A Marseille, une semaine de rebondissements avant un « troisième tour » des municipales très incertain


Contrairement à Lyon ou à Paris où les nouveaux maires sont déjà connus, la course à l’hôtel de ville continue à Marseille. La succession de Jean-Claude Gaudin se jouera d’ailleurs samedi 4 juillet, lors du premier conseil municipal de la mandature, qui fera office de véritable « troisième tour ».

Si Michèle Rubirola, tête de liste du Printemps marseillais, est arrivée largement en tête du second tour, elle n’en est pas pour autant assurée de la victoire. « L’Obs » fait le point.

Une situation inédite à l’issue du second tour

Dimanche 28 juin, Michèle Rubirola, à la tête de la liste d’union de la gauche, remporte le vote populaire avec 38 % des suffrages, loin devant la présidente LR de la métropole et du département, Martine Vassal (30 %). Mais pour la première fois depuis 1982 et l’instauration de l’élection municipale par secteurs, aucune majorité absolue, soit 51 voix, ne se dégage des urnes à l’issue du second tour.La mairie de Marseille peut-elle échapper à Michèle Rubirola ?

En remportant quatre des huit secteurs, la candidate du Printemps marseillais ne rassemble en effet que 42 des 101 conseillers municipaux élus dimanche. La candidate LR en compte 39, à la suite de la victoire des Républicains dans trois secteurs.

L’élection du nouveau maire repose donc notamment sur les neuf élus du Rassemblement national, les huit de la sénatrice ex-socialiste Samia Ghali et les trois conseillers de Bruno Gilles, sénateur LR dissident.

Martine Vassal laisse sa place à Guy Teissier…

Martine Vassal, qui a pourtant mené la campagne pour Les Républicains, se désiste finalement jeudi 2 juillet, en faveur du député Guy Teissier, 75 ans, issu des rangs de la droite dure.

Une décision purement stratégique. En effet, en cas d’égalité au « troisième tour », c’est le candidat le plus âgé qui est élu. Une règle qui bénéficierait donc à Guy Teissier, puisque Michèle Rubirola a 63 ans.

… mais l’appelle à démissionner en cas de victoire grâce au RN

Si le RN Stéphane Ravier, qui n’est pas officiellement candidat, salue le retrait de Martine Vassal au profit de Guy Teissier, en appelant à un « Pacte marseillais » contre l’extrême gauche, la présidente de la métropole et du département rejette jeudi soir toute alliance avec le parti d’extrême droite. Martine Vassal assure même alors qu’elle demandera à Guy Tessier de démissionner « immédiatement » si les voix du RN permettaient de l’élire.

A Marseille, la candidate LR Martine Vassal dans la tourmente après deux nouvelles perquisitions

« Je demanderai à ce qu’il n’accepte pas de se maintenir avec ces voix de la honte. Jamais, il n’y aura la moindre alliance avec le Front national [Rassemblement national aujourd’hui, NDLR] que nous combattons », indique-t-elle dans un communiqué.

Lionel Royer-Perreaut, troisième candidat surprise

Deux heures après l’annonce de la candidature de Guy Tessier, Lionel Royer-Perreaut, candidat LR réélu dans les 9e et 10e arrondissements, se lance également dans la course. Dans une vidéo postée sur son compte Facebook, l’ex-bras droit de Guy Tessier affirme avoir connaissance d’« ententes en cours avec le Front national » et ne pas pouvoir l’accepter.

Lionel Royer-Perreaut annonce sa candidature dans la course à la mairie de Marseille

Selon le candidat de 47 ans, des rencontres ont eu lieu entre ce dernier et « des élus RN du conseil municipal dans certains restaurants du 8e arrondissement », rapporte le quotidien « la Marseillaise ».

De son côté, le nouveau candidat LR déplore sur Franceinfo ce vendredi 3 juillet « une déclaration sans aucun fondement » et assure que Martine Vassal déploie « toute la compréhension qu’il faut pour dénouer cette affaire ».

Samia Ghali, première adjointe de Michèle Rubirola ?

Autres voix capitales pour l’élection du nouveau maire de Marseille, celles de Samia Ghali. La sénatrice ex-PS a d’ailleurs choisi de soutenir la candidate de l’union des partis de gauche et écologiste. « J’ai demandé à Michèle Rubirola d’être sa première adjointe », déclare-t-elle dans un communiqué publié sur Facebook ce vendredi matin.

Communiqué de presse Samia Ghali – municipale Marseille

« Cette demande me paraît légitime. Parce qu’au-delà des valeurs que nous partageons, je suis celle qui peut lui permettre samedi d’être effectivement maire de Marseille », ajoute Samia Ghali.

Rubirola rejette le « chantage » de Ghali

« Je ne serai l’otage d’aucun chantage, déclare dans la foulée Michèle Rubirola dans un communiqué. L’avenir de Marseille ne doit pas se jouer autour d’une revendication individuelle. Je ne serai l’otage d’aucun chantage, je réfute ces pratiques bien éloignées des enjeux et j’invite Samia Ghali à faire de même. »

« J’ai rencontré Samia Ghali et je lui ai redit mon ambition de faire des quartiers Nord une priorité », poursuit la tête de liste de la gauche… qui va néanmoins tout tenter pour faire basculer Samia Ghali dans le camp du Printemps marseillais.

« A quelques heures de l’élection de la maire, je lui renouvelle mon appel au rassemblement et ma volonté totale […] de les voir, elle et ses colistiers, prendre part à l’exécutif », écrit Michèle Rubirola.

Dépôts de recours pour annuler l’élection

Comme si la course à la mairie centrale ne suffisait pas, des recours ont également été déposés dans plusieurs secteurs pour faire annuler les scrutins. Ce vendredi 3 juillet dans la matinée, le candidat de gauche présent sur les listes du Printemps marseillais, Yannick Ohanessian, et cinq de ses colistiers déposent un recours au tribunal administratif, pour contester la victoire du maire LR sortant Julien Ravier dans les 11e et 12e arrondissements. Lors d’une conférence de presse devant le palais de justice, le candidat malheureux justifie notamment son action par le « climat délétère incompatible avec l’ordre public » et « la transgression systématique aux nombreuses règles de fond et de forme ».

Plus tard dans la journée, c’est au tour du sénateur RN Stéphane Ravier de contester une élection d’un candidat devant le tribunal administratif : celle du général David Galtier dans le secteur des 13-14e arrondissements, qui l’a devancé de 387 voix. Selon le RN, « l’analyse des signatures dans les cahiers d’émargement a révélé près de 500 paraphes différents entre les deux tours pour les mêmes électeurs » et « plus de 900 bulletins nuls ont été comptabilisés le 28 juin (dans le 7e secteur), contre un peu plus de 200 dans chacun des autres secteurs de Marseille ».

Selon le vice-président du tribunal administratif auprès de l’AFP, le tribunal compte enfin un troisième recours, cette fois-ci contre l’élection dans le 2e secteur, remportée par le candidat du Printemps marseillais Benoît Payan (PS).

J. T.





nouvelobs

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