Les couples franco-allemands, ciment de la construction européenne



Actualité


30.06.2020

Barthélémy Gaillard

L’expression « couple franco-allemand » remonte aux années 1970 et à l’étroite collaboration entre Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt. Avant et depuis, d’autres binômes ont marqué l’histoire de l’Union européenne, dont la construction reste en partie dépendante de la relation entre Paris et Berlin.

Angela Merkel et Emmanuel Macron, le 23 juin 2017 à Bruxelles – Crédits : Conseil européen

Plusieurs couples franco-allemands ont marqué l’histoire depuis les années 1950. Ces derniers ont dépendu des calendriers électoraux, pas toujours parallèles entre les deux pays. Ainsi que, bien sûr, des affinités entre les hommes et les femmes. Malgré des changements de couleur politique et l’émergence des sujets de friction qui vont avec, Paris et Berlin ont bien souvent formé un binôme solide, rarement fragilisé par les appartenances partisanes des dirigeants.

[1958-1963] Charles de Gaulle et Konrad Adenauer – les mains tendues

Le général de Gaulle et Konrad Adenauer, à Cologne en 1961

Le général de Gaulle et Konrad Adenauer, à Cologne en 1961 – Crédits : Archives fédérales allemandes

Charles de Gaulle et Konrad Adenauer ont respectivement occupé le pouvoir pendant 10 et 14 ans, mais les deux hommes ne se sont « croisés » que pendant 5 ans, de 1958 à 1963. Principales figures de l’après-guerre dans leurs pays, le président et le chancelier ont joué un rôle incontournable dans la pacification puis le rapprochement rapide de leurs deux nations à partir des années 1950. Très proches, les deux dirigeants ont ainsi formé le premier véritable « couple franco-allemand ».

Avant l’instauration de la Ve République en 1958 et l’arrivée de Charles de Gaulle à la présidence de la République, Konrad Adenauer, qui est chancelier depuis 1949, collabore étroitement avec d’autres personnalités françaises. D’abord aux côtés de Robert Schuman, avec qui il initie la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en vue d’éviter le déclenchement d’un nouveau conflit armé. Aux côtés de Guy Mollet ensuite, avec qui il signe le traité de Rome le 25 mars 1957, qui réunit la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Pourtant, à l’origine, leur proximité ne va pas de soi. Sur la nature du lien à entretenir avec les Etats-Unis ou sur l’orientation à donner à la construction européenne, les deux hommes ne sont pas sur la même longueur d’onde. Leur première rencontre officielle, à Colombey-les-Deux-Eglises en 1958, doit y remédier. « J’étais préoccupé car je craignais que la façon de voir de de Gaulle ne fût si radicalement différente de la mienne qu’il nous serait à peu près impossible de nous entendre« , reconnaîtra plus tard Konrad Adenauer. Il n’en est rien.

« Personne ne peut mieux que lui saisir ma main. Mais personne ne peut mieux que moi la lui tendre« , expliquera le général de Gaulle, cité par l’historien François Kersaudy. Leur passé commun d’opposants inflexibles au nazisme constitue le fondement de leur amitié. Et ce rapprochement se concrétise par la signature du traité de l’Elysée le 22 janvier 1963, qui met un terme définitif aux conflits meurtriers entre les deux pays et qui officialise une coopération dans de nombreux domaines, de l’économie aux affaires étrangères.

Compte tenu du contexte historique et de leurs fortes personnalités, les deux dirigeants ne s’entendent logiquement pas sur tous les sujets. L’amitié qui lie les deux pays n’en est pas menacée pour autant, tout comme celle qui lie les deux hommes, qui continuent à entretenir une relation intime après la retraite du chancelier. « Ce que nous avons accompli ensemble pour nos deux pays est pour moi l’œuvre la plus importante des quatorze années à la chancellerie« , dira l’Allemand. « Adenauer est le seul que je puisse considérer comme mon égal« , déclarera pour sa part le Français.

[1969-1974] Georges Pompidou et Willy Brandt – à l’épreuve de la Guerre froide

Georges Pompidou et Willy Brandt (au premier plan) à Cologne en 1972

Georges Pompidou et Willy Brandt (au premier plan) à Cologne en 1972 – Crédits : Archives fédérales allemandes

De 1969 à 1974, Georges Pompidou et Willy Brandt constituent un autre couple franco-allemand. Un binôme nettement moins proche que celui que formaient Charles de Gaulle et Konrad Adenauer.

