Vague verte, abstention record, naufrage de LREM… Les 7 leçons des municipales


Scrutin local par excellence, les élections municipales délivrent aussi de grandes tendances nationales. C’est particulièrement vrai avec ce scrutin du 28 juin, inédit à bien des points : par son organisation, trois mois après le premier tour, par le record d’abstention, par l’ampleur de la vague verte et par l’échec de La République en marche… Des résultats dont le président de la République ne manquera pas de tirer les conséquences dès les jours à venir. Tour d’horizon des leçons de ces élections.

1 – La poussée verte

Elle était annoncée, la vague verte déferle et encore plus fortement que prévue : les écologistes, qui ne dirigeaient jusqu’ici qu’une seule ville de plus de 100 000 habitants (Grenoble), s’emparent pour la première fois de leur histoire de très nombreuses grandes villes : Lyon (où Grégory Doucet dépasse les 50%), Tours, Besançon, Poitiers, Annecy…

Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… Ces grandes villes raflées par les écolos

Avec quelques victoires surprises et synonymes de tremblements de terre locaux et nationaux. C’est le cas à Bordeaux où Pierre Hurmic bat le maire sortant LR Nicolas Florian, pourtant allié à LREM et donné grand favori. C’est encore le cas à Strasbourg où le premier adjoint LREM sortant Alain Fontanel, qui lui aussi s’était allié avec LR, est battu par l’écologiste Jeanne Barseghian.

Autre symbole : Annecy, dirigée par le centre-droit depuis plus de 60 ans, où l’ex-EELV François Astorg bat le maire sortant UDI. A Besançon, l’écologiste Anne Vignot l’emporte à la tête d’une liste gauche plurielle et succède à un maire ex-PS devenu LREM. A Poitiers, Léonore Moncond’huy renverse Alain Claeys, alors que la mairie était PS depuis 1977. EELV gagne aussi à Colombes, ville des Hauts-de-Seine jusqu’ici dirigée par la droite.

Surprise à Poitiers : l’ancienne scout écolo renverse un baron socialiste

Cette poussée verte, déjà entamée aux Européennes, confirme que les questions environnementales sont devenues une préoccupation centrale pour les électeurs. Au moins ceux des moyennes et grandes villes. Pour EELV, c’est une première historique. Et une étape vers la conquête du pouvoir, espèrent-ils. Ils devront faire la preuve de leur capacité à gérer de grands exécutifs locaux.

Au sein de la gauche, c’est un rapport de force qui s’inverse, les écologistes s’imposant désormais aux socialistes. Est-ce une bascule durable ? Des municipales aux présidentielles, il y a encore un pas. Et maintenant, deux concurrents sur les rangs pour mener la bataille au nom des écolos en 2022 : Yannick Jadot, le troisième homme des Européennes, tout sourire sur les plateaux télés, et Eric Piolle, réélu dans un fauteuil à Grenoble.

2 – La grève civique

Après avoir songé à organiser ce second tour des élections municipales à la rentrée, voire même en 2021, l’exécutif a finalement décidé de l’organiser avant l’été. Était-ce le bon choix ? Les électeurs ont-ils déserté les urnes par peur du Covid-19 ? Ou par désaffection de la politique ? L’abstention est en tout cas record : près de 60 %.

Des chiffres qui ne vont pas aider à légitimer les exécutifs locaux, pas plus qu’à redonner du crédit à la parole politique. Nul doute qu’un autre chiffre, en revanche, va exploser : celui des contestations des résultats, comme le 15 mars dernier.

« Clairement la masse du peuple français est en grève civique, c’est une insurrection froide », a réagi Jean-Luc Mélenchon. Pour une fois, une marcheuse, la députée Olivia Grégoire, était d’accord : « 60 % ce soir alors qu’on nous dit que la proximité est l’enjeu du moment. Ces élections étaient pourtant une belle occasion… »

3 – Les conquêtes socialistes

Le PS peut souffler après avoir tremblé toute la soirée à Lille. Donnée perdante par les premiers sondages sortis des urnes et devancée par son rival écologiste Stéphane Baly avec lequel elle n’avait pas fait accord, Martine Aubry, l’ancienne ministre de Lionel Jospin, conserve le Beffroi. A quelques voix près. Anne Hidalgo conserve haut la main la mairie de Paris. Et le socialiste Michaël Delafosse bat le maire divers gauche Philippe Saurel à Montpellier. Le PS gagne aussi la ville de Nancy, celle de Quimper (contre un maire sortant de centre droit), Morlaix ou encore Chambéry. « Un bloc social-écologique est en train de naître », a estimé le patron du PS, Olivier Faure, sur France 2.

