on débriefe le retour de Macron sur la Convention climat


Et voilà ! Le président de la République a répondu ce lundi 29 juin aux 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat venus à l’Elysée lui présenter leurs propositions. Au lendemain d’une poussée électorale importante pour les écologistes, Emmanuel Macron a assuré que 146 des 149 mesures préconisées par les « conventionnels » allaient être fléchées comme prévu vers la voie législative ou réglementaire – mais en restant flou sur nombre de sujets. L’outil référendaire pourrait aussi être mobilisé pour modifier la Constitution et adopter certaines mesures.

Le président a toutefois retoqué la proposition de réduire à 110 km/h la vitesse limite sur autoroute (qui visait à faire décroître les émissions GES), la modification du préambule de la Constitution et la taxation des dividendes pour financer la transition écologique. Il a accepté d’intégrer la reconnaissance du crime d’écocide dans le droit national, mais en expliquant que la formulation actuelle devrait être modifiée.

Qu’en ont pensé les citoyens membres de cette Convention ? Comme après chaque session depuis le début de cette convention, plusieurs d’entre eux – Fabien, Mélanie et Samyr – vous racontent leurs questionnements, leurs déceptions, leurs espoirs. Guy, le « monsieur écocide » de cette Convention, a aussi accepté de répondre à nos questions.Convention climat : voici les trois propositions écartées par Emmanuel Macron

Fabien, chargé de projets : « Il était obligé d’y aller franco »

Fabien

« Le décor est familier, c’est là qu’a été photographié le portrait présidentiel, non ? » Dans les jardins de l’Elysée, Fabien souffle un peu après le discours du chef de l’Etat. Les derniers jours ont été rudes : « J’avais du mal à me concentrer au travail, c’était presque un baby blues et il fallait en plus se farcir les commentaires des éditorialistes : des mecs qui n’ont pas suivi le truc, qui sont enfermés dans leur bureau et ne se déplacent qu’en taxi… » Après le bon résultat des écolos aux municipales, il était relativement confiant quant à l’accueil réservé par le chef de l’Etat aux propositions de la Convention. « Là, il était obligé d’y aller franco. » D’esprit modéré, Fabien se retrouve dans l’approche du président de la République, qui a écarté les deux écueils que seraient la fuite en avant productiviste, d’un côté, et la décroissance, de l’autre.

« Il a parlé plusieurs fois d’humanisme et d’esprit des Lumières. Je pense que la France peut à nouveau être montrée en exemple si elle est très en pointe dans la lutte contre le dérèglement climatique. »

Les trois désaccords exprimés par Emmanuel Macron ne l’irritent pas outre mesure. La Convention souhaitait ajouter la formule suivante au préambule de la Constitution : « La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité. » Rappelant qu’il est le « garant des institutions », le président a estimé que cette formulation faisait courir un risque aux libertés publiques. « J’étais aussi circonspect », note Fabien. De la même manière, le jeune homme approuve le « conseil » stratégique du chef de l’Etat qui ne souhaite pas non plus donner suite à l’idée de réduire la vitesse limite sur l’autoroute.

« Il a probablement raison. Une seule mesure polémique peut polluer tout l’ensemble. Cette réduction permettrait une baisse sensible des émissions de GES, mais l’opinion n’est pas prête. »Les autoroutes limitées à 110 km/h ? Macron n’en veut pas

Lui a retenu un commentaire fugace, mais qui peut avoir une grande importance pour les membres de cette Convention. « Emmanuel Macron a parlé de valoriser cet engagement, de trouver une façon de valider ces nouvelles compétences pour nos vies professionnelles. C’est vrai qu’on a amassé de nouvelles connaissances au fil des séances, mais aussi une facilité à prendre la parole, à exprimer clairement son opinion. » Fabien, qui travaille dans une association, a même envisagé de réduire son temps de travail pour se consacrer au suivi de la Convention ou à des associations. « Cette expérience a affermi, renforcé, mes opinions écologistes. Elle m’a donné envie d’aller prendre part à une ferme urbaine ou une asso anti-gaspi, voire à orienter ma vie professionnelle vers la lutte contre le réchauffement climatique. » Il compte bien répondre à l’invitation du Président en faisant valoir son « droit d’alerte » si les mesures sont dénaturées en passant dans les circuits institutionnels classiques.

