Fuite de Carlos Ghosn : ce que la police turque a découvert



Les suites de l’affaire Ghosn sont décidément aussi mondiales que son sujet. Jeudi, le département d’État américain a annoncé avoir reçu la demande formelle d’extradition de Michael et Peter Taylor, les deux barbouzes qui ont exfiltré l’ancien président de l’Alliance du Japon en Turquie avant de finir au Liban. Le lendemain, à 4000 kilomètres de là, le personnel d’équipage qui a assuré le transport de ce  » colis  » inhabituel s’est retrouvé devant un tribunal turc pour répondre d’accusations de violation des lois sur l’immigration de ce pays. Quatre pilotes, deux hôtesses de l’air et un cadre de MNG Jet Havacilik, le transporteur qui a effectué les deux vols de Osaka à Istanbul puis Beyrouth, sont traduits en justice. Tous nient avoir eu connaissance de l’identité de leur passager. Okan Kösemen, le cadre de MNG accusé, affirme ainsi avoir agi sous la menace et sans savoir que Carlos Ghosn était son  » invité-mystère « .  » Le passager m’a dit une seule chose : les Japonais sont des gens méchants « , a-t-il drôlement confié aux enquêteurs, rapporte le Wall Street Journal. La compagnie MNG, aux mains d’un des plus importants hommes d’affaires de Turquie, affirme aussi avoir été spoliée : elle n’aurait même pas été payée de l’intégralité de sa facture par son commanditaire.

Plus diserts que les procureurs japonais, leurs collègues turcs ont laissé fuiter dans les presses locale et américaine une bonne partie de leurs trouvailles avant l’audience vendredi. À commencer par la fameuse « malle » dans laquelle a voyagé Carlos Ghosn pour sortir du Japon à la barbe de ses services d’immigration : retrouvée dans un hangar de l’aéroport Atatürk d’Istanbul, elle avait été percée de 70 trous afin de lui permettre de respirer. Pendant la procédure, les enquêteurs ont fait rentrer un employé de l’aéroport de la corpulence de Carlos Ghosn pour s’assurer qu’il pouvait y voyager. Une autre malle, contenant elle une enceinte, était aussi du voyage : selon nos informations, elle a été présentée à l’immigration d’Osaka en premier comme leurre, afin de détourner leur attention.

275 000 dollars en liquide

Les enquêteurs turcs ont analysé des heures de conversation et de messages entre protagonistes afin de déterminer qui était dans la confidence de l’opération. Pour eux, Okan Kösemen est à la manœuvre ce jour-là. « Le colis important doit rester à l’arrière. Je le réceptionnerai à l’atterrissage », dit-il au pilote sur le point de décoller d’Osaka à 23 heures le 29 décembre. A 5h21, Carlos Ghosn atterrit à Istanbul. Il redécolle à 5h50 avec Okan Kösemen à son bord. À 7h15, Carlos Ghosn est à Beyrouth. Libre. Okan Kösemen, lui, repart à Istanbul à 7h45. Dans les trois mois qui précèdent l’opération, l’homme avait déposé en douze fois 275.0000 dollars en liquide sur son compte en banque, ont découvert les enquêteurs.

Le donneur d’ordres serait un Libanais, Nicolas Meszaros, patron de Sky Lounge, une petite société de transport aérien basé à l’aéroport Rafi Hariri à Beyrouth. L’homme fait l’objet d’une procédure judiciaire séparée par la justice turque. Il a donné une interview au site web de luxe libanais « Seulement pour VIP » en 2019. À la question « À quel principe ne dérogerez-vous jamais ? », il a répondu : « l’honnêteté ». Le procès reprendra le 17 décembre.



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