Test DVD : 5 est le numéro parfait


Italie, Belgique, France : 2019
Titre original : 5 è il numero perfetto
Réalisation : Igort
Scénario : Igort
Acteurs : Toni Servillo, Valeria Golino, Carlo Buccirosso
Éditeur : M6 Vidéo
Durée : 1h42
Genre : Comédie, Thriller
Date de sortie cinéma : 23 octobre 2019
Date de sortie DVD/BR : 17 juin 2020

Peppino Lo Cicero, ex-tueur à gages de la Camorra, est fier de son fils qui gravit les échelons du crime organisé. Mais quand celui-ci est froidement tué dans un guet-apens, il reprend du service accompagné de son ami Toto le boucher. Leur quête de vérité va déclencher une spirale de vengeances et de trahisons dans les clans mafieux du Naples des années 70…

Le film

[4,5/5]

Sorti en 2002 chez Casterman ainsi que dans plusieurs autres pays à travers le monde, 5 est le numéro parfait s’est rapidement imposé comme un phénomène dans le petit monde de la bande dessinée et du roman graphique. Polar très noir – et paradoxalement très humain – se déroulant dans le petit monde de la mafia napolitaine, cette petite bombe de roman graphique a contribué à rendre célèbre Igort, de son vrai nom Igor Tuveri, auteur de BD italien qui s’est aujourd’hui décidé à passer derrière la caméra afin d’adapter son bébé. 5 est le numéro parfait n’est donc plus aujourd’hui uniquement un immense roman graphique publié dans 20 pays, traduit dans 15 langues et récompensé par de nombreux prix internationaux : il s’agit maintenant également d’un film, coproduit entre l’Italie, la Belgique et la France.

Tragicomédie absolument unique au sein du cinéma italien contemporain (ou de ce qui en reste), le film d’Igort s’imposera en l’espace de quelques plans seulement comme l’œuvre d’un véritable esthète, dont le regard est néanmoins clairement tourné vers le cinéma et la culture populaire, qu’il s’agisse de cinéma (les films de Toto, les films de kung-fu) ou de bande dessinée (le discours du personnage qui compare les fumetti et les comics).

On ne va pas se voiler la face : chaque plan de 5 est le numéro parfait est un véritable régal pour les yeux. Venant de la bande dessinée, Igort a en effet soigné chaque angle, chaque cadrage, chaque prise de vue, traitant de fait chaque plan comme une case de son roman graphique, et ne laissant absolument rien au hasard.

En étroite collaboration avec son directeur photo Nicolai Brüel, le cinéaste nous livre une œuvre visuellement somptueuse, un véritable régal esthétique convoquant les grandes heures du cinéma de Wong Kar-Wai ou encore l’œuvre de Frank Miller, autre cinéaste venu de la bande dessinée et traitant chacun de ses plans comme un trésor à sublimer.

Mais la photographie ne fait pas tout, il y a aussi l’ambiance, évoquant autant les films de gangsters de Jean-Pierre Melville que le Film Noir américain, et les scènes d’action, dont la lenteur calculée et la mise en scène excessivement visuelle rappellera forcément au spectateur l’Art de Johnnie To et les sublimes chorégraphies d’Exilé (2006) et surtout de Vengeance (2009), qui s’en rapproche de plus thématiquement avec son personnage de papy truand en guerre contre le milieu.

Côté scénario, le scénario délicieusement alambiqué de 5 est le numéro parfait réserve un certain nombre de surprises, et les dialogues sont extraordinairement ciselés. Le découpage du film en chapitres, qui permet d’ailleurs une série de fantaisies visuelles assez bluffantes, ainsi que la chronologie éclatée du récit pourront également faire penser à Quentin Tarantino, même si la tonalité et le tempo imposé par la langue italienne n’appartiennent finalement – et définitivement – qu’à Igort, qui signe ici une entrée remarquée dans le monde du cinéma.

Au casting de 5 est le numéro parfait, on retrouvera avec plaisir Toni Servillo (La grande bellezza, Gomorra) ainsi que la trop rare Valeria Golino, que les amateurs de comédies connaissent bien, puisqu’elle incarnait le rôle de Ramada dans Hot Shots 2. Aux côtés de l’excellent Carlo Buccirosso (Toto le boucher) et de l’incroyable Vincenzo Nemolato (qui ferait un excellent Phil Defer dans une adaptation de Lucky Luke), elle achève d’amener au film la touche d’humanité pour en faire un polar décalé absolument indispensable, à découvrir au plus vite.