Sa crainte ? Que des lois ne soient pas réellement appliquées. « Un peu comme la loi SRU qui oblige théoriquement les communes à construire des HLM, mais qui est très aléatoirement respectée… »

Mélanie, auxiliaire de vie : « On va pouvoir enfin parler de tout le reste »

Mélanie

Mélanie

Mélanie fait partie des six heureux élus, qui ont pu prendre la parole dans les jardins de l’Elysée. Tirée au sort pour s’adresser à Emmanuel Macron, elle s’est réveillée lundi matin avec un « gros stress » à l’idée de monter sur l’estrade. Finalement, tout s’est plutôt bien passé pour cette ancienne auxiliaire de vie, élue maire de son petit village il y a quelques semaines, qui a consacré une bonne partie de son dimanche à fignoler son petit discours. Lors de sa prise de parole, la citoyenne n’a pas tremblé. Elle a même mis en garde le chef de l’Etat : le rapport de la Convention n’est pas un « menu à la carte », dans lequel il peut piocher ce qu’il veut, mais un « ensemble de mesures cohérentes ». Autrement dit, l’une ne va pas sans l’autre.

La Sarthoise, qui n’a pas vraiment goûté le traitement médiatique réservé à la Convention depuis une semaine, uniquement axée sur la proposition visant à réduire la vitesse sur autoroute, a aussi profité de l’écoute du chef de l’Etat et du Premier ministre pour régler quelques comptes.

« Certains affirment que nous préconisons une vie confinée ? Rien de plus faux ! Nos propositions peuvent permettre des centaines de milliers de créations d’emplois (…) Il s’agit de vivre mieux, sans laisser personne de côté. »Mélanie, membre de la Convention citoyenne pour le climat : « J’ai pris une grosse claque »

Un tacle adressé aux éditorialistes de tout poil, qui n’ont pas ménagé leur peine pour torpiller le boulot des 150. Dans son viseur : François Lenglet, qu’elle n’a pas mentionné mais auquel elle a pensé très fort. Dans une chronique, l’éditorialiste économique de TF1 a « démonté » et « caricaturé » le travail de la Convention, en annonçant un inévitable déclin pour notre grand pays en cas de mise en place de quelques-unes des propositions. « Comment peut-on dire de telles bêtises ? Il n’avait pas lu le rapport, ce n’est pas possible… »

Le discours présidentiel, lui, l’a plutôt séduite. « Il s’est davantage engagé que je ne l’aurais imaginé ». Les résultats des municipales d’hier soir ont peut-être joué…”, sourit-elle. Mélanie retient la volonté du chef de l’Etat d’intégrer les 150 citoyens au suivi de leur travail, et en particulier la mise en place de groupes de travail avec des parlementaires. La réduction de la vitesse sur les autoroutes à 110 km/h, proposée par son groupe « Se déplacer », et retoqué par Emmanuel Macron ? Mélanie croit en cette mesure et à son impact sur les émissions de gaz à effet de serre, mais ne se formalise pas de cet abandon. Elle y voit même une opportunité :

« Depuis une semaine, on n’entendait parler que de ça. On va maintenant pouvoir enfin parler de tout le reste de notre travail ».Convention climat : Macron veut une réforme constitutionnelle et se dit « prêt au référendum en 2021 »

Samyr, chirurgien : « L’important, ce n’est pas ce discours, ce sont les actes »

Samyr

Samyr

Samyr est de bonne humeur dans les jardins de l’Elysée. « J’ai envoyé un SMS hier à ma mère pour lui dire que j’allais à l’Elysée, il y a bien sûr une forme de fierté… » Il était même prêt à offrir un arbre au chef de l’Etat (pour le planter « ici, au cœur de la République »). Finalement, ça ne s’est pas fait, les bonnes idées se perdent parfois en route. Il ne faudrait pas, d’ailleurs, que les mesures portées par la Convention se dissolvent dans les limbes parlementaires : si Emmanuel Macron a accepté de reprendre 146 des 149 propositions de la Convention, c’est pour les flécher vers l’Assemblée et le Sénat, où le travail des citoyens pourra être amendé…

Samyr, qui n’est pas un grand fan du président de la République, se méfie des discours verdoyants :

« L’important, ce sont les actes. Il faut attendre la première mesure du nouveau gouvernement, si remaniement il y a. »

Dans la prise de parole présidentielle, il a d’ailleurs repéré avec amusement un joli numéro d’équilibriste : « Il nous a dit qu’il fallait inverser la logique et placer l’écologie au cœur du modèle productif… Sauf qu’il ne peut pas s’empêcher de dire qu’il va quand même falloir produire” ». La Convention prône nombre de mesures (en particulier sur la publicité) qui visent à mettre fin à la surconsommation…

DOSSIER. La convention citoyenne pour le climat, un tournant pour l’écologie ?