Le socialiste Mathieu Klein fait basculer Nancy

4 – La réussite des collectifs citoyens

C’est l’une des autres leçons de ce scrutin : la réussite de collectifs citoyens. La gauche qui l’emporte dans plusieurs villes ce dimanche soir est plurielle, sans un PS hégémonique, souvent emmenée ou portée par des collectifs citoyens. Symbole le plus éclatant : Marseille où l’initiative du Printemps républicain, emmenée par une ex-EELV, Michèle Rubirola, est en passe de faire tomber le « système Gaudin », même si cela reste à confirmer au troisième tour. L’héritière du maire sortant, la candidate LR Martine Vassal, est même battue dans son secteur.

Michèle Rubirola, le Printemps d’une Marseillaise

5 – Le naufrage LREM

C’était l’un des objectifs d’Emmanuel Macron pour la République en Marche durant ce quinquennat : ancrer dans les territoires son parti créé pour l’élection présidentielle de 2017. Force est de constater que l’échec est presque total. Après des élections européennes qui ont vu le Rassemblement national lui passer devant et son électorat de gauche le lâcher, le parti présidentiel a volé d’échec en échec durant ces élections municipales.

Partout ou presque, c’est la Bérézina : à Paris, Agnès Buzyn fait moins qu’au premier tour et ne sera même pas conseillère de Paris (tout comme le dissident Cédric Villani). Echec aussi à Lyon, l’ex berceau de la Macronie, à Marseille, à Strasbourg (où le premier adjoint Alain Fontanel était pourtant favori)… Même à Aix-en-Provence, la maire sortante LR Maryse Joissains, pourtant donnée perdante, est réélue. Une somme de déroutes qui devrait également se payer cher lors des élections sénatoriales prévues à l’automne prochain.

Certes, la majorité revendique quelques succès, mais l’immense majorité des grands gagnants mis en avant par LREM sont des maires de droite sortants, tels Edouard Philippe au Havre, ainsi que Christian Estrosi à Nice ou Jean-Luc Moudenc à Toulouse, tous deux opportunément soutenus alors qu’ils affichent des valeurs éloignées de celles initiales d’En Marche ! (le maire de Toulouse était un opposant au mariage pour tous), mais qui permettra au moins à des marcheurs de faire leur entrée dans des conseils municipaux.

Au Havre, le pari réussi d’Edouard Philippe

6 – Le triomphalisme décalé de LR

« On renoue avec la victoire, s’est félicité sur France 2 Christian Jacob, le patron du parti. Plus de 50 % des villes de plus de 9 000 habitants sont détenues par des Républicains. » Un triomphalisme un poil décalé… La droite conquiert certes certaines villes (Orléans, Champigny-sur-Marne ou Villeneuve-Saint-Georges en banlieue parisienne…) et en conserve beaucoup gagnées en 2014 mais elle perd Marseille, Bordeaux, Perpignan, Nancy… A Paris, elle a trouvé une candidate qui a mis son camp derrière elle, Rachida Dati, mais qui a aussi été nettement distancée par Anne Hidalgo.

7 – Le RN conquiert Perpignan mais…

Les appels au barrage républicain et la hausse de la participation n’y ont rien fait : Louis Aliot emporte la mairie de Perpignan. C’est la première fois depuis Toulon en 1995 que le parti fondé par Jean-Marie Le Pen se retrouve à la tête d’une ville de plus de 100 000 habitants. Autres victoires du soir, mais plus modestes : le candidat RN Romain Lopez l’emporte à Moissac, ville de 1 000 habitants dans le Tarn-et-Garonne. Et le RN gagne aussi à Bruay-la-Buissière. Mais il perd son maire de secteur, Stéphane Ravier, à Marseille. Son maire sortant à Mantes-la-Ville est battu. Et son candidat d’ouverture de la droite est défait à Carpentras. Au final, l’arbre Perpignan masque un peu la forêt de conquêtes bien maigres pour un parti présent au second tour de la dernière présidentielle.

Comment Louis Aliot a conquis Perpignan





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