Daimler veut vendre son usine Smart en Moselle, les salariés abasourdis



« Tous les salariés ont pris un coup sur la tête »: la direction du site Smart à Hambach (Moselle) a annoncé vendredi l’intention de Daimler de vendre l’usine, où devait commencer à l’automne la production de modèles du constructeur Mercedes.

« Ils vendent le site de la Smart et donc ils cherchent un repreneur. C’est énorme. Ils nous abandonnent », déclare à l’AFP Jean-Luc Bielitz, représentant CGT sur le site mosellan qui emploie entre 1.400 et 1.500 salariés.

« L’entreprise a l’intention d’entamer des discussions sur une vente de son usine française d’automobiles à Hambach », confirme Daimler dans un communiqué. Au vu d’une situation financière difficile, le groupe précise aussi avoir « mis en marche de nombreuses mesures pour améliorer durablement sa structure de coûts et devenir nettement plus efficiente ».

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a appelé Daimler « à garder toute les options ouvertes, y compris celle de conserver le site ».

« Je souhaite que l’avenir de ce site moderne et exemplaire qui a fait le choix de la transition écologique en produisant notamment des véhicules électriques soit assuré », affirme le ministre dans une déclaration, rappelant que l’usine « est un site symbolique de la relation industrielle franco-allemande ».

En mars 2019, Daimler, propriétaire des marques Mercedes-Benz et Smart, avait annoncé la fin de la production de la petite citadine en France et sa délocalisation en Chine à partir de 2022.

A la place, des Mercedes -notamment une citadine électrique- devaient être fabriquées à Hambach à partir de l’automne 2020. Pour adapter le site mosellan à cette production, Daimler avait décidé d’investir 500 millions d’euros. Les travaux sont toujours en cours.

– « On nous dégage ! » –

« Concrètement, la Smart termine entre 2022 et 2024 et on ne fabriquera pas de Mercedes sur le site de Hambach », baptisé « Smartville » et berceau historique de la petite voiture depuis 1998, estime M. Bielitz.

« C’était prometteur, tout le monde était content de travailler chez Mercedes, d’avoir le logo Mercedes… et tout s’arrête », constate Denis Boos, représentant CGT à Faurecia, équipementier plasturgiste. « Tous les salariés ont pris un coup sur la tête ».

« Alors que la Région Grand Est et l’ensemble des collectivités publiques de Moselle n’ont cessé de soutenir la direction dans ses choix d’investissement, il est regrettable que cette décision soit prise en dehors de toute concertation et de toute discussion », ont regretté notamment le président de la Région Grand Est Jean Rottner et les responsables des collectivités publiques de Moselle, dans un communiqué commun.

Ceux-ci disent avoir appris la nouvelle « par voie de presse ». « Dès cet après-midi, nous prenons contact avec la direction du groupe pour obtenir de plus amples informations et débuter le combat pour sauvegarder nos emplois », ajoutent-ils.

Les salariés avaient approuvé lors d’un référendum consultatif en 2015 le « Pacte 2020 », qui prévoyait le retour à 39 heures de travail hebdomadaires, payées 37, avec un rétablissement des 35 heures en 2020.

« Tout ce qu’on nous promettait, les embauches, la reprise d’activité, la pérennité du site… On peut faire tous les efforts qu’on veut, le groupe nous lâche après avoir tiré le maximum des salariés », réagit M. Bielitz.

« On s’est battus comme des diables pendant cinq ans, on a fait des sacrifices pour avoir des projets, on a eu des projets et maintenant on nous dégage! », dénonce Mario Mutzette, délégué CFE-CGC.

Selon les syndicats, la direction a parlé d’un « potentiel repreneur », sans préciser lequel.

« Dans la situation actuelle, aucun constructeur n’a besoin d’une nouvelle usine », soupire Bertrand Cederiva, autre représentant CGT.

– « Une catastrophe ! » –

Le secteur automobile traverse une crise en raison de l’épidémie de coronavirus qui a gelé les ventes de véhicules.

« Si Daimler n’arrive pas à vendre des voitures, qui le pourra? », s’interroge M. Boos.

Le délégué CFE-CGC, M. Mutzette, reste optimiste: « Il y a des compétences sur le site, des installations toutes neuves. On devient spécialisé en électrique, c’est un atout. Ce serait dommage de passer à côté ». Néanmoins, « en matière de tissu social, ça va être une catastrophe! », nuance-t-il.

« L’effectif était en train de monter en puissance », rappelle M. Bielitz. Les salariés sont abasourdis, selon le représentant CGT, qui craint « un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), peut-être plusieurs ».

Un comité social et économique (CSE) extraordinaire est prévu mercredi.



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