le parquet national financier aurait cherché en secret une taupe de Nicolas Sarkozy


En 2014, alors que le parquet national financier (PNF) enquêtait pour « corruption » et « trafic d’influence » sur Nicolas Sarkozy, il aurait mené parallèlement une investigation secrète, qui aurait duré jusqu’en 2019. D’après nos confrères du « Point », qui révèlent l’information le mardi 24 juin, les enquêteurs cherchaient à identifier une taupe qui, soupçonnaient-ils, aurait averti l’ancien président et son avocat Thierry Herzog qu’ils étaient sur écoute.

Une enquête discrète… sans résultat

A l’époque, les magistrats enquêtaient sur d’éventuelles tentatives de Nicolas Sarkozy d’obtenir des informations confidentielles sur l’affaire Bettencourt de Gilbert Azibert, ancien premier avocat général près la Cour de Cassation, par l’intermédiaire de son avocat Me Herzog. L’ex-président aurait proposé en échange de soutenir l’obtention par Gilbert Azibert d’un poste à Monaco. Sarkozy et Herzog échangeaient sur des téléphones dédiés, sur une ligne prise au nom de « Paul Bismuth » pour Nicolas Sarkozy. Une méthode digne d’un « délinquant chevronné », avait estimé le PNF.

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Or, après avoir promis le 25 février 2014 à Gilbert Azibert son soutien, « Paul Bismuth » avait brusquement changé d’avis et déclaré au téléphone le lendemain ne pas avoir agi. Pour les magistrats du PNF, ce soudain retournement pouvait signifier qu’une taupe avait prévenu l’ancien président qu’il était sur écoute, d’autant que cette rétractation a été dite deux fois, sur la ligne Bismuth puis sur la ligne « officielle » de Nicolas Sarkozy, comme pour bien faire passer l’information à des oreilles indiscrètes. Le PNF avait alors ouvert une enquête préliminaire pour violation du secret professionnel, infraction normalement hors de son domaine de compétence.

Les relevés téléphoniques, dits « fadettes » (pour factures détaillées, qui permettent de connaître les appels entrants et sortants et leur durée, mais pas le contenu des échanges), de plusieurs cabinets d’avocats pénalistes auraient alors été épluchés par le PNF, indique « le Point » : ceux de Jean Veil, Eric Dupont-Moretti (pendant deux semaines, après qu’il a tenté de joindre Thierry Herzog), Hervé Temime, parmi bien d’autres, ont été passés au peigne fin. Selon « le Point », les fadettes d’une magistrate ou des lignes fixes du PNF ont aussi été scrutées. Certains avocats ont même été géolocalisés. Sans résultat.

Les avocats portent plainte

L’enquête parallèle a finalement été classée sans suite fin 2019 – une durée anormale qui, estiment les défenseurs de l’ancien président, aurait servi à empêcher que ce classement serve à la défense – et cette procédure annoncée aux avocats de Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog début 2020.

Le procès de Nicolas Sarkozy pour « corruption » se tiendra du 5 au 22 octobre

Les avocats de l’ancien président ont demandé, en vain, qu’elle soit versée au dossier. « Ce qui est certain, c’est que le résultat de cette enquête cachée à la défense jusqu’au moment capital du renvoi devant le tribunal correctionnel est de nature à disqualifier la thèse de l’accusation », affirme Jacqueline Laffont, une des avocats de Nicolas Sarkozy.

Les avocats dont les communications ont été surveillées à leur insu pourraient porter plainte contre l’Etat. « Si ces faits sont avérés, ils représentent une menace inquiétante pour le secret professionnel des avocats », déclare au « Point » le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi. Me Dupond-Moretti a annoncé sur LCI une « plainte » contre ces « méthodes de barbouzes ».

Sarkozy dénonce des « dysfonctionnements »

Nicolas Sarkozy a également réagi ce jeudi 25 juin à cette révélation de l’hebdomadaire en dénonçant une « invraisemblable accumulation de manquements et de dysfonctionnements ».

« En réaction aux révélations du Point, je n’exprime qu’une seule demande : le respect de l’Etat de droit », a affirmé sur Twitter l’ancien chef de l’Etat. « En conséquence, toute la vérité doit être établie sur les circonstances qui ont permis cette invraisemblable accumulation de manquements et de dysfonctionnements », a ajouté Nicolas Sarkozy.

Le procès de l’ex-président pour corruption dans l’affaire dite des écoutes est prévu du 23 novembre au 10 décembre – après avoir d’abord été prévu en octobre.





nouvelobs

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