis très bon. Je pense que je peux aider. Et c’est ce que je vais continuer de faire. »

Selon CNN, Trump n’a pas l’intention de se séparer de Fauci, et ne pourrait d’ailleurs peut-être pas le renvoyer lui-même s’il le voulait. Pour l’instant, la popularité du scientifique et sa légitimité semblent encore le protéger, alors que 65 % des Américains croient les informations qu’Anthony Fauci donne sur le coronavirus, contre 67 % qui ne croient pas Donald Trump, selon une enquête Quinnipiac.





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