Macron ou le tournant de la ligne droite


Comment lutter contre les « passions tristes », comment barrer la route à la pétoche qui gagne nos concitoyens, à l’aquoibonisme ambiant, à cette perte de civisme qui prend des propositions alarmantes depuis les élections municipales, marquées par un taux d’abstention historique ? Comment en finir avec l’image désastreuse de « président des riches » ? C’est la mission, presque suicide, que veut conduire Emmanuel Macron pour les mois à venir.

Au cours de son entretien télévisé, le président du « ruissellement » a bien tenté de jouer les modestes, de reconnaître qu’il a sa part de responsabilité dans la perte de confiance de ses concitoyens à son égard. A-t-il commis quelques erreurs ? Affirmatif. Mais attention, seulement des bourdes de communication, des fautes de débutant. On l’avait mal compris. Il est victime d’une série de malentendus. Car, sur le fond, sur sa politique consistant à mêler « esprit de conquête » et « réussite sociale », il avait raison sur toute la ligne.

Deuxième vague, rentrée des classes, impôts… Les principales annonces d’Emmanuel Macron

Comment pourrait-il d’ailleurs se flageller publiquement, au risque de perdre définitivement la main sur un pays qui le boude ? Il faut donc garder le cap, tout en inventant un « nouveau chemin ». Aller tout droit, tout en opérant un virage ? L’exercice relève de la prestidigitation. En politique, cela s’appelle la dialectique, ou l’art de godiller par gros temps. Dans ce domaine, le président est devenu un expert.

Exemple : la réforme des retraites est, selon lui, indispensable, voire vitale pour améliorer l’avenir des plus démunis, donc à remettre sur le tapis au plus vite. Mais cette fois, il nous annonce qu’il est urgent d’attendre, ce qui, après tout, est le signe que l’Impétueux a mis de l’eau dans son vin et qu’il est capable de faire marche arrière quand le pays le lui suggère. Plutôt une bonne nouvelle ? Le message qu’il a tenté de faire passer auprès des Français est donc d’annoncer sa « réinvention », mais en sourdine, sans brusquer les uns et les autres. Une forme de métamorphose imperceptible ? En d’autres termes, l’électrochoc que pouvaient espérer les Français n’a pas eu lieu. Macron II est le sosie de Macron I.

Moins va-t-en guerre et moins fougueux

En répétant à l’envi qu’il faut réunir la « France autour d’une table », que l’ère du dialogue tous azimuts est de retour, que rien ne se fera sans la « confiance retrouvée » entre gouvernants et gouvernés, il a tenté pourtant de nous vendre l’idée qu’il serait beaucoup plus à l’écoute des émois du pays réel. Ah, la confiance perdue ! On sentait bien que le locataire de l’Elysée éprouvait une forme de mélancolie, une nostalgie de ses premiers jours au pouvoir, quand l’enthousiasme populaire lui avait donné des ailes. Malgré sa volonté d’afficher un volontarisme guilleret, on pouvait lire, cette fois, dans son regard clair un doute sur la suite de son quinquennat.

Comment échapper à une tragédie sociale, après les gilets jaunes et la pandémie du coronavirus ? En lançant cette « opération jeunesse » visant à éviter une catastrophe, qui pourrait envoyer plusieurs centaines de milliers, voire un million, de jeunes à Pôle Emploi, dès cet automne. On applaudit à l’annonce de la création de 300 000 contrats d’insertion, de 100 000 à 200 000 contrats de service civique, de 200 000 places créées dans les organismes de formation.

Côté verdissement de sa politique, on se réjouit à la décision présidentielle de mettre le paquet sur le fret ferroviaire, sur la réduction des lignes aériennes intérieures, sur la remise en services des trains de nuit et la réouverture des petites lignes, sur le développement des véhicules à hydrogène. Le Macron de fin de mandat sera vert, mais dans le modèle écologique du « mieux » et pas du « moins ». Traduisez : chantres de la décroissance, je ne vous suivrai pas sur ce chemin.

Macron peut-il se recycler en écolo ?

Qu’avons-nous appris, finalement, au cours de son entretien télévisé avec Léa Salamé et Gilles Bouleau ? Que changer de couloir en pleine course est un art difficile, que ce président qu’on jugeait arrogant et inébranlable n’a certes pas inventé un nouveau chemin pour la France, mais qu’il a beaucoup appris sur les mouvements en profondeur de son pays. Pas de « nouveau chemin » mais un « nouveau Macron » ? Un président assagi, en route vers une forme de sobriété politique, moins va-t-en guerre, moins fougueux, plus à l’écoute ? C’est, a minima, le message qu’il a fait passer. Le « Gamin » aurait-il pris de la bouteille ?





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