L’Irak a « un an » pour réformer son économie sous peine de « choc irréversible »



Sans des réformes majeures « sous un an », l’économie irakienne va subir « des chocs irréversibles », prévient le ministre des Finances Ali Allawi, dans un entretien exclusif à l’AFP lundi.

« Les réformes sont inévitables », affirme cet universitaire de 73 ans en poste depuis un mois et demi dans un pays dont les revenus ont été divisés par deux avec la récente chute des cours du pétrole et un baril qui est passé de 50 dollars à une vingtaine de dollars.

« Si nous ne redressons pas la situation sous un an, nous allons subir des chocs irréversibles que nous ne pourrons pas résorber », poursuit-il, alors que les projections annoncent une contraction de l’économie irakienne de 10% cette année.

Ali Allawi, déjà en charge des Finances au sein des autorités intérimaires en 2005-2006, estime que la situation est « pire » aujourd’hui car Bagdad fait face à « une crise économique existentielle ».

A l’époque, le prix du baril de pétrole était quasiment équivalent à environ 35 dollars, mais le nombre de fonctionnaires payés par l’Etat irakien n’atteignait pas un million.

Aujourd’hui, ils sont plus de quatre millions et autant d’autres Irakiens perçoivent des retraites et autres pensions de l’Etat, pour un montant mensuel d’environ quatre milliards d’euros.

– Comptes vides et « extraterrestres » –

Selon M. Allawi, le gouvernement devrait payer à temps les salaires de juin et juillet en empruntant aux banques d’Etat.

« Cela est faisable jusqu’à un certain degré, au-delà, nous nous exposons à des risques graves », prévient-il toutefois.

Face à ces dépenses qui n’ont fait que gonfler au fil des ans, le gouvernement a, dit-il, trouvé des caisses vides, 17 ans après l’invasion américaine qui a renversé Saddam Hussein et mis en place un nouveau système politique, rongé par le clientélisme et qui a placé l’Irak en queue de peloton mondial en termes de corruption.

« Un gouvernement a habituellement sur ses comptes de quoi assurer un mois et demi à deux mois de dépenses en cas d’urgence », assure M. Allawi depuis son domicile à Bagdad. « Je m’attendais à trouver entre 7,5 et 10 milliards d’euros, il n’y en avait qu’un milliard et demi de disponible ».

Aujourd’hui, pour les experts –dont M. Allawi, un temps passé par la Banque mondiale–, c’est tout le système de financement du deuxième producteur de l’Opep qui doit être révisé.

Pour les 40 millions d’Irakiens, il faudra d’abord passer par une sévère austérité, qui pourra durer « jusqu’à deux ans », dit-il à l’AFP.

Et surtout, les autorités vont faire le tri dans la liste des fonctionnaires et pensionnés, dont certains cumulent les allocations publiques, et en retirer les « extraterrestres », mot d’argot irakien utilisé pour désigner ces fonctionnaires dont les noms figurent sur les listes de salaires à verser mais qui ne se sont jamais présentés à leur emploi, fictif.

– Le pétrole et la confiance –

Au niveau du gouvernement, il va falloir mettre en oeuvre les promesses faites de longue date de diversifier l’économie, pour ne plus placer le destin du pays entre les seules mains des marchés mondiaux du brut et entamer des discussions avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

« Si le prix du pétrole reste à ce niveau un an et que nos dépenses restent inchangées, nous allons rencontrer un obstacle: on ne peut pas diriger un pays seulement en espérant que les prix du pétrole montent assez pour couvrir les dépenses », affirme cet Irakien longiligne, issu d’une lignée de politiciens chiites.

Mais une réforme complète de l’économie peut-elle être menée par un gouvernement de transition, nommé après la plus grave crise sociale qu’ait connu le pays? Ce dilemme, M. Allawi l’a déjà connu en 2005.

Cette fois-ci, reconnaît-il, la crise de confiance entre citoyens et dirigeants est consommée après six mois d’une révolte populaire inédite et réprimée dans le sang par le gouvernement précédent d’Adel Abdel Mahdi.

Et déjà au début du mois, quand les retraites ont été ponctionnées –premier acte d’une austérité sur lequel le gouvernement est revenu–, la levée de boucliers a été unanime contre M. Allawi et le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, jusqu’au sein du Parlement, l’instance sur laquelle il compte pourtant pour approuver les réformes.

Et surtout, pour lancer la lutte contre la corruption, qui a déjà englouti 410 milliards d’euros de fonds publics depuis 2003.



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