Ce refroidissement des relations franco-allemandes ne doit pas tant au fait que les deux hommes n’appartiennent pas aux mêmes familles politiques qu’au choix de Willy Brandt de lancer l’Ostpolitik, ou politique de rapprochement de l’Allemagne de l’Ouest vers l’Allemagne de l’Est. En effet, le chancelier social-démocrate, ancien maire de Berlin, n’a de cesse d’atténuer la coupure entre les deux parties de l’Allemagne, particulièrement criante depuis la construction du Mur de Berlin en 1961. Pour ce faire, il profite de l’apaisement de la Guerre froide pour rétablir des relations cordiales avec l’URSS et la RDA. En 1971, les Allemands de l’Ouest sont ainsi de nouveau autorisés à se rendre librement à Berlin-Est.

Mais cette stratégie éloigne l’Allemagne de la France et de la ligne atlantique. Cette période correspond d’ailleurs au rapprochement entre la France et le Royaume-Uni. C’est en effet sous l’égide de Georges Pompidou et de son homologue britannique Edward Heath que les Britanniques intègrent la CEE en 1973.

Parmi les avancées à mettre à l’actif de Georges Pompidou et de Willy Brandt, notons tout de même la création de l’entreprise franco-allemande Airbus en 1970. De même, c’est en 1972 que sont créés les trois premiers lycées franco-allemands.

[1974-1981] Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt – la grande compréhension

Helmut Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing à Bonn en 1977

Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing à Bonn en 1977 – Crédits : Archives fédérales allemandes

Les parcours politiques de Valéry Giscard d’Estaing et d’Helmut Schmidt sont remarquables de parallélisme. En mai 1974, à onze jours d’intervalle, les deux hommes deviennent en effet respectivement président et chancelier, et ce pour une durée presque équivalente de sept et huit ans. De plus, avant d’accéder aux plus hautes fonctions publiques, Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt avaient eu l’occasion de se connaître, occupant tous deux, en même temps, le poste de ministre des Finances. C’est d’ailleurs sous leur direction qu’est créé le Serpent monétaire européen en 1972, destiné à limiter la fluctuation des taux de change entre les pays de la Communauté économique européenne.

Comme l’explique l’historien Georges-Henri Soutou, l’expression « couple franco-allemand » remonte aux années 1970, lorsque Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt occupent le pouvoir au même moment en France et en Allemagne. Elle est d’abord utilisée dans la presse, principalement en France car en Allemagne le terme « moteur » est plus fréquemment employé, avant de devenir une notion diplomatique à part entière.

Après cette accession simultanée au pouvoir, les deux hommes agissent en totale concertation. « Jamais rien sans la France« , dira Helmut Schmidt. En 2015, à la suite du décès de celui qui était resté son ami, Valéry Giscard d’Estaing explique que, pendant sept ans, ils ont été guidés par la volonté commune d’une « conduite intelligente des affaires économiques des pays occidentaux« . Une « correction absolue » caractérisait leurs relations de travail et les gouvernements français et allemand s’employèrent à toujours parler d’une même voix.

Au cœur de leur collaboration : l’approfondissement de la construction européenne. En 1975 est ainsi créé le Fonds européen de développement régional (FEDER), qui doit permettre l’intensification de la solidarité entre les pays européens et favoriser l’intégration de nouveaux Etats membres, comme la Grèce en 1981. En 1978, les deux dirigeants lancent le projet de Système monétaire européen. Ce dernier remplace à partir de 1979 le Serpent monétaire européen afin de renforcer un peu plus la stabilité des monnaies européennes, mise à mal à l’époque. La même année, le Parlement européen est également élu pour la première fois au suffrage universel direct, tandis que Simone Veil, jusqu’ici ministre de Valéry Giscard d’Estaing, en devient la première présidente.

Ecartés du pouvoir exécutif en 1981 pour le Français et en 1982 pour l’Allemand, les deux hommes poursuivent néanmoins leur engagement européen. Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt font logiquement partie des partisans de la monnaie unique, tandis que le premier prend même la tête de la Convention pour l’avenir de l’Europe chargée de rédiger un projet de constitution européenne, finalement rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005. Ultime preuve de leur amitié inaltérable et de la proximité de leurs convictions, le dernier ouvrage de l’ancien président français, intitulé Europa, la dernière chance de l’Europe, publié en 2014, est préfacé par… Helmut Schmidt.