En revanche, les trois « jokers » du président – les 110 km/h, le préambule de la Constitution et la taxe de 4 % sur les dividendes – ne le perturbent pas plus que ça. « J’étais aussi contre ces idées. Les 110 km/h, c’est irréaliste, ça n’aurait pas été respecté et, en plus, on propose dans le même temps de convertir le parc automobile à l’électrique… Quelle était la logique ? » Quant à la taxe sur les dividendes, il juge aussi que la mesure n’avait pas été assez travaillée : « C’était un peu tombé du chapeau. Pourquoi 4 % ? »

Lui se voit bien continuer à travailler pour la Convention, en lien avec l’association des 150 qui a été créée récemment. « Le président a annoncé d’autres assemblées tirées au sort pour débattre d’autres sujets. Or nous avons vu les choses de l’intérieur, les défauts, les difficultés. Nous pouvons être utiles. » Selon lui, la Convention aurait pu s’affranchir davantage de la lettre de mission, en explorant d’autres thématiques.

« Le président a semblé regretter que nous n’ayons pas parlé de l’eau, des énergies… Ce n’était pas a priori dans le champ retenu pour cette Convention, mais nous aurions pu nous en emparer, comme nous l’avons fait pour d’autres sujets. »

Samyr ne craint pas d’avoir l’air radical : « On nous dit : « attention à ne pas être liberticides ». Mais je pense que nous aurions pu être plus contraignants… » Pour des raisons d’efficacité, la Convention s’est souvent « raccrochée à l’existant », à des recommandations prônées de longue date par des chercheurs ou des ONG. « Nous aurions pu faire preuve de plus de créativité pour un monde meilleur, mais bon… »

« Un jour historique pour l’écologie » : une vague verte déferle sur la France

Guy, retraité : « S’il tient sa promesse… »

Guy dans les jardins de l’Elysée, le 29 juin 2020.

Guy dans les jardins de l’Elysée, le 29 juin 2020.

Guy est le « Monsieur Ecocide » de la Convention. Il n’est évidemment pas le seul, au sein de l’assemblée citoyenne, à pousser en faveur de la reconnaissance de ce crime dans le droit pénal. Mais il est pour beaucoup dans le fait que cette mesure figure en bonne place dans le rapport final des 150. Qu’a-t-il pensé des déclarations d’Emmanuel Macron sur le sujet ? « En renvoyant le débat au niveau international, il botte un peu en touche », estime le retraité. « Mais s’il tient sa promesse de porter ce combat au nom de la France, et qu’elle donne l’exemple, ce sera une vraie avancée ».

Guy explique être venu à l’Elysée avec un nœud à l’estomac, tant il craignait de voir sa proposition et de nombreuses autres rejetées. Il a l’impression que le bilan est plutôt positif : « j’ai envie de croire qu’un débat sur l’écocide va pouvoir émerger, ce qui est déjà énorme. Le président était je crois au-delà de la simple déclaration d’intention ». Guy admet même ressentir une petite excitation :

« Des portes sont en train d’être ouvertes, en neuf mois, on a fait un chemin incroyable. Et on est dans le sens de l’histoire, les résultats électoraux d’hier soir le montrent. »L’« écocide », ce concept qui fait débat jusque chez les écolos

Mais Guy a aussi quelques regrets : que le chef de l’Etat n’ait pas parlé, par exemple, des « limites planétaires », ces neuf critères scientifiques (acidification des océans, réchauffement climatique…) pouvant servir de base pour déterminer s’il a écocide ou non. « C’est un concept très important, pour préserver l’habitabilité de la Terre. On ne peut pas parler d’écocide sans parler de ces limites planétaires ». Les justifications d’Emmanuel Macron sur pourquoi il a recalé la modification du préambule de la Constitution ne l’ont pas convaincu non plus. « Il a dit qu’il y avait un risque de placer la protection de l’environnement au-dessus des libertés publiques, et de mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains. On ne veut pas mettre la nature au-dessus, simplement concilier les deux », rectifie Guy.

Incompréhension, aussi, sur le rejet de la taxe de 4 % sur les dividendes :

« Il a motivé sa décision par la crainte que cela décourage l’investissement. Je ne suis vraiment pas d’accord. Alors que l’Etat vole régulièrement à leur secours, on l’a encore vu avec la crise du Covid, demander une contribution des grandes multinationales me semble indispensable. »





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