Relancer l’économie d’accord, mais d’abord les vacances !



Deux mois d’arrêt presque complet – confinement oblige – dans les écoles comme dans beaucoup d’entreprises, puis un mois de reprise du travail, mais progressive, parcellaire, inégale… Cela donne le temps de réfléchir, d’imaginer le « monde d’après », non parfois sans quelque niaiserie utopique. C’est le moment, nous dit-on, de tout discuter, de tout remettre en cause. Tout ? Non pas ! Le monde d’après attendra la rentrée : pas question de toucher aux vacances !

Je comprends que cela agace les chefs d’entreprise. « On en est à – 12 % de PIB, me dit l’un d’eux, les élèves ont à peu près perdu un trimestre, et personne – quels que soient les besoins de l’économie ou les exigences de l’éducation – n’envisage de réduire, fût-ce ponctuellement, les sacro-saintes vacances ! » Sur le constat, il a assurément raison. Mais essayons de comprendre.

Le confinement, pour beaucoup d’entre nous, fut un temps de vacance, mais au singulier, et pénible pour cela. Pas le droit de voyager, à peine celui de sortir, pas de spectacles, pas de restaurants, pas de rencontres, rien qu’un grand vide dans les agendas ou une grande lassitude (spécialement pour ceux qui devaient s’occuper de leurs enfants, donc aussi les occuper eux) dans les têtes… Le contraire du confinement, de ce point de vue, c’est beaucoup moins le travail (Combien se sentent confinés au bureau ou à l’usine ? Combien ont télétravaillé depuis leur salon ?) que les vacances, cette fois au pluriel et en plein air !

Mauvaise nouvelle pour le livre, et c’est un écrivain qui vous en parle ! « La lecture, m’explique un éditeur, c’est une espèce de confinement intérieur : je crains que les Français, cet été, n’aient envie d’autre chose ! » Quoi ? Bouger, voyager, fût-ce en France, retrouver leurs proches, leurs amis, faire des rencontres ou des découvertes, faire la fête ou la grasse matinée… Vivre, en un mot, et le plus librement possible ! On vit aussi au travail ? Bien sûr, mais avec tellement plus de contraintes, de fatigue, de stress bien souvent… Il y a là un chantier décisif, pour tous les managers : faire en sorte que le travail soit perçu de plus en plus comme un épanouissement, de moins en moins comme une aliénation. Ce n’est pas en réduisant les vacances qu’on y parviendra !

Que notre économie – donc notre niveau de vie à tous, à commencer par les plus pauvres – ait besoin de plus de travail, pour compenser les effets récessifs du confinement, j’en suis d’accord. Mais il est douteux que la réduction des vacances soit la bonne solution, et certain que cette année – précisément à cause du confinement – s’y prête encore moins que les autres. Demander aux Français de raccourcir leurs vacances parce qu’ils ont moins travaillé durant l’année ? Ce serait économiquement concevable, humainement inacceptable. Nos politiques ne s’y sont pas risqués, ni – sauf à de rares exceptions – nos chefs d’entreprise. Faisons plutôt reculer le chômage, surtout chez les jeunes et les seniors ! La politique de Macron, de ce point de vue, commençait à porter ses fruits. Le confinement, entre-temps, a détruit des milliers d’emplois ? Raison de plus pour continuer les réformes, dès la rentrée parlementaire. D’ici-là, bonnes vacances à tous !•

 

Deux mois d’arrêt presque complet – confinement oblige – dans les écoles comme dans beaucoup d’entreprises, puis un mois de reprise du travail, mais progressive, parcellaire, inégale… Cela donne le temps de réfléchir, d’imaginer le « monde d’après », non parfois sans quelque niaiserie utopique. C’est le moment, nous dit-on, de tout discuter, de tout remettre en cause. Tout ? Non pas ! Le monde d’après attendra la rentrée : pas question de toucher aux vacances !

Je comprends que cela agace les chefs d’entreprise. « On en est à – 12 % de PIB, me dit l’un d’eux, les élèves ont à peu près perdu un trimestre, et personne – quels que soient les besoins de l’économie ou les exigences de l’éducation – n’envisage de réduire, fût-ce ponctuellement, les sacro-saintes vacances ! » Sur le constat, il a assurément raison. Mais essayons de comprendre.

Le confinement, pour beaucoup d’entre nous, fut un temps de vacance, mais au singulier, et pénible pour cela. Pas le droit de voyager, à peine celui de sortir, pas de spectacles, pas de restaurants, pas de rencontres, rien qu’un grand vide dans les agendas ou une grande lassitude (spécialement pour ceux qui devaient s’occuper de leurs enfants, donc aussi les occuper eux) dans les têtes… Le contraire du confinement, de ce point de vue, c’est beaucoup moins le travail (Combien se sentent confinés au bureau ou à l’usine ? Combien ont télétravaillé depuis leur salon ?) que les vacances, cette fois au pluriel et en plein air !



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