[1982-1995] François Mitterrand et Helmut Kohl – main dans la main

François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984 à Douaumont

François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984 à Douaumont – Crédits : Office de presse et d’information du Gouvernement fédéral 

Suivant de près le tandem Giscard-Schmidt, le nouveau couple franco-allemand est composé, à partir de 1982, de François Mitterrand et d’Helmut Kohl. Le Français, arrivé à l’Elysée l’année précédente, est le premier président socialiste de la Ve République. L’Allemand, lui, a su reconduire les chrétiens-démocrates au pouvoir, après treize ans d’une chancellerie dirigée par le centre-gauche. Une nouvelle fois, les dirigeants des deux principales économies européennes appartiennent donc à des familles politiques opposées. Mais, comme ce fut le cas par le passé, cette divergence partisane n’a que peu de poids sur la nature des relations entre les deux pays.

Comme l’explique Hubert Védrine, conseiller diplomatique de François Mitterrand dès 1981 puis ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, c’est l’existence d’un « projet commun » pour l’Europe qui prévaut. Les deux dirigeants basent leur politique extérieure sur une relation franco-allemande solide et apaisée. Pour Hubert Védrine, Helmut Kohl fut même « le dernier chancelier allemand pour qui la relation avec la France était fondamentale« .

En 1983, François Mitterrand soutient ainsi son homologue en vue du déploiement de missiles américains sur le sol ouest-allemand en réponse à celui de missiles russes. Helmut Kohl lui en saura gré car il doit alors affronter une opinion publique majoritairement pacifiste. L’année suivante, les deux hommes scellent définitivement leur amitié et la réconciliation entre la France et l’Allemagne en se tenant la main devant l’ossuaire de Douaumont lors d’une commémoration de la Première Guerre mondiale. Un geste qui appartient désormais à l’Histoire.

Au niveau européen, le président français et le chancelier allemand ont fortement contribué à l’approfondissement de l’intégration au cours des années 1980 et 1990. Tous deux proches de Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1995, ils ont mis en œuvre « l’Europe politique », avec l’Acte unique européen en 1986, et le traité de Maastricht de 1992, qui valide le principe d’une monnaie unique européenne.

En 1992, François Mitterrand et Helmut Kohl sont également à l’initiative de l’Eurocorps, un corps d’armée regroupant des contingents français et allemand, mais aussi belge, espagnol et luxembourgeois. Cet embryon de défense européenne est depuis intervenu, sous l’égide de l’OTAN, dans les Balkans et en Afghanistan, ainsi qu’au Mali, mais cette fois à la demande de l’Union européenne. La même année, le couple franco-allemand lance également la chaine binationale Arte.

Si François Mitterrand et Helmut Kohl connaissent des désaccords, comme lors de l’éclatement de la guerre en Yougoslavie – la France se rapproche de la Serbie et l’Allemagne de la Croatie – aucun sujet ne vient entamer la proximité entre leurs deux pays pendant leur période commune au pouvoir. Pas même la réunification de l’Allemagne, en 1990, qui était vue par la France comme une possible résurgence d’un pays tout puissant en Europe. La réconciliation était suffisamment « profonde » et « sincère« , estime en effet le politologue Dominique Reynié, interrogé par Toute l’Europe. En attestent notamment les larmes d’Helmut Kohl lors des obsèques de François Mitterrand en 1996.

[1998-2005] Jacques Chirac et Gerhard Schröder – la fin de l’émotion

Gerhard Schröder et Jacques Chirac en 2005 à Paris

Gerhard Schröder et Jacques Chirac en 2005 à Paris – Crédits : Office de presse et d’information du Gouvernement fédéral

A la suite du couple Mitterrand-Kohl, la relation franco-allemande tend à s’essouffler. Le lien entre les hommes est moins fort. Que ce soit avec Helmut Kohl, au pouvoir en Allemagne jusqu’en 1998, ou avec son successeur de centre-gauche Gerhard Schröder, Jacques Chirac, pour sa part devenu président en 1995, ne tisse pas des liens aussi étroits que François Mitterrand.

Le contexte politique a naturellement son importance. Etant donné que la Guerre froide est maintenant terminée, que la réconciliation franco-allemande est actée et que l’euro est lancé (Jacques Chirac et Gerhard Schröder inaugurent d’ailleurs sa mise en circulation – en 1999 pour les transactions financières et en 2002 pour les particuliers), les dangers de distensions sont moindres, et, mécaniquement, la nécessité d’afficher une unité moins pressante.

Il faut ainsi attendre 2002 pour que la ligne Paris-Berlin fonctionne de nouveau pleinement. Après des mois de désaccord, le président et le chancelier finissent en effet par s’entendre sur l’avenir de la Politique agricole commune et le poids dévolu à chaque pays au sein des institutions européennes. Les deux hommes sont également sur la même longueur d’onde vis-à-vis de la guerre en Irak voulue par George W. Bush, qu’ils rejettent sans équivoque. Le « non » des Français à la Constitution européenne en 2005 vient toutefois donner un sérieux coup d’arrêt à cette nouvelle période d’impulsion franco-allemande en Europe. 

