A l’Assemblée, le professeur Raoult fait la leçon à tout le monde



Il est arrivé, sans masque et tout sourire, au 101 rue de l’Université, et s’est prêté, une fois installé, pendant de longues minutes aux objectifs des photographes avec la même aisance. Pour l’occasion, le scientifique avait troqué sa blouse blanche pour une veste sombre et une chemise verte à carreaux. Peut-être le professeur Didier Raoult savait-il qu’il pouvait compter sur le soutien, voire l’admiration, de plusieurs membres de la commission d’enquête mise sur pied par l’Assemblée nationale pour évaluer la gestion par les pouvoirs publics de la crise du Covid 19. Le rapporteur de celle-ci, le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, a même fait l’honneur au patron de l’IHU Méditerranée Infection de descendre avec lui, et sous l’œil des photographes, les quelques marches en direction de la salle Lamartine.

La face cachée de Didier Raoult, professeur le plus controversé de France

Là, Didier Raoult s’est livré à trois heures d’une dissertation souvent décousue. Il a défendu son traitement à base d’hydroxychloroquine et les travaux de son institut. « Il y a 50 % des médecins dans le monde qui utilisent l’hydroxychloroquine et l’azithromycine pour traiter le Covid », a-t-il assuré, sans être relancé par la commission sur la réalité de cette affirmation. Et a lancé ses flèches.

Interrogé, sous serment, sur la politique de dépistage mise en place en France, Didier Raoult, 68 ans, a dénoncé un système de dépistage « archaïque ». Dans son viseur également : le conseil scientifique mis en place par l’exécutif début mars, l’entourage du ministre de la Santé Olivier Véran et le rôle joué, selon lui, par le laboratoire Gilead dans la controverse soulevée par ses travaux à Marseille.

« J’étais un peu comme un ovni »

Dès le début de son audition, le professeur Raoult a, une nouvelle fois, expliqué sa décision de se mettre rapidement en retrait du conseil scientifique dirigé par Jean-François Delfraissy et mandaté par le gouvernement pour l’accompagner dans la gestion de la crise. A la mi-mars, Didier Raoult avait décidé de ne plus participer à ses travaux, préférant échanger directement avec Emmanuel Macron, compte tenu de son « expérience extrême » en matière d’épidémiologie, a-t-il rappelé ce mercredi :

Qui est Jean-François Delfraissy, le discret et très politique président du conseil scientifique ?« Un conseil scientifique je sais ce que c’est. Et ce n’est pas ça. Là, les décisions ont été prises sans aucune donnée sur la table (…) C’était un type qui demandait à un autre ce qu’il pensait de ci ou ça. Je me suis vite fâché mais comme j’ai voulu éviter de rendre ma désapprobation publique, je n’ai pas démissionné ».

Une « incompatibilité génétique » entre lui et ses pairs, qui aurait rendu le dialogue « impossible » :

« Je me suis retrouvé au milieu d’un groupe qui, visiblement, se connaissait bien et avait l’habitude de travailler ensemble. J’étais un peu comme un ovni, un extraterrestre »

Des « blaireaux dans leur terrier »

Le chercheur a aussi dénoncé la confusion du « politique » et du « scientifique » au cours de la crise. Il en donne pour preuve l’interdiction de la prescription, partielle, puis totale, à partir de la fin mai, de l’hydroxychloroquine.

« Celui qui a aidé à faire ça, celui-là a fait une faute. A un certain moment, le soin est passé au second plan et les médecins ont été empêchés d’exercer librement. Je pense que c’est même anticonstitutionnel. Les malades, c’est au docteur de les soigner. ».

Selon lui, le ministre de la Santé aurait également fait les frais d’une « garde prétorienne » médiocre, dont les directeurs de l’ANSM (L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) et de la Haute autorité de Santé. Cette  « garde » n’avait « ni les nerfs, ni la compétence » pour faire face à la crise.

« Le ministre a été mal entouré, il faut des remparts, des moyens d’analyser les articles scientifiques afin d’éviter de se retrouver à faire des déclarations au milieu du week-end (en référence à l’étude publié fin par mai par “The Lancet” avant d’être retirée quelques jours plus tard, NDLR) » 

« La manière dont ça s’est organisé est totalement archaïque », a-t-il résumé au moment de pointer du doigt les erreurs dans la politique de dépistage mise en place, dès janvier, par le gouvernement via les centres nationaux de référence de l’Institut Pasteur (CNR). Selon lui, la généralisation des tests sur l’ensemble du territoire national, qu’il appelait de ses voeux, se serait heurtée au manque de coordination des établissements capables de les réaliser. « L’idée qu’on ne pouvait pas faire les tests n’était pas vraie », a répété le professeur Raoult, selon qui les responsables de ces « petits CNR » se sont comportés comme des « blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

« Faites une enquête sur Gilead ! »

Sur la même lancée, Didier Raoult s’en est une nouvelle fois pris à la « stratégie d’influence » et aux liens qui uniraient une partie de ses détracteurs au laboratoire pharmaceutique Gilead – promoteur de Remdesivir, une molécule présentée parfois comme concurrente à l’hydorxychloroquine dans la recherche d’un traitement efficace face au Covid-19. Il a même évoqué une « obsession à vouloir traiter les gens avec le remdesivir » dans le but de faire monter la valeur « en bourse » du labo.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. J’ai porté plainte et découvert qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis six ans » a continué Didier Raoult.

Des « accusations extrêmement graves », a commenté Eric Ciotti. Suffisant pour pousser certains élus à lui demander se faire plus précis dans ces accusations.

« Faites une enquête sur Gilead ! »

« Grand scientifique »

Il a fallu attendre plus de trois heures, ce jeudi, pour voir le professeur mis en difficulté par les questions des députés – tous au garde-à-vous jusque-là. L’élu et généticien Philippe Berta (MoDem) l’a l’interrogé sur ses « pseudo-essais thérapeutiques » menés à Marseille :

« Mais pourquoi, pourquoi ne pas avoir fait des essais cliniques dignes de nom dès le départ qui auraient pu définitivement répondre ’oui ou non l’hydroxychloriquine a des effets’ ? »

Réponse de Didier Raoult :

« Less méthodologistes ne comprennent rien à la science (…) Cet essai sera dans les livres médicaux, je peux vous le dire. J’étais avant un grand scientifique et je le resterai après ».





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