plongée dans l’intimité de François Fillon



C’est un livre sincère sur un homme soupçonné de ne pas l’avoir été et qui en a payé le prix. François Fillon, l’homme qui devait être président de la République, a-t-il dissimulé sa vraie personnalité ? Le champion de la droite qui brandissait sa probité et sa stature morale s’est-il arrangé avec la loi et les contours flous du rôle d’assistant parlementaire pour rémunérer son épouse avec des fonds publics ? Le 29 juin, celui que « l’Obs » avait à l’époque grimé à sa une en « Tartuffe » aura la réponse de ses juges. Dès avant, il pourra au moins se satisfaire d’être réhabilité en librairie. Le journaliste Tugdual Denis lui consacre en effet un ouvrage à la plume légère et au ton très personnel – « la Vérité sur le mystère Fillon », qui sort ce jeudi 25 juin aux éditions Plon.

Peut-il y avoir un nouveau procès Fillon ?

Fait rare dans l’exercice des livres politiques, l’auteur dit qui il est, d’où il parle : le directeur adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles » ne cache pas son admiration pour l’ancien Premier ministre, pour son projet qu’il considérait « comme le plus cohérent et le mieux ficelé de la droite moderne », sa vision à la fois libérale et conservatrice et ses ressorts intimes.

Il raconte aussi, et c’est l’un des plaisirs de lecture, les coulisses de leurs nombreuses rencontres pour les besoins du livre : le week-end au manoir de Beaucé, dans la Sarthe, où l’auteur, reçu par le clan Fillon, vient lui-même en famille ; le dîner chez lui où le journaliste retrouve à sa table l’ancien Premier ministre, le sénateur Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au palais du Luxembourg, ou encore l’ex-patron d’Axa Henri de Castries. Même le menu, italien, est raconté par le menu.

Le charme discret de la grande bourgeoisie

Que découvre-t-on ? Que « l’univers personnel de François sonne vrai », pour Tugdual Denis. Penelope, ses cinq enfants, tous témoignent de leur amour pour ce mari ou père taiseux, si peu enclin à exprimer ses sentiments. Le livre raconte une famille secouée par l’affaire qui transforme le favori de la présidentielle en jusqu’au-boutiste défiant les médias, les juges et bientôt une partie de son camp politique. Lorsqu’il apprend que le parquet national financier ouvre une enquête, le candidat lâche à son fidèle collaborateur, Igor Mitrofanoff, à la descente de l’avion :

« Si j’avais pu ouvrir la porte pendant le vol, Igor, je me serais jeté dans le vide. »Du business, de la moto… La nouvelle vie de François Fillon

Fillon confirme aussi qu’il était prêt à renoncer à sa candidature après sa mise en examen et à la veille du rassemblement au Trocadéro. « Demain j’arrête. Les conditions pour gagner ne sont plus réunies. Tout le monde souffre trop dans cette histoire », lâche-t-il lors d’un dîner en famille le 4 mars 2017. Le lendemain, pourtant, il s’obstine. « La puissance et la chaleur du Trocadéro m’ont fait changer d’avis. »

Tugdual Denis nous plonge aussi dans l’univers Fillon : de dîners en parties de chasse, on plonge dans l’entre-soi et le charme discret de la grande bourgeoisie. On dîne sous les boiseries, avec des grands vins, on aime les belles voitures et, lors des vacances au ski, l’ancien Premier ministre est à l’occasion déposé en hélicoptère à des sessions de hors piste. Lorsque le candidat prépare l’avenir de la France, c’est avec son ami l’assureur Henri de Castries (qui aurait été son ministre de la Défense), l’avocat d’affaires Antoine Gosset-Grainville (qui aurait été son secrétaire général de l’Elysée) ou la patronne de l’agence Image 7 Anne Méaux (qui a soufflé l’idée de ce livre).

« Je ne vais pas m’étendre là-dessus »

Mais sur le fond, le mystère Fillon demeure sur ce qui lui est reproché. Même dans ses confidences, l’ancien candidat reste sur cet aspect de sa vie peu convaincant. N’est-ce pas bizarre d’avoir augmenté le salaire de son épouse lorsqu’elle devient l’assistante parlementaire de son suppléant, lui demande le journaliste de « Valeurs actuelles » ? « Oui, sans doute. Mais il ne faut pas oublier que pendant toute ma période à Matignon, Penelope ne travaillait pas. » Est-ce à dire qu’il fallait rattraper les salaires « perdus » ?

N’est-ce pas étrange, également, que ses deux enfants embauchés quelques mois comme ses assistants au Sénat lui aient rétrocédé une partie de leurs salaires (ils n’ont pas été poursuivis) ?

« Moi, je ne m’occupais pas de cela. Nous, on leur payait leurs trucs, eux remettaient l’argent sur le compte… Oui, bien sûr, on aurait dû être plus vigilants. »

Etait-il obligé de demander à sa fille de rembourser en partie son mariage, raison pour laquelle cette dernière lui aurait reversé de l’argent ? « Honnêtement, je ne vais pas m’étendre là-dessus. Je n’ai jamais récupéré la totalité des sommes qu’ils touchaient… »

Quant aux chers costumes qui lui ont coûté si cher, François Fillon redit ce qu’il avait déjà reconnu : c’était une erreur, mais il ne savait pas alors qu’ils étaient offerts par l’homme d’affaires Robert Bourgi. Sur ce chapitre, il n’en dit guère plus. Quelques jours après la parution de ce livre, ce sera à la justice de parler.





nouvelobs

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