14 juillet 1930 : Des buts, début, et Clou du spectacle



  • Preguinho a inscrit le premier but du Brésil en Coupe du Monde il y a 90 ans jour pour jour
  • Il a remporté des titres dans dix sports au total, dont le football
  • Il refusait de se faire payer pour jouer un sport qu’il adorait

Coelho Netto, auteur, dramaturge, politicien, poète et éditeur en chef d’un journal, souhaite qu’un de ses 14 enfants devienne un grand sportif. Son 12ème sera l’élu. Son sport de prédilection : la natation.

Aux cinq ans de son fils, Coelho prend alors son fils par le bras et le jette dans une piscine. « Je pensais qu’il allait nager, mais il a coulé comme un clou », raconte plus tard l’inventeur du surnom de Rio de Janeiro, A Cidade Maravilhosa (la ville merveilleuse). À partir de ce moment-là, João devient ‘Prego’, qui signifie clou en portugais. Et évidemment, son diminutif ‘Preguinho’ (petit clou).

Bizarrement, cet incident n’écœure pas le petit Preguinho de la natation. Mano, son grand frère voué à une carrière littéraire selon son père, aime nager dans les eaux de Rio. À l’origine, João ne fait que regarder Mano, mais craignant que le frère qu’il idolâtre ne le prenne pour une poule mouillée, il se met lui aussi à nager et se rend compte qu’il n’est pas mauvais du tout.

À seulement 18 ans, Preguinho devient le champion de natation de Rio de Janeiro sur 600 mètres. Deux ans plus tard, le 19 avril 1925, il décroche le titre pour la troisième année de suite. Cette fois, cependant, Preguinho ne va pas chercher sa médaille. Il ne prend même pas le temps de se sécher et de se rhabiller, mais enfile rapidement un short sur son maillot de bain détrempé et traverse Rio à toute vitesse pour faire ses premiers pas en tant que joueur de football, avec Fluminense.

387 médailles, 10 sports

« Selon la légende, Preguinho aurait rejoint Laranjeiras (ndlr : le camp d’entraînement de Fluminense) depuis la plage de Botafogo en taxi », explique Argeu Affonso, journaliste et meilleur ami de Preguinho pendant 40 ans, à l’émission Esporte Espetacular de Globo. « D’autres disent qu’il a fait le chemin à vélo. Les supporters les plus fous racontent qu’il y est allé en courant. »

Une chose est sûre, c’est que Preguinho a aidé Flu à remporter le Torneio Inicio, ainsi que six autres trophées au cours de 14 ans d’une carrière passée dans un seul club. Mais l’amour de Preguinho pour Fluminense remonte à bien plus tôt que son premier match avec le maillot tricolore. Coelho Netto, dont la maison se trouvait juste en face du quartier général du club fondé par Oscar Cox et d’autres intellectuels de Rio en 1902, a le coup de foudre instantané. Quand sa femme Maria annonce être enceinte de Preguinho en 1904, Coelho inscrit son fils, pas encore né, comme membre du club.

« J’ai toujours aimé Fluminense », se souvient Preguinho. « Je ne savais pas encore parler que Fluminense faisait partie de mon âme, de mon cœur et de mon corps. » Vous n’êtes pas encore convaincu(e) ? Quand Fluminense devient professionnel en 1933, l’un de ses joueurs refuse d’être payé pour avoir le « privilège » de porter ses couleurs. « Je joue pour l’amour de ce club, pas pour l’argent », précise alors Preguinho.

Et quel joueur ! Preguinho marque environ un but par match en moyenne pour Flu et termine deux fois meilleur buteur du Campeonato Carioca. Il joue alors au poste d’attaquant, mais aussi milieu axial, ailier gauche et juste derrière l’attaquant. Sa polyvalence ne s’arrête pas aux terrains de foot. Preguinho remporte pas moins de 387 médailles pour le club dans dix sports différents : le football, la natation et le basket-ball (il est encore aujourd’hui le deuxième meilleur marqueur de l’histoire du club), le plongeon, le roller hockey, l’aviron, le tennis de table, l’athlétisme, le volley ball et le water-polo.

« Clou » du spectacle

Pourtant, on se souvient moins des exploits de Preguinho sous le maillot rouge, blanc et vert de Fluminense que pour ceux qu’il a accomplis alors qu’il portait le maillot blanc, à l’époque, du Brésil. À l’époque, les préparatifs de la Seleção pour la toute première édition de la Coupe du Monde de la FIFA™ en 1930 sont entachés par un conflit entre la fédération de Rio et celle de São Paulo. Cette dernière interdit même à ses joueurs de participer à Uruguay 1930, entraînant ainsi l’absence de Del Debbio, Feitico et du grand Friedenreich.

Preguinho devient alors la star et le capitaine d’une équipe composée également de Fausto, Moderato et Carvalho Leite. Lors de leur premier match contre la Yougoslavie, il y a 90 ans jour pour jour, les Brésiliens foulent la pelouse en portant un drapeau de l’Uruguay pour gagner le soutien des 24 000 personnes présentes au stade, mais se retrouvent menés 2-0 après 30 minutes de jeu.

Si le Brésil finit par s’incliner 2-1, Preguinho entre dans l’histoire après l’heure de jeu. À la suite d’un joli travail de Fausto, il inscrit le tout premier but des futurs Auriverde en Coupe du Monde. Six jours plus tard, Preguinho marque un doublé pour offrir une victoire 4-0 à son pays contre la Bolivie, mais ce n’est pas suffisant : la Yougoslavie décroche le seul billet qualificatif du Groupe 3 pour les demi-finales où elle s’incline 6-1 face à l’Uruguay.

« J’ai écrit plus de 100 livres, mais on me connaît encore comme étant le père de Preguinho », racontera Coelho Netto. Preguinho restera en effet à jamais le tout premier buteur brésilien en Coupe du Monde.



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