Emmanuel Macron serait intervenu dans l’affaire Kohler, selon Mediapart


Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, n’a selon Mediapart, qui l’avait publié en 2018, pas rendu public un conflit d’intérêts : pendant une décennie, il n’aurait pas indiqué être un proche cousin des principaux actionnaires du groupe de transport maritime MSC, et s’est trouvé à plusieurs reprises « en position de mettre les moyens de l’État à disposition du croisiériste ».

Suite à ces révélations, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire après la plainte déposée par l’association Anticor pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence contre le numéro deux de l’Élysée.

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Après un an d’enquête, annonce Mediapart ce mardi 23 juin, son responsable a rendu le 7 juin 2019 un rapport de synthèse, « totalement accablant », puis après une lettre d’Emmanuel Macron le 1er juillet, un second rapport le 18 juillet, « totalement disculpant ». L’affaire a été classée sans suite un mois plus tard.

Dans sa lettre, adressée à son collaborateur, le président de la République « confirme » que lorsqu’il est devenu ministre de l’Economie, il était déjà informé des liens familiaux d’Alexis Kohler avec les actionnaires de contrôle de MSC.

Pour sa défense, l’avocat d’Alexis Kohler produit une lettre de ce dernier, non signée et datée du 5 novembre 2010, dans laquelle il informe le directeur de l’APE (Agence des participations de l’État) du conflit d’intérêts potentiel de par son lien de cousinage. Mais les enquêteurs du parquet financier notent qu’ils n’ont trouvé nulle part trace de cette lettre lors de leurs perquisitions ou des demandes à Bercy, ni aucune autre note qui informerait du lien de famille en question.

Lorsqu’Alexis Kohler demande à rejoindre le conseil d’administration de MSC en 2014, il indique seulement connaître « la famille Aponte de longue date » sans préciser son lien familial, qu’il ne signale pas non plus dans sa déclaration d’intérêts de janvier 2014.

Pourtant, « le second rapport ne mentionne nulle part les omissions répétées d’Alexis Kohler dans ses déclarations d’intérêts, pas plus que les manquements de ses supérieurs hiérarchiques qui l’ont délibérément couvert, notamment à l’égard de la commission de déontologie », relève Mediapart. Le rapport indique que l’ancien directeur de l’APE n’avait « pas estimé nécessaire » de conserver la lettre annonçant ce conflit d’intérêts potentiel, et qu’Alexis Kohler « l’a indiqué à plusieurs reprises ».

Bonne foi toujours présumée

En tant que membre de l’APE siégeant au conseil d’administration des chantiers navals STX France, Alexis Kohler a participé à cinq votes impliquant MSC, entre 2009 et 2012, alors même que depuis décembre 2010 il était rappelé avant chaque vote qu’un administrateur ayant un intérêt quelconque dans ce qui va être voté ne peut y participer.

Le second rapport du parquet financier présume également la bonne foi d’Alexis Kohler comme administrateur représentant de l’État au grand port maritime du Havre (GPMH), alors qu’il n’a pas informé de son lien familial et a participé à différents votes où les intérêts de l’armateur MSC étaient en jeu.

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La situation du haut fonctionnaire « se complique encore plus lorsqu’il devient directeur de cabinet adjoint de Pierre Moscovici, ministre des Finances, en juin 2012 », puis lorsqu’il est nommé directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, nouveau ministre de l’Economie, estime Mediapart. Le second rapport le blanchit pourtant, il se serait « toujours déporté sur les dossiers concernant MSC », sans que ce soit formalisé par écrit, assurent plusieurs personnalités.

En avril 2017, devenu directeur financier de MSC, il participe comme tel à une réunion à Bercy pour discuter d’un nouveau tour de table de STX pour lequel MSC a une contre-proposition à celle d’un groupe italien. « Une vraie entorse par rapport aux instructions données par la commission de déontologie, qui ne correspond pas au devoir de réserve que tous doivent respecter », déclarera aux enquêteurs le conseiller d’État Roland Peylet, président de la commission de déontologie, rapporte Mediapart. Mais Alexis Kohler avait obtenu auparavant le feu vert de Jean Maia, directeur des affaires juridiques de Bercy.





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