A Lille, « voter, c’est nécessaire, même pour pouvoir se plaindre après »



Sur la fresque, le long du mur de la cour de cette école élémentaire, la vague est très haute. Sur sa crête, un surfeur couleur turquoise, mélange de bleu et de vert. Simple dessin ou métaphore du vote lillois ? La vague électorale verte va-t-elle atteindre la capitale du Nord ? Ou Martine Aubry est-elle tellement forte qu’elle va résister et garder sa ville ? Tous les électeurs croisés ce dimanche matin 28 juin ont cet enjeu en tête.

Martine Aubry sans les écologistes à Lille : « C’est fini, la page est tournée »

Après avoir voté dans cette école de Wazemmes, un quartier populaire un peu bobo, Laure, traductrice de 42 ans ayant gardé son masque sur la bouche, reconnaît qu’elle a « parlé pas mal avec ses amis » de ce suspens : « Pour la première fois, c’est serré à Lille et c’est une bonne chose. » Elle était déjà venue voter au premier tour et n’a « pas du tout peur » des conditions sanitaires du vote. Elle vote « tout le temps », parce que « s’exprimer lui tient à cœur » :

« C’est nécessaire, même pour pouvoir se plaindre après. »

Lui non plus n’a pas eu « du tout d’appréhension avant de venir voter, à partir du moment où on respecte les gestes barrières ». Comptable, âgé de 41 ans, Julien avait déjà voté au premier tour. Il comprend que, dans toute la France, des habitants aient envie de confier leurs villes à des écologistes :

« Pour moi, quand on est citadin, on a besoin de plus d’espaces verts et de moins de voitures. » DOSSIER. Municipales : un second tour aux multiples inconnues

Clément « avait oublié que le vote était aujourd’hui »

Bérénce a baissé son masque coloré en tissu en sortant du bureau de vote. Pas plus de trois électeurs par bureau, gel hydro alcoolique à l’entrée, un paquet de masques sur la table pour ceux qui n’en auraient pas, chacun son stylo, « les conditions sont respectées et je n’ai eu aucune appréhension », témoigne cette jeune auto-entrepreneure. Elle avait déjà voté au premier tour. Le vote, « c’est un espoir de changement, même s’il est très faible ». A 27 ans, elle se définit « comme appartenant à la génération climat » et avoue :

« Tant dans ma ville que nationalement, l’écologie, c’est important. »

Lui a « très peu confiance » dans les écolos actuels : « C’est un parti fourre-tout. Jadot peut entrer au gouvernement à tout moment. » Animateur culturel à la retraite, Bernard ne pense pas « qu’on puisse changer la société écologiquement sans changement économique, il faut un changement radical ». Il avait voté au premier tour, n’a pas eu peur de revenir. Pour lui, l’abstention, qui s’annonce massive à Lille, s’explique plutôt « par un désintérêt, d’autres priorités » que par la peur du Covid. Le vote est pour cet homme de 66 ans « un moyen d’expression, mais pas le seul ».

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En se réveillant ce dimanche matin, Clément « avait oublié que le vote était aujourd’hui » : « Il y a eu tellement de cacophonies autour de ces élections… » Mais comme au premier tour, il a fait son devoir. Il a enlevé son masque en sortant de la classe de CM2 qui fait office de bureau de vote et n’a « pas du tout eu peur » de venir : « Je suis dans le commerce, on est en train de lever les restrictions alors que là, tout est respecté. » Autour de lui, « les gens n’ont pas peur, mais s’en foutent ». Il ne s’attend pas à un résultat serré : « Pour moi, il n’y a pas de suspense. C’est Martine qui va repasser. » Pour lui, ses adversaires (écologiste ou En Marche !) ne sont pas à sa hauteur. A 31 ans, il le dit en souriant : « Martine est indéboulonnable. » Verdict dans la soirée.

> Participation, résultats et analyses : suivez la journée et la soirée électorale du second des élections municipales avec « l’Obs » :

Municipales 2nd tour (light)





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