[2007-2012] Nicolas Sarkozy et Angela Merkel – « Merkozy » face à la crise

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en 2009 à Paris

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en 2009 à Paris – Crédits : ministère français des Affaires étrangères

Plus qu’avec Jacques Chirac, qui a quitté le pouvoir en 2007, Angela Merkel a surtout eu l’occasion de constituer un premier binôme franco-allemand avec Nicolas Sarkozy. Proches politiquement, les deux dirigeants l’étaient pourtant beaucoup moins s’agissant du style. De fait, Nicolas Sarkozy s’est montré, au cours de son quinquennat, aussi volubile, médiatique, voire ostentatoire, qu’Angela Merkel a fait preuve de discrétion et de sobriété. « Elle pense, moi j’agis« , reprochera par exemple le président français à la chancelière.

Le rôle des présidents français dans la construction européenne

De plus, une série d’incompréhensions vient perturber les premières rencontres. Peer Steinbrück, alors ministre allemand des Finances, critique en effet publiquement les mesures fiscales de Nicolas Sarkozy tandis que ce dernier reproche ouvertement au gouvernement allemand de sortir unilatéralement du nucléaire. Le rapprochement entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’intervient ainsi qu’en 2008, alors que l’Europe est frappée de plein fouet par la crise économique et financière.

Entre eux, les discussions sont musclées, le Français cherchant à assouplir les positions allemandes, intransigeantes vis-à-vis des pays aux niveaux de dette les plus élevés. Des accords, qui seront par la suite critiqués pour leur imperfection, sont néanmoins trouvés. Le principal n’est autre que le Pacte budgétaire européen (ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance – TSCG), discuté à partir de 2010, approuvé fin 2011 et entré en vigueur en 2013, soit après le départ de Nicolas Sarkozy de l’Elysée. En première ligne durant la crise, le couple franco-allemand prend alors parfois le surnom de « Merkozy ».

Qu’est-ce que le Pacte budgétaire européen ?

Ayant appris à se connaître et à travailler de conserve, les deux dirigeants voient toutefois leur collaboration interrompue par la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle 2012, et ce en dépit du plein soutien de la chancelière durant la campagne électorale.

[2012-2017] François Hollande et Angela Merkel – à la recherche du compromis

François Hollande et Angela Merkel en 2016 à Bratislava

François Hollande et Angela Merkel en 2016 à Bratislava – Crédits : Rastislav Polak

Les débuts du tandem Hollande-Merkel s’annoncent donc difficiles. Malmené par la chancelière durant sa campagne présidentielle, le successeur de Nicolas Sarkozy s’est de plus fait élire sur la promesse d’une révision du Pacte budgétaire. Une perspective inenvisageable pour l’Allemagne et qui n’aboutit qu’à une réforme à la marge.

Ainsi, comme cela a été plusieurs fois le cas par le passé, les relations entre le président français et la chancelière allemande ont mis du temps à s’organiser. D’autant tant que, fait nouveau, les divergences partisanes des deux dirigeants ont compliqué leur entente, notamment sur le dossier sensible de la zone euro et de la Grèce. A l’été 2015, au terme d’une longue crise et de discussions marathon, ce n’est que de haute lutte que François Hollande obtient d’Angela Merkel une solution pour éviter un Grexit.

De la même manière, s’agissant de la crise migratoire, la coopération entre la France et l’Allemagne se révèle très imparfaite, Paris se montrant extrêmement prudent à l’égard de la politique d’ouverture choisie par Berlin.

En revanche, sur d’autres aspects, les deux dirigeants font preuve d’une belle capacité d’entente. C’est le cas d’abord pour le dossier ukrainien, sur lequel François Hollande et Angela Merkel affichent un front uni face à Vladimir Poutine pour essayer d’éviter une escalade du conflit armé. Leur action se matérialise par les accords de Minsk en 2015. En janvier puis novembre 2015, la chancelière répond par ailleurs présente à l’appel de François Hollande à la suite des attentats terroristes. Elle défile à ses côtés dans les rues de Paris et l’image de son visage contre l’épaule du président restera comme l’une des plus marquantes de leur passage commun au pouvoir.

Comme l’explique l’historienne Hélène Miard-Delacroix dans les colonnes de La Croix, avec ses périodes de forte proximité et de relatifs éloignements, le couple Hollande-Merkel aura été conduit comme les autres couples franco-allemands depuis la fin de la Guerre froide, c’est-à-dire avec « pragmatisme, discrétion, régularité, recherche du compromis« . Soit un lien peu spectaculaire, mais néanmoins solide.

