Test Blu-ray : Jungle fever


États-Unis : 1991
Titre original : –
Réalisateur : Spike Lee
Scénario : Spike Lee
Acteurs : Wesley Snipes, Annabella Sciorra, Spike Lee
Éditeur : Elephant Films
Durée : 2h12
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 5 juin 1991
Date de sortie DVD/BR : 7 juillet 2020

Flipper Purify est un architecte brillant dont la vie n’est que réussite. Il est un homme marié et comblé. Lorsqu’il rencontre Angela, sa nouvelle secrétaire intérimaire, sa vie bascule. Il tombe amoureux et entretient une liaison. Son amour se heurte aux différences sociales et au racisme : il est noir, elle est blanche, leur union est des plus compliquées pour leur entourage…

Le film

[4/5]

« I’ve got jungle fever, she’s got jungle fever, we’ve got jungle fever – We’re in LOVE » Impossible si vous avez vu Jungle fever d’oublier ce titre accrocheur de Stevie Wonder, spécialement composé pour la musique du film. Un morceau funky et enjoué pour un film déprimant, évoquant bien sûr les tensions raciales au cœur de l’Amérique urbaine du début des années 90, mais également les différences de genre ou de classe sociale, qui sclérosaient littéralement le pays à l’époque. Malheureusement, 30 ans après, rien ou presque ne semble avoir réellement changé, comme nous le prouve l’émotion suscitée il y a quelques semaines par la mort de George Floyd, survenue quelques jours à peine avant la sortie du dernier – et très engagé – film de Spike Lee, Da 5 Bloods – Frères de sang.

Ambitieux et brillant, Spike Lee signait avec Jungle fever un de ses films les plus troublants. Évitant tous les pièges et les clichés du film militant, il parvenait à faire vibrer la corde sensible du spectateur avec un panaché de personnages et de situations qui illustrent avec brio toutes les divisions et les paradoxes d’une société angoissante, asservie à la peur, aux sectarismes en tous genres, à l’individualisme, à l’intolérance, à la jalousie et, finalement, au désespoir. Car au final, ces divisions trouveront toujours un moyen de s’insinuer dans l’amour, la vie de famille, le travail ou la religion, autrement dit la vie.

Ainsi, lorsque Flipper (Wesley Snipes), architecte noir et marié, a une liaison avec Angie, sa secrétaire d’origine italienne (Annabella Sciorra), l’enfer se déchaîne littéralement. Même passées les réactions (extrêmement violentes) de la famille proche, ce sont les amis et les voisins qui s’en mêlent… Porté par des acteurs au taquet, des dialogues finement ciselés et une utilisation des plus émouvantes de la musique de Stevie Wonder, Jungle fever s’impose comme un film vraiment sincère et brillant, montrant comment les préjugés s’infiltrent dans la sphère privée et dans la vie quotidienne. Parallèlement, le personnage de Samuel L. Jackson alimente une intrigue secondaire consacrée aux effets destructeurs de la drogue sur la communauté noire.

Film prophétique et désespéré, mettant des images sur un des grands tabous américains (les relations interraciales), Jungle fever illustre la peur, la haine et les divisions entre communautés, semblant irréconciliables. En effet, le film de Spike Lee n’a pas de « réponse » miracle à apporter, ce qui s’avère sans doute le plus dérangeant / questionnant quant à la place des noirs et des relations interraciales au cœur de la société américaine.

Le Blu-ray

[4/5]

Les amoureux du cinéma de Spike Lee vont être aux anges : Jungle fever vient de débarquer au format Blu-ray, sous les couleurs d’Elephant Films. Le film est proposé au format, et nous propose un gain sensible de précision côté image ; la photo est lumineuse, et selon les plans, le piqué, par ailleurs très satisfaisant, mais souffrant d’occasionnelles pixellisations. Le tout est néanmoins proposé dans un master globalement stable, avec de belles couleurs vives et un grain argentique préservé. Côté son, VF et VO sont toutes deux proposées en mono d’origine et mixées en DTS-HD Master Audio 2.0. Les deux versions restituent les dialogues avec la plus parfaite clarté, avec un petit « plus » pour la VO, mieux équilibrée.

Du côté des suppléments, Elephant Films est tout d’abord allé nous dégotter un making of d’époque (8 minutes) globalement intéressant. On continuera ensuite avec une présentation du film assurée par Régis Dubois (24 minutes). Il y présentera son livre sans fausse modestie (« la première monographie consacrée à Spike Lee en France »), puis reviendra longuement sur la richesse thématique de Jungle fever. Il élargira finalement sur les autres films de Spike Lee et sur le leitmotiv de la phrase « Wake up », qui reviendra dans toute son œuvre comme pour lancer une alerte. On terminera le tour des bonus avec la bande-annonce. On notera également la présence d’un livret exclusif de Stephen Sarrazin (32 pages) qui ne nous a malheureusement pas été fourni par l’éditeur.



Critique film

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