Hors de l’écologie de l’offre, point de salut


La fin du mois vient toujours avant la fin du monde. L’ignorer serait irréaliste venant d’un dirigeant politique et suicidaire de la part d’un président démocratiquement élu. En ce début d’été, la conscience et l’espoir ont provoqué une réjouissante floraison : des écologistes convaincus de la nécessité de changer de mode de vie pour sauver la planète ont été désignés par le suffrage universel à la tête d’une dizaine de métropoles françaises. Une première historique considérée à juste titre comme un progrès de civilisation. Mais que peut faire de cet engouement un président de la République qui voit, dans le même temps, le pays tout entier s’enfoncer dans une noire récession, charriant le chômage de masse et la précarité comme la nuée porte l’orage ?

Après la vague écolo, osons l’optimisme !

La pandémie du Covid-19 contraint déjà nos dirigeants à assumer une écrasante responsabilité : combattre un fléau mortel, protéger leurs administrés et épargner des vies « quoi qu’il en coûte ». Ils n’y sont parvenus que de manière imparfaite – c’est la dimension sisyphienne de leurs fonctions. Néanmoins, nul ne peut douter de leur volonté d’y parvenir. Tandis que le virus sévit encore, ils doivent rendre des comptes devant une commission d’enquête parlementaire, des juges d’instruction et bientôt les électeurs.

Nos dirigeants doivent nous soigner comme ils se soigneraient eux-mêmes ! A cet impératif catégorique s’ajoute désormais un deuxième : on attend d’eux qu’ils soulagent autant que possible les souffrances sociales provoquées par la crise sanitaire, en relançant la machine économique et en sauvegardant les emplois. Ils s’y attellent déjà. A grand renfort de prêts garantis et de prise en charge du chômage partiel, l’Etat s’implique comme jamais dans l’économie.

Un compromis nécessaire

Mais que faire alors du combat contre le réchauffement climatique et de la protection de notre environnement ? Aux yeux des écologistes, ce péril doit être conjuré en priorité. Il détermine et recouvre tous les autres. « Comment pourrons-nous conserver la santé et prospérer si notre planète devient invivable ? », arguent-ils. Et d’incriminer, avec raison, le développement économique à l’origine de l’épuisement des ressources naturelles. « Décroissons ! », poursuivent même certains d’entre eux.

Pourquoi Macron a donné un coup d’accélérateur vert

Impossible de nier la contradiction qu’il y a à doper l’économie en y injectant des centaines de milliards d’euros tout en prétendant sauver la planète… Mais combien de nos concitoyens sont-ils prêts à sacrifier leur pouvoir d’achat au nom de la lutte contre le réchauffement climatique ? Et qui délaissera son intérêt particulier pour suivre l’intérêt général ? « Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie pas autre chose sinon qu’on le forcera à être libre », a tranché Jean-Jacques Rousseau, au risque d’être regardé comme l’inspirateur des totalitarismes du XXe siècle.

Macron parle maintenant de « reconstruction écologique » : mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Dans une démocratie, entretenir l’économie et protéger l’environnement ne peut reposer que sur un compromis. Comme la social-démocratie sut naguère réconcilier les intérêts du capital et les revendications du travail, il nous faut désormais faire coïncider l’efficacité du marché et le respect de la planète. C’est la seule voie pour accélérer, en même temps, la transition écologique et la création d’emplois. Hors de l’écologie de l’offre, point de salut. Sauf à basculer dans l’écologisme radical qui ne manifeste que le vieux fantasme de la table rase et de l’homme nouveau. Une idéologie minoritaire. Rappelons toutefois à ses thuriféraires oublieux de l’Histoire que la fin du mois vient toujours avant la révolution.





nouvelobs

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