la réinvention, ce n’est pas maintenant


Pour l’effet « blast » on repassera : un énarque mâle de centre droit remplace un énarque mâle de centre droit. Emmanuel Macron, en choisissant Jean Castex à Matignon, ne s’est pas vraiment « réinventé ». Certes Edouard Philippe et Jean Castex ont des parcours différents, mais le choix du second s’inscrit plus dans la continuité que dans la rupture.

Le président l’avait nommé « Monsieur déconfinement », mais ce n’est pas lui qui le déconfinera. Castex a plus le profil du « collaborateur » pour reprendre le mot de Nicolas Sarkozy qui visait François Fillon. Il en a les qualités : bon technicien, tempérament agréable, loyauté assurée. Le président, en en faisant son bras droit, a voulu marquer qu’il sera pleinement aux manettes : à la fois chef de l’Etat et chef du gouvernement. Jupiter is back.

ll s’agit d’un nouveau pas vers la présidentialisation du régime, qui n’est pas sans poser au passage une double question institutionnelle : celle de la responsabilité (le président n’a pas de comptes à rendre devant l’Assemblée) et celle de l’équilibre des pouvoirs (dans un régime présidentiel, le Parlement est très puissant). Ce choix augure mal de la rénovation démocratique promise par le président.Pourquoi Macron se sépare de son Premier ministre loyal, solide et populaire

On aurait pu s’attendre à ce qu’un nouveau Premier ministre (ou une nouvelle) incarnerait le virage vers une économie plus écologique, plus souveraine, plus solidaire, ce projet qu’Emmanuel Macron avait esquissé lors de l’une de ses interventions pendant le confinement. Il n’a pas fait ce choix, comme si la vague jaune (sur les ronds points) et la vague verte (dans les urnes) n’avaient pas eu lieu. Le président a préféré soigner son socle électoral, dont le cœur est au centre droit, car il sait qu’il ne pourra pas s’en passer lors de la prochaine présidentielle.

Aux municipales, les raisons d’une vague verte sans précédent

Nul doute que l’écologie sera, avec la lutte contre la récession, au centre du discours présidentiel de cette fin de mandat. Mais comment espère-t-il séduire ou concurrencer les Verts sur ce terrain ? Les quelques signaux qu’il a envoyés laissent présager une approche très différente de ces derniers, ou du moins d’une majorité d’entre eux. Emmanuel Macron vante une écologie qui passerait par l’innovation, l’attraction des capitaux, les premiers de cordée, la croissance assumée, le « travailler plus ». Une écologie qui ne casserait pas le capitalisme. N’est-ce pas une chimère ? Et un tel projet peut-il être fédérateur et capable de redonner confiance aux Français ? On peut en douter.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire