on débriefe la fin de la Convention citoyenne pour le climat


L’accouchement a été difficile, parfois chaotique. Mais les 150 membres Convention citoyenne pour le climat peuvent maintenant souffler un peu. Après neuf mois intenses de travail, et une session finale bousculée par les règles sanitaires, ces Français tirés au sort se sont mis d’accord sur une liste d’une centaine de mesures, à même, selon eux, de permettre une nette diminution des émissions de gaz à effet de serre françaises dans un esprit de « justice sociale ». Reste, désormais, à observer comment leurs propositions seront digérées par Emmanuel Macron et le gouvernement.

Qu’est-ce que ces citoyens retiennent de cette expérience ? Ont-ils quelques regrets, et des craintes sur la suite ? Comment prennent-ils les critiques parfois vives qui visent leur travail ? Comme après chaque session depuis le début de cette convention, quatre d’entre eux – Yolande, Fabien, Mélanie et Samyr – vous racontent leurs questionnements, leurs déceptions, leurs espoirs.

Les propositions choc de la convention citoyenne pour le climat

Mélanie, 46 ans, auxiliaire de vie (Sarthe) : « Le 110 km/h n’est pas une proposition hors-sol »

Mélanie

Au sein de cette Convention, Mélanie était membre du groupe de travail « Se déplacer », consacré aux transports. Elle fait donc partie de ceux qui ont activement défendu la proposition visant à réduire la vitesse sur autoroutes, de 130 à 110 km/h. La polémique qui est née ces derniers jours sur le sujet ne cesse pas de l’étonner : « Les experts le disent : baisser la vitesse de 20 km/h peut avoir un impact non négligeable sur les émissions de CO2. Il ne s’agit pas d’une proposition hors-sol, je me déplace moi-même en voiture tous les jours… ». Les propositions de la Convention, poursuit Mélanie, n’ont absolument rien de « punitif » :« Sur l’usage de la voiture, nous n’interdisons rien. Et nous ne diabolisons pas ceux qui l’utilisent. Oui, on dit qu’il faut moins la prendre, mais on propose tout un tas de mesures pour que les Français aient des alternatives. C’est tout le contraire de la taxe carbone, qui pénalisait les automobilistes sans leur offrir d’autres solutions. »

Elue maire de son petit village de la Sarthe il y a quelques mois, Mélanie estime que les mesures proposées par la Convention relèvent du bon sens, et non de l’idéologie, comme le clament certains de ses contempteurs. « Agir pour le climat, c’est aujourd’hui une simple question de réalisme. Il fait en ce moment 38 °C en Artique, soit 18° degrés de plus que la normale ! Nous sommes en train de foncer dans le mur… ».

Mélanie, membre de la Convention citoyenne pour le climat : « J’ai pris une grosse claque »

Mélanie en est consciente : le travail de la Convention est loin d’être terminé, et le plus dur commence peut-être maintenant. « Il va falloir défendre et expliquer nos mesures aux Français. L’exposition médiatique va être décuplée. C’est maintenant que notre vie va peut-être changer ».

Mélanie, qui fait partie des six citoyens tirés au sort pour échanger avec Emmanuel Macron le 29 juin prochain à l’Elysée, n’a aucun regret d’avoir accepté, voilà presque un an, de participer à cet exercice démocratique assez inédit. « J’ai appris des tas de choses et nous sommes devenus, les 150, une grande famille ». Mais jamais elle n’aurait imaginé qu’elle était en train de s’embarquer dans une aventure aussi longue.

« La saison 1 se termine, la saison 2 commence… La Convention citoyenne, c’est comme Star Wars, on ne sait jamais quand ça s’arrête ! »

Samyr, 52 ans, chirurgien (Var) : « Nous n’avons pas été assez radicaux »

Samyr

Samyr

Samyr oscille entre deux sentiments. Le bonheur d’en avoir terminé, d’un côté. Et une certaine frustration, de l’autre. Car lui aurait aimé que la Convention se montre beaucoup ambitieuse. « Quand cette Convention a débuté, j’avais de grands espoirs, j’avais mis la barre très haut. A l’arrivée, on propose des choses très intéressantes, mais j’ai quand même peur qu’on n’ait pas totalement saisi notre chance. » Alors que certains éditorialistes et économistes dénoncent une Convention trop « radicale », ce chirurgien, qui habite et exerce dans le Sud de la France, pense tout le contraire : elle ne l’a pas assez été.

« Sur beaucoup de sujets, comme l’usage des pesticides, nous n’avons pas été assez radicaux. Il a été décidé de dire qu’en 2025, en 2030 ou en 2040, certaines pratiques devront cesser. Si ça n’avait tenu qu’à moi, il n’aurait pas fallu attendre. Certaines choses auraient dû être interdites dès maintenant. Ça fait déjà trop longtemps que l’on retarde des changements indispensables, qu’on laisse du temps aux entreprises et rien ne bouge. On ne peut plus attendre ! »

Autre de ses griefs : le volet « justice sociale », qu’il juge insuffisant. Et le petit manque d’imagination de la Convention. « Pour changer une société et faire évoluer le comportement des gens, des mesures techniques c’est bien, mais il faut aussi se détacher de l’existant, faire naître une espérance, donner des perspectives. Or on pêche un peu là-dessus je trouve ».

Une Convention citoyenne tirée au sort, est-ce que ça marche ?

Samyr est en revanche convaincu que la Convention a fait le bon choix en décidant de proposer un usage du référendum restreint aux questions constitutionnelles et à la reconnaissance du crime d’écocide. « Je n’ai pas peur du tout du vote des Français, j’assume tout ce que l’on propose. Mais je trouve que le référendum est une très mauvaise méthode pour aborder des questions complexes. »

« Isoler une ou deux mesures pour demander aux Français de se prononcer dessus aurait été trop réducteur. Et tous les sujets ne se prêtent pas au référendum. »Faut-il punir les écocides ?

Yolande, 59 ans, tapissière en ameublement (Finistère) : « Il faut arrêter d’infantiliser les citoyens »

Yolande

Yolande

Pendant ces neuf mois, Yolande n’a jamais vraiment caché ses doutes à propos de cette Convention, dont elle a longtemps craint l’instrumentalisation politique par le gouvernement. Sur le fond, les mesures adoptées ce week-end la rassurent plutôt. « Contrairement à ce que certains disent, on n’a pas accouché d’une souris. On présente un travail abouti, alors que la plupart d’entre nous étaient novices en matière d’écologie il y a encore peu de temps ». Pour cette Bretonne, qui a planché dans le groupe de travail « Se nourrir », « les 150 ont apporté la preuve qu’il faut arrêter d’infantiliser les citoyens. »

« Quand il dispose d’une information solide sur un sujet, qu’on lui donne le temps de se l’approprier et de débattre, il est capable de trouver des solutions à des questions complexes. J’espère qu’il y aura à l’avenir d’autres conventions de ce type. »

Les propositions dont elle est le plus fière : le moratoire sur le CETA, qu’elle a défendu bec et ongles, la lutte contre l’artificialisation des sols, la réorientation de la PAC, la politique agricole commune.

DOSSIER. La Convention citoyenne pour le climat, un tournant pour l’écologie ?

Yolande aurait néanmoins aimé, comme Samyr, que la Convention aille plus loin, notamment sur le plan de la « justice sociale » et sur la question du temps de travail. La semaine de 28 heures, âprement débattue et finalement retoquée ? Elle était à fond pour. « La réduction du temps de travail, c’est une question écologique fondamentale, qui dessine vraiment la société que l’on veut construire pour les prochaines décennies ». Yolande regrette que cette question, comme celle de la croissance, relève encore pour beaucoup du « tabou ».

« Pourtant, c’est bien la recherche coûte que coûte de la croissance qui nous a amenés là où nous sommes, avec un réchauffement climatique qui menace notre avenir. C’est dommage qu’on ait éludé le sujet. »

Si elle se dit 100 % solidaire de tous les choix faits par la Convention, Yolande ne cache pas non plus n’être qu’à moitié convaincue par l’opportunité de proposer un référendum sur l’écocide. « Je crains que cette reconnaissance, si elle est votée, ne fasse pas beaucoup avancer le monde et l’écologie. Cela relève surtout du symbole, or des symboles et des beaux discours, on n’en manque pas ».

Fabien, 28 ans, chargé de projets (Hauts-de-Seine) : « Nos mesures n’ont rien de liberticide »

Fabien

Fabien

« On a fait un super boulot ! » Fabien ne s’en cache pas : il est très fier du résultat de cette Convention. Ce chargé de projets, membre du groupe de travail « Se nourrir », estime que lui et ses petits camarades ont su mettre sur la table des mesures à la hauteur de l’enjeu, et techniquement très au point. « Ce que l’on propose pour une transition vers un modèle agricole plus soutenable, pour diminuer l’usage de la voiture individuelle, et pour développer la rénovation énergétique des bâtiments, c’est solide. J’y crois beaucoup. »

C’était pourtant loin d’être gagné, à l’entendre. « Il y a eu pendant ces neuf mois des moments difficiles, où l’idée d’arrêter m’a parfois traversé l’esprit. Au cours des premières sessions, on pédalait dans la semoule : on manquait de technicité, ça partait un peu dans tous le sens », admet-il. « Mais j’ai bien fait de tenir : ça en valait vraiment le coup ». Sa seule réserve : la reconnaissance du crime d’écocide, à laquelle tiennent beaucoup de ses collègues.

« Je trouve ce concept toujours très flou. J’ai fait des études de droit et j’ai du mal à voir comment on peut vraiment en faire un délit. Mais les Français trancheront. »Faut-il un référendum après la Convention citoyenne sur le climat ?

La violence des critiques qui se sont abattues sur la Convention ne surprend pas Fabien. « Certains essayent de nous caricaturer, de nous peindre en zadistes décroissants et un peu naïfs. C’est assez ridicule », répond le jeune homme. « Notre travail est radical dans le sens où on affirme qu’une autre société est possible. Mais nos mesures n’ont rien de liberticide. » Il juge l’emballement autour des 110 km/h « assez dingue ».

« C’est quand même un sacrifice relativement minime que l’on propose. On interdit à personne la possibilité de rouler en voiture, ni de prendre l’avion pour partir en vacances d’ailleurs. On dit juste qu’il faut que ces usages soient plus raisonnables… »

La Convention, dit-il, l’a profondément changé. « Jusqu’alors, j’étais quelqu’un qui était beaucoup dans le théorique, parfois au détriment de l’action. Cette expérience m’a donné envie de m’investir davantage, pas forcément en politique, mais pourquoi pas dans une asso ». Secoué par ce qu’il a découvert tout au long des travaux de la Convention sur la situation climatique, Fabien raconte avoir commencé à bouleverser son mode de consommation, notamment en réduisant drastiquement sa consommation de viande. « Cette convention a pour moi été un déclic. »





nouvelobs

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