Emmanuel Macron, la réinvention impossible ?


Comment lire cette élection municipale venue d’une autre planète ? On a beau la retourner dans tous les sens, elle ne ressemble à aucune autre. Quand l’abstention atteint des chiffres aussi vertigineux, près de 60 % des inscrits, la prudence est plus que nécessaire. Les raisons de cette singularité historique ? L’étirement invraisemblable entre les deux tours de scrutin, plus de trois mois d’écart. Mais aussi la peur du virus malin, toujours en circulation, les vacances trop proches qui incitent les pêcheurs à la ligne à déserter les bureaux de vote en rangs serrés. Et enfin, bien sûr, le désamour flagrant du citoyen pour ses représentants.

Faut-il pour autant ne pas tirer quelque leçon de ce fiasco retentissant ? Emmanuel Macron est le principal perdant de cette séquence, qu’il avait d’ailleurs décidé de contourner depuis des semaines. Le constat est cruel : son mouvement, désormais, n’est plus qu’une coquille vide. Les militants de La République en Marche (LREM) sortent épuisés et hagards de cette campagne mortifère où le « en même temps » les a conduits à s’allier à la droite, tactique désastreuse. Les « marcheurs » ont beau gesticuler, expliquer leur choix illisible, ils sont, aujourd’hui, définitivement classés à droite de l’échiquier politique. L’extrême centre, cher à leur champion, n’est qu’une chimère qui a volé en éclats.

Aux municipales, les raisons d’une vague verte sans précédent

Comment le président de la République peut-il se réinventer, selon sa formule ? Le passionné de théâtre va-t-il revêtir le costume d’un Daniel Cohn-Bendit, se verdir à la vitesse grand V ? Ou, au contraire, jouer les Raymond Barre, l’expert-comptable qui veut sauver les comptes publics plombés par la crise du Covid-19 ? Ou, comme toujours, « jouer » sur les deux tableaux ? Changer de rôle selon son inspiration, mais aussi selon les circonstances ?

Petites touches

Si l’on s’en tient à une simple logique arithmétique, le calcul devrait le conduire à rester solidement campé sur son socle électoral, majoritairement positionné à droite, à poursuivre, donc, avec un Premier ministre juppéiste, Edouard Philippe ou Bruno Le Maire, ou même aller recruter une Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, qui s’est révélée pendant la pandémie du coronavirus. Une femme à Matignon ? Le choix aurait du sens, tant ces élections ont vu apparaître de nouvelles figures féminines. Le Macron nouveau pourrait s’affubler d’une cape verte tout en critiquant les apôtres de la décroissance. A l’Elysée, ses conseillers l’incitent à ne pas surestimer la vague verte de ces élections municipales, lui rappelant qu’une élection présidentielle n’est pas comparable aux scrutins locaux.

Au Havre, le pari réussi d’Edouard Philippe

Le chef de l’Etat va donc se réinventer, mais en douceur, par petites touches, sans bouleverser son agenda, sans chercher à créer d’électrochoc dans l’opinion. En période de crise, il ne faut pas aller chercher des « danseuses » pour gouverner, mais des briscards de la politique, costauds dans la tempête. Or, le tsunami social, attendu pour l’automne, nécessite des commandos d’expérience, des hommes et des femmes qui ne tremblent pas. Ceux qui espèrent de grands bouleversements, des castings mirobolants, risquent d’être déçus. Au fond, nos gouvernants sont convaincus que l’emploi est la plus grande préoccupation des Français, que la vague de chômage à venir, conséquence inévitable de l’arrêt de la machine économique durant le confinement, va rebattre les cartes et éloigner les écologistes du cœur du débat. Est-ce si sûr ? Aux Verts, désormais à la tête de grandes villes comme Lyon, Bordeaux, ou Strasbourg de démontrer le contraire, de prouver qu’ils peuvent être de bons gestionnaires, et plus seulement des imprécateurs sympathiques.





nouvelobs

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