Jean Castex, le « VTT » de Macron


Après Edouard Philippe, le roseau, voici Jean Castex, le chêne. En une heure d’allocution face aux députés, le Premier ministre, chargé de sauver la mise du président de la République, a dévoilé un style tout en rugosité occitane. Du lourd, du costaud, que dis-je, de la bonne pierre du Sud-Ouest. Le mousquetaire gersois, à la carrure de deuxième ligne de rugby, au menton carré de capitaine d’infanterie, a martelé, voire asséné, le plan de relance du gouvernement avec une fermeté qui devrait plaire dans les « territoires ».

Ah, les territoires, ces collectivités qui devraient être au cœur de la politique du gouvernement, ces espaces perdus de la France profonde, qui sentent le crottin, l’ennui et la désespérance sociale, Jean Castex ne va pas les abandonner. Au contraire. Ils seront au cœur des préoccupations gouvernementales, et surtout du locataire de Matignon, lequel a rappelé, avec force conviction républicaine, que sa mère était institutrice et qu’il n’oublie rien de ses racines. Donc, gilets jaunes et autres révoltés de la France des ronds-points et des grandes surfaces, n’ayez crainte, un de vos semblables est désormais à la tête de l’Etat. Ne vient-il pas de cette France d’en bas qu’il a bien l’intention de soutenir à coups d’aides sociales, de soutien à l’emploi tous azimuts, mais aussi d’allocations de rentrée scolaire exceptionnelles, de repas au restaurant universitaire à 1 euro pour les étudiants boursiers ? Jean Castex ne lésine pas sur les moyens. Les milliards vont pleuvoir en cette fin d’année et, ce, jusqu’au début de la campagne présidentielle. Les Français ne peuvent pas s’en plaindre, mais il faut bien avouer que, dans les faits, nous sommes déjà dans la phase des préliminaires de l’élection de 2022.

Emploi des jeunes, relance économique, écologie… Les principales annonces de Jean Castex

Or, Castex le Roc, plus carré que lui difficile à trouver, va jouer un rôle capital pour son champion. Il doit diriger son gouvernement comme un pack de rugby, sans fioritures, sans chichis, sans atermoiements. Tenir une troupe de choc, un commando sans états d’âme, le doigt sur la couture du pantalon. Et préparer un terrain sacrément miné par la crise sociale à venir.

Distribution de carottes

Qui, en effet, mieux qu’un homme du terroir pourrait défendre et comprendre ceux d’en bas ? Emmanuel Macron, en choisissant un « homme des bois », un enfant des terres de l’Armagnac et du foie gras, un haut-fonctionnaire au corps de bûcheron, capable de protéger le « corps du roi », a inventé son double inversé, son contraire. Jupiter a trouvé son Vulcain, son énarque en bleu de chauffe, celui qui trime dans la forge, sans sourciller, sans geindre. Avec lui, il espère se réconcilier avec la France des villages et des clochers. Castex est son VTT, son Va-Tout des Territoires, lequel a annoncé un plan vélo sur l’ensemble du pays, au plus près des collectivités « territoriales », et une décentralisation à organiser en concertation avec… les territoires.

Jean Castex, le grand commis de Macron

Qui, mieux que ce supposé gaulliste social, pouvait remettre sur la table la énième annonce de relance de la participation des salariés au capital des entreprises, vieille lune du Général de Gaulle que les gouvernements successifs, depuis trente ans, ont mis au rancart avec un dédain toujours renouvelé ? On attendait de la part de Castex le Roc un clin d’œil du côté de Michel Rocard, avec la création d’un Haut-Commissariat au Plan, histoire de montrer aux citoyens que la politique industrielle du pays était bien pensée sur le long terme par un gouvernement dirigiste, et pas seulement soumise aux soubresauts de l’économie mondiale. Et là, la surprise du chef, le projet est dans les tuyaux. Emmanuel Macron va donc lancer ce chantier politique très délicat à 18 mois du renouvellement de son mandat. François Bayrou, prévu pour ce poste prestigieux, est sur les starting-blocks. Le « plan « de relance aura donc bien des allures de « planification ».

A vrai dire, le temps n’est plus aux opérations de long terme, mais aux coups de défense de l’emploi et de la consommation populaire, qui ressembleront à de la cajolerie électorale. Après le bâton, Emmanuel Macron joue donc la carte de la distribution des carottes. Si les Français d’en bas, les nouveaux amis de Jean Castex, peuvent en bénéficier, pourquoi s’en plaindre ? Après tout, comme disent les gens modestes : « C’est toujours bon à prendre. »





nouvelobs

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