comment surfer la vague verte ?


Emmanuel Macron se retrouve dans la position du surfeur observant la vague. Elle n’a pas la couleur du bleu de la mer, mais du vert de l’écologie. Comment ce rouleau chargé d’écume, qui se déroule sous ses yeux ébahis, va-t-il atteindre la côte et le mettre en danger ? Et comment le chef de l’Etat va-t-il l’enfourcher, pour reprendre la main, après le désastre de son parti aux élections municipales ?

Autour de lui, on répète qu’à y regarder de près le tsunami annoncé n’est qu’une vaguelette politique, qu’il suffit qu’il s’appuie sur les conclusions de la convention citoyenne pour le climat – action qu’il a au demeurant initiée et qui est exemplaire – pour détourner l’attention et se repositionner au centre du jeu. Le slogan est tout trouvé. « Qui c’est le plus vert ? C’est Manu ! » Et « Manu » a toutes les cartes en main pour ne pas laisser rêver les « Khmers verts » d’EELV, apôtres de la décroissance, qui se voient déjà aux portes du pouvoir suprême.

Laisser les Verts se diviser

Ses conseillers évoquent déjà la bataille rangée qui, implacablement, va apparaître à ciel ouvert dans le mouvement dirigé par Julien Bayou, entre les partisans du raisonnable Yannick Jadot et les « gauchistes » de l’aile dure du mouvement. Les Verts, selon eux, seraient marqués depuis vingt ans par cette malédiction de la division. Plus l’élection présidentielle se rapprochera, plus les mauvaises habitudes reprendront le dessus, disent-ils. Dans leur idée, il suffit d’attendre et de laisser faire, tout en occupant le terrain de l’organisation d’une transition écologique à doses homéopathiques, pour éviter un grand chambardement de la machine industrielle, avec son corollaire : le chômage de masse.

Le président va donc occuper son temps à convaincre l’opinion que les défenseurs de la décroissance sont des chevaliers de l’Apocalypse, des tueurs d’emplois, des fauteurs de trouble. Et si ce scénario se maintient, les “chicailleries” entre adeptes de la croissance douce et militants de l’arrêt des machines vont traverser tous les partis.

Aux municipales, les raisons d’une vague verte sans précédent

A ce petit jeu, Yannick Jadot, déjà concurrencé, à bas bruit, par Nicolas Hulot, risque d’être emporté par une autre vague, celle du sectarisme vert. Lentement mais sûrement, le locataire de l’Elysée pourrait apparaître comme le seul écologiste, tout frais émoulu de sa convention citoyenne, en état de peser sur le destin de la planète France. « Qui c’est le plus vert ? C’est Manu ! »

D’autres candidats prêts à se mettre au vert sont déjà dans les starting-blocks ? Tant mieux. Plus ils seront nombreux, plus ils se chamailleront. Les anciens ministres de l’Environnement sont en embuscade ? Ségolène Royal, déjà en campagne. Nicolas Hulot, qui sème des petits cailloux. Delphine Batho, qui fait des pas de deux avec les « marcheurs » dissidents. Jean-Louis Borloo, toujours cité comme un probable Premier ministre. Plus on est de fous sur la pelouse verte, plus la cacophonie va servir le seul qui peut agir, le seul qui va se battre au niveau de l’Europe, pour préparer le « Nouveau Monde » : Emmanuel Macron. « Qui c’est le plus vert ? »

Radicaux ou pragmatiques : qui sont les nouveaux maires écolos ?

Ira-t-il jusqu’à choisir un (ou une) Premier (ère) ministre écologiste pour marquer l’inflexion de sa politique ? Pas sûr, tant les problèmes économiques, sociaux, vont occuper la scène dès la rentrée de septembre. Peut-on rassurer les marchés financiers et lutter contre l’autre vague montante, celle des populismes, en jouant les « petits jardiniers » à l’Elysée ? C’est l’équation que doit résoudre le président. Se réformer tout en délicatesse… Pas simple pour un hussard impulsif.

Autre zone d’ombre : comment déterminer une politique cohérente et déterminée en faveur d’une reprise au galop alors que le doute sanitaire est toujours présent et qu’une deuxième « vague », celle du Covid-19, n’est pas complètement écartée ? Dans ce contexte, le président a un impératif absolu : éviter le vague à l’âme…





nouvelobs

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