Abstention monstre aux municipales, Mélenchon évoque une « insurrection froide »



Du jamais-vu pour des élections municipales en France : six électeurs sur dix ne sont pas allés voter dimanche 28 juin, dans un scrutin pourtant traditionnellement apprécié des Français. Alors que 16,5 millions de citoyens étaient appelés aux urnes dans 4 820 communes pour ce second tour sur fond de coronavirus, le taux de participation s’établit entre 40 % et 41 %… plus de vingt points de moins qu’en 2014 (62,1 %).

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Certes, cette abstention historique s’inscrit dans le contexte exceptionnel d’une crise sanitaire sans précédent, qui a freiné les électeurs malgré des mesures de précaution renforcées. Ce contexte a également perturbé la campagne comme jamais, avec un écart inédit de trois mois et demi entre le premier tour, déjà marqué par une forte abstention (55,7 % le 15 mars), et le second. Dans l’intervalle, les candidats n’auront quasiment pas pu aller à la rencontre de leurs électeurs sur le terrain.

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Pourtant, nombre d’observateurs du jeu politique estiment que le Covid-19 ne suffit pas à expliquer ce détournement massif des urnes. Le député LR Arnaud Danjean estime « inquiétant de voir une abstention record ternir les résultats d’un scrutin jusqu’alors si populaire, et qui témoignait de l’inégalable légitimité d’élus de proximité ».

L’ex-tête de liste de La France insoumise aux européennes, Manon Aubry, estime de son côté que ce taux d’abstention est le signe d’un « profond désaveu démocratique qui ne cesse de s’amplifier » envers une « Ve République à l’agonie ».

Même les enjeux locaux forts n’auront pas suffi à attirer les électeurs dans les isoloirs. Au Havre, où le Premier ministre Edouard Philippe jouait son destin politique face au Parti communiste, le taux d’abstention atteint ainsi 58 %. A Lille, où Martine Aubry était dans un coude-à-coude fratricide avec les écologistes, il atteint même 68,3 %.

A Lille, la folle soirée de Martine Aubry

En prenant en compte ces très faibles taux de participation, l’ampleur de la victoire des nouveaux maires élus perd ainsi en dimension, et par extension tout exercice d’analyse électorale à l’échelon national. A Paris, la socialiste Anne Hidalgo est ainsi réélue avec les voix de 17,5 % des inscrits de la capitale. Les écologistes Grégory Doucet à Lyon et Pierre Hurmic à Bordeaux ne gagnent qu’avec respectivement 19,1 % et 17,5 % des suffrages de leurs nouveaux administrés. A Nice, Christian Estrosi est réélu avec les voix de 15,8 % des inscrits et à Lille, Martine Aubry n’aura rassemblé que 12,4 % des électeurs pour lancer son quatrième mandat…

« Grève civique »

C’est du côté de Marseille et de son député Jean-Luc Mélenchon, bien que satisfait de la large avance du Printemps marseillais, qu’a résonné l’avertissement le plus marquant de cette soirée. Lors d’une déclaration peu avant 21 heures, le leader « insoumis » a déclaré s’inquiéter « d’une grève civique » :

« Clairement, la masse du peuple français est en grève civique. C’est une forme d’insurrection froide contre toutes les institutions du pays, au moment où l’Etat voit son autorité s’effondrer dans les comportements de la police, et être mis en cause par ceux de la justice. C’est donc un moment compliqué, dangereux, de la vie de la nation qui se présente devant nous. »

« Il est très difficile de tirer des enseignements d’une situation dans laquelle tant de gens s’abstiennent, où il y a un tel néant civique qui se dresse en face des listes », a-t-il poursuivi, ajoutant que ces élections municipales « auront surtout pourvu à l’aggravation de la crise civique dans ce pays ».

« C’est donc l’heure du renouveau politique qui doit sonner. C’est donc l’heure du grand changement, grand changement des institutions, grand changement des politiques sociales, grand changement des politiques écologiques. Et naturellement, ce n’est pas avec ceux qui sont en place que ce changement peut avoir lieu. »Le RN s’offre une victoire à Perpignan mais ne perce pas le plafond de verre

Il a par ailleurs souligné « un échec massif du parti du président de la République, La République en Marche », tandis qu’il comparait les succès « remarquables » d’EELV à « une forme d’assainissement politique contre ceux qui changent d’étiquette et de rôle en cours de route ».

« Le mal est plus profond »

Plus tard dans la soirée, le président LR du Sénat Gérard Larcher dressait le même constat, exprimant que « la crise sanitaire ne peut expliquer à elle seule une si faible participation ».

« Le mal est plus profond et plus ancien. Crise après crise, notre pays se fracture, la défiance s’installe. Il nous appartient de recréer la confiance », affirme le troisième personnage de l’Etat dans un communiqué.

Grégory Doucet et Bruno Bernard, le duo écolo qui a terrassé Gérard Collomb« C’est en réalité la crise du manque de résultats que nous vivons. Les Français réclament moins de discours, moins de bureaucratie, plus de proximité. A nous de comprendre le message qui nous est adressé ce soir, au-delà même des enjeux municipaux. »

« L’échec pour la majorité présidentielle est évident », conclut-il. Au moins un point sur lequel toutes les oppositions tomberont d’accord…

Municipales 2nd tour (light)





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