Le DVD

[4,5/5]

Malgré un score et une distribution extrêmement limités dans les salles françaises (9600 entrées sur 26 salles), 5 est le numéro parfait vient de débarquer sur les linéaires de vos revendeurs de culture préférés à la fois en DVD et en Blu-ray, sous les couleurs de M6 Vidéo. Malheureusement, M6 Vidéo avec qui nous entretenions jusqu’ici d’excellentes relations, qui nous fournissait toujours des Blu-ray pour nos tests et avec qui nous avions pu, par le passé, organiser de beaux concours afin de vous faire gagner des Blu-ray de ses blockbusters en vidéo, vient de céder ses relations presse à une agence de communication extérieure. De ce fait, ce sont maintenant les « gros » sites et la presse écrite qui recevront les Blu-ray édités par M6 Vidéo, pour le plus souvent les traiter sous la forme de trois phrases lapidaires au détour d’une page fréquentée. Fort logiquement, les stocks ne seront plus suffisants pour sites plus modestes comme critique-film.fr, qui devra se contenter des « restes » et traiter les sorties estampillées M6 au format DVD. C’est un peu le syndrome du serpent qui se mord la queue, puisqu’en ne traitant pas le film au format Blu-ray, on réalisera 60% de clic en moins sur nos pages consacrées aux tests des sorties M6 Vidéo, et la situation ne risque pas de s’arranger…

Pour autant, habitué au format DVD depuis de nombreuses années, M6 Vidéo nous livre avec ce DVD de 5 est le numéro parfait une galette assez superbe, faisant clairement honneur à la photo du film autant qu’au support. Le master s’avère en effet d’une grande précision, le piqué est étonnamment précis pour de la définition standard, les couleurs et contrastes sont bons, les noirs relativement profonds sans être bouchés, on ne constate pas de pixellisation à outrance sur les arrière-plans, bref, c’est un très beau boulot, irréprochable. Côté son, le constat technique est à peu de choses près le même, puisque l’éditeur nous propose deux mixages Dolby Digital 5.1 (VF / VO italienne) enveloppants et très dynamiques. On notera également la présence d’un mixage stéréo en Dolby Digital 2.0 dans les deux langues, anecdotique mais probablement plus clair si vous ne bénéficiez pas des délices du Home Cinema et visionnez le DVD le plus simplement du monde sur votre téléviseur.

Du côté des suppléments, l’éditeur ne s’est pas foutu du consommateur, et proposera, même sur la version DVD du film, une interactivité riche et passionnante. On commencera tout d’abord avec un entretien avec Igort (25 minutes), au cœur duquel le cinéaste a l’élégance de s’exprimer en français. Surtout, on notera que malgré un léger accent, le dessinateur / cinéaste fait preuve d’une impressionnante maîtrise de la langue française, au point même de s’exprimer de façon plus soutenue et intelligente que de nombreux français. Tournures passives, accords parfaits, vocabulaire extrêmement étendu… On applaudit des deux mains Igort, qui nous a vraiment bluffé. Les questions sont bonnes et permettront au cinéaste de revenir sur la genèse du film autant que sur ses influences conscientes, la place de la culture populaire au cœur du film, ce qu’il a cherché à créer à l’image ou encore son caméo « à la Hitchcock » à la fin du film. Il incarne en effet le passager lisant le journal dans le bus au Parador, juste derrière Toni Servillo. On continuera ensuite avec « De la bande dessinée à l’animation » (6 minutes), un sujet sur les scènes d’animation, les « têtes de chapitres » et le générique du film, assurées par la boite napolitaine Mad Entertainment. On y découvrira les ébauches des scènes animées en mode « années 30 » qui devaient illustrer les rêves des personnages que l’on voyait dans le roman graphique, et qui ont finalement été coupées au montage. Le supplément suivant, pompeusement nommé « making of » (9 minutes), est en fait un montage des effets visuels (VFX), sans commentaire et sur le mode toujours payant du avant / après. On terminera ensuite avec une scène coupée (3 minutes), amusante mais un peu redondante : on y abordait un film de l’acteur Totò, alors même qu’une autre séquence évoquait Totò par la suite, par le biais d’un extrait de Totò e Cleopatra (1963).



Critique film

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