[Revue de presse] Pologne : les résultats de l’élection présidentielle révèlent les divisions du pays sur les questions européennes


Revue de presse
15.07.2020

Vainqueur d’une courte tête de l’élection qui se tenait dimanche 12 juillet, le président Andrzej Duda reste au pouvoir en Pologne. Les résultats très serrés ont néanmoins mis en exergue les divisions de la population polonaise, scindée entre conservateurs et libéraux, mais aussi entre anti et pro-européens.

Dimanche 12 juillet, le président sortant Andrzej Duda a été réélu en Pologne pour un mandat de cinq ans – Crédits : @andrzejduda / Facebook

Dimanche 12 juillet, le deuxième tour des élections présidentielles en Pologne a fortement mobilisé les électeurs, conduisant à un taux de participation « record« . Et pour cause. « [Cette] participation massive [était] due à l’incertitude qui entourait l’issue de ce scrutin, où s’affrontaient deux candidats que tout oppose« , estime Le Figaro. Alors que les premiers résultats « donnaient encore les deux candidats au coude à coude« , c’est finalement le président sortant Andrzej Duda qui a été réélu avec 51,2% des voix, face au maire libéral de Varsovie Rafal Trzaskowski [Libération]. Une victoire serrée donc, obtenue « en exploitant des divisions politiques et sociétales profondes, qui ne disparaîtront probablement pas de sitôt« , analyse le Financial Times.

Division marquée entre libéraux et conservateurs

Ces divisions se cristallisent notamment autour du rapport ambivalent qu’entretient le pays avec l’Union européenne. La portée de cette élection présidentielle « n’était pas juste nationale : elle était aussi européenne« , confirme notamment le chercheur Roman Krakovsky dans le Courrier d’Europe centrale, pour qui « la victoire du PiS [le parti majoritaire droit et justice] aux présidentielles renforce le camp illibéral en Europe« .

Les Echos estiment pour leur part que si Rafal Trzaskowski, « un candidat des villes soutenu par un vote jeune et proeuropéen » n’a pas réussi à prendre le dessus sur son adversaire, il s’est érigé en tant que « leader incontestable » de l’opposition polonaise. Mieux, malgré sa défaite, il a également réussi à prouver que « la moitié de l’électorat polonais refuse les diktats souverainistes et les atteintes répétées à l’Etat de droit » et ainsi ouvert « la voie d’une contre-offensive pro-européenne« , écrit Le Temps. « Quand c’est aussi serré… le gagnant doit tenir compte du fait que l’autre camp a également fait de si bons progrès », a ainsi glissé le ministre finlandais des Affaires étrangères dans son message de félicitations au président [Financial Times]. Signe que malgré sa réélection, Andrzej Duda devra tenir compte des résultats obtenus par l’opposition.

Relation incertaine entre Varsovie et Bruxelles

Et pourtant, l’heure ne semble pas être à la conciliation, le ministère de la Justice polonais ayant annoncé dimanche soir que la poursuite de la réforme judiciaire « devrait être l’une des priorités du gouvernement« . Celle-ci, lancée par le PiS à son arrivée au pouvoir, donne aux hommes politiques « des pouvoirs étendus sur les juges » [Financial Times]. Une réforme qui va à l’encontre du respect des valeurs européennes et vaut au pays d’être l’objet d’une « quatrième procédure d’infraction » lancée par la Commission européenne, rappellent Les Echos. « Les relations avec l’Union européenne et les dirigeants de l’ouest de l’Europe ont peu de chances de s’arranger« , conclut le quotidien.

[Revue de presse] Etat de droit : la Pologne visée par une nouvelle procédure d’infraction

Devant une telle attitude, « l’Union européenne doit-elle continuer à financer généreusement un État membre qui piétine l’indépendance de la justice ?« , s’interroge Le Point alors que « la Pologne est l’un des pays qui dépendent le plus des subventions européennes« . Cette question est d’autant plus épineuse que la proposition de plan de relance européen  adossée au budget pluriannuel, qui doit être débattue lors du Conseil européen des 17 et 18 juillet, prévoit de conditionner l’attribution de moyens financiers au respect de l’Etat de droit. Le maintien d’Andrzej Duda au pouvoir pourrait ainsi « conforter ses partenaires européens dans leur volonté de mettre en place pour les prochaines années un système permettant de couper les aides européennes aux pays qui ne respectent pas l’Etat de droit », analysent Les Echos. « Pour ceux qui considèrent que l’UE est certes un marché unique, mais aussi une communauté de valeurs, celles de la démocratie et de l’Etat de droit, le levier est inespéré« , confirme Le Monde.

Une analyse partagée par Politico, qui observe que « le gouvernement reste vulnérable sur plusieurs points essentiels : sa dépendance à l’égard des financements de l’UE, son besoin d’alliances stratégiques en matière de sécurité et sa volonté de renforcer son image sur la scène européenne et internationale« . Le média rapporte ainsi que la Pologne compte tenir le cap de sa réforme, mais pas à n’importe quel prix :  « la Pologne est prête à accepter les sanctions juridiques et financières de la Cour de justice de l’Union européenne mais reste opposée à toute notion de conditionnalité liée au respect de l’Etat de droit » pour déterminer l’accès des Etats membres aux fonds du plan de relance.

Sur la scène européenne, cette position semble néanmoins difficile à tenir face aux pays du Nord « qui ne veulent pas laisser filer l’occasion » de permettre à l’Europe de « faire respecter par ses propres membres les normes qui la définissent » pour pouvoir être crédible, poursuit Le Monde. Dans les colonnes du Financial Times, la politologue de l’université de Varsovie Anna Materska-Sosnowska craint qu’en restant sur cette position, Andrzej Duda puisse précipiter « de nouvelles querelles avec Bruxelles et un affaiblissement de la position de la Pologne« .

 

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