[2017-2021] Emmanuel Macron et Angela Merkel – vers la relance du projet européen ?

Angela Merkel et Emmanuel Macron le 23 juin 2017 à Bruxelles

Angela Merkel et Emmanuel Macron le 23 juin 2017 à Bruxelles – Crédits : Conseil européen

L’actuel couple franco-allemand est composé  d’Emmanuel Macron et Angela Merkel. Après une campagne à rebondissements, le premier cité est devenu chef de l’Etat le 14 mai 2017, tandis que Mme Merkel a été reconduite dans ses fonctions pour un quatrième mandat à la suite des élections fédérales du 24 septembre 2017. Leur collaboration devrait donc s’étendre jusqu’en 2021, lorsque les Allemands seront rappelés aux urnes, la chancelière ayant pour sa part indiqué qu’elle ne se représenterait pas après 16 ans de mandat. 

Le système politique allemand

Les deux dirigeants ont rapidement l’occasion de se rencontrer, de manière bilatérale ou lors d’événements européens et internationaux, et de lancer leur collaboration, Emmanuel Macron se rendant en Allemagne dès le lendemain de son investiture, signe de l’importance qu’il donne à la relation franco-allemande dans sa politique étrangère. Tous deux semblent également convaincus de la nécessité de donner un nouveau souffle à la construction européenne après plusieurs années de relatif immobilisme et de montée de l’euroscepticisme partout sur le continent.

Face au programme européen très volontariste d’Emmanuel Macron, l’Allemagne d’Angela Merkel se montre néanmoins plutôt réservée dans un premier temps. S’agissant du projet de budget spécifique de la zone euro défendu par le président français, la chancelière lui apporte son soutien lors du sommet de Meseberg de juin 2018, mais en revoyant son montant à la baisse – son envergure et ses objectifs sont encore davantage limités fin 2018 par les autres pays de la zone euro. Et concernant la création d’une taxe sur les géants du numérique, ardemment désirée par la France, Mme Merkel oppose d’abord une fin de non-recevoir à M. Macron.

Qu’est-ce que la taxe GAFA ?

La relance du projet européen sous l’égide d’Emmanuel Macron et Angela Merkel reste donc longtemps modeste. D’autant Angela Merkel connaît un temps un déclin inédit en Allemagne, payant le prix de la chute historique de son parti, la CDU, lors des élections fédérales en 2017 et régionales en 2019. Pour éteindre l’incendie, la chancelière renonce même à la présidence de la CDU et annonce son départ de la chancellerie à l’issue de son mandat. Pour sa part, Emmanuel Macron subit de plein fouet la crise des « gilets jaunes » couplée à une chute de popularité, entravant sa capacité d’action et ternissant son image à l’international.

Le 22 janvier 2019, Mme Merkel et M. Macron se réunissent néanmoins pour signer un traité à Aix-la-Chapelle, ville frontalière et ancienne capitale de Charlemagne. L’objectif est bien de redonner un élan à la coopération entre les deux pays, dans la lignée du traité de l’Elysée de 1963. Au cœur de ce nouveau texte, la politique internationale, la sécurité et la défense : des domaines où les vues franco-allemandes se rapprochent de manière croissante depuis plusieurs années.

La donne est néanmoins bouleversée avec l’épidémie de Covid-19, qui frappe durement l’Europe et le monde. Angela Merkel est louée pour sa bonne gestion sanitaire de la crise. S’il n’en est pas de même pour Emmanuel Macron, dont le parti est également sanctionné dans les urnes lors des élections municipales de 2020, les deux leaders parviennent néanmoins à afficher un front uni face au marasme économique provoqué par la pandémie.

Traditionnellement attachée au principe de rigueur budgétaire, Angela Merkel opère un revirement idéologique et politique en participant aux côtés d’Emmanuel Macron à l’initiative franco-allemande : le 18 mai, les deux puissances proposent ensemble que l’Union européenne emprunte 500 milliards d’euros en son nom et distribue l’argent aux Etats membres sous forme de subventions. Le 27 mai, la Commission européenne s’inscrit dans la continuité de ce projet pour élaborer quelques jours plus tard sa proposition de nouveau budget pluriannuel et de plan de relance (1 100 milliards d’euros de budget sur 7 ans et 750 milliards d’euros pour relancer l’économie). Face à la crise économique, la France et l’Allemagne retrouvent donc leur fonction de couple moteur de l’Europe. Une nouvelle fois en surpassant leurs divergences.

[Revue de presse] La France et l’Allemagne proposent un plan de relance inédit

Article initial rédigé par Jules Lastennet



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