des procurations irrégulières établies pour des résidents d’un Ehpad



La semaine dernière, « L »œil du 20H » montrait qu’une candidate de la liste LR à Marseille proposait d’obtenir une procuration sans passer par le commissariat. Nos équipes révèlent à présent que lors du premier tour des élections municipales, des électeurs ont voté par procuration à la place des résidents d’un Ehpad (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui ne les connaissaient pas. Les familles des personnes âgées, pour certaines malades d’Alzheimer, sont sidérées.   

Le 15 mars, au soir du premier tour des municipales à Marseille, les assesseurs du bureau de vote 1203 font part de leur étonnement sur procès-verbal : « Nous constatons 51 procurations provenant du numéro 32 boulevard Garoutte (Ehpad). Les représentants, trop souvent, ne connaissent pas le nom des personnes qu’ils représentent ».  

Nous avons consulté le registre officiel des procurations de la ville. Et en effet, des procurations ont été établies pour une cinquantaine de résidents d’une même maison de retraite, le 3 mars. Moyenne d’âge des électeurs concernés : 90 ans.  

Cet Ehpad, c’est la Résidence Univi Saint-Barnabé, dans le 12e arrondissement de Marseille : 130 chambres, dont 15 en secteur fermé, dévolues aux cas d’Alzheimer les plus graves. Impossible de rencontrer les résidents, mais nous y avons croisé des familles, à qui nous apprenons que leurs parents ont pu voter par procuration au premier tour. Secret du vote oblige, on ignore pour qui. Quand on lui apprend qu’un proche qu’il vient visiter a voté par procuration le 15 mars, Denis Carletto est stupéfait. « Je ne savais pas du tout… Il a le début d’une maladie, l’Alzheimer. Donc voilà », explique-t-il, incrédule. Même réaction pour Araksia Mesropian : sa mère qui donne procuration, pour elle, c’est inconcevable, car « elle a perdu la tête ! ».  

La réglementation est précise : celui qui veut donner procuration doit personnellement « attester sa volonté de voter par procuration et du choix de son mandataire », comme le détaille une circulaire du ministère de l’Intérieur.  

Des personnes n’ayant plus toute leur tête ont-elles pu donner procuration, sans que leurs proches en soient informés ? Oui : c’est le cas de l’épouse de Julien Hardy, 91 ans. « Elle est atteinte de Parkinson et de la maladie à corps de Lewy, explique-t-il. C’est une maladie cérébrale : parfois elle vous reconnaît, des fois elle ne vous reconnaît pas. Ma femme n’est pas en mesure cérébralement de signer des pouvoirs ! »  

Pourtant, les listes d’émargement que nous avons pu consulter sont formelles : quelqu’un a bien voté à la place de Madame Hardy au premier tour. Et son époux ne connaît pas cette personne, ni la couleur de son vote. « Ce qui me scandalise c’est la façon d’agir, de profiter de ces vieilles personnes. C’est vraiment affreux », se désole-t-il.  

La présentation de l’original d’une pièce d’identité est normalement obligatoire pour établir une procuration, or pour Madame Hardy c’est son mari qui l’a en sa possession. La famille d’un autre résident de l’Ehpad ne comprend pas, elle non plus, comment, en toute illégalité, leur proche a pu donner procuration, sans pièce d’identité. « La carte d’identité n’a jamais quitté notre maison ! », s’étonnent-ils, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. « Pour moi c’est de la malhonnêteté. Ils ont abusé d’elle, comme ils ont abusé peut-être d’autres, mais ils ont abusé d’elle. C’est sûr.”  

Nous avons réussi à joindre les proches de 11 résidents. Tous découvrent qu’une procuration a été faite au nom de leurs parents, la plupart atteints de maladies dégénératives. Contactée, la direction de l’Ehpad dit le découvrir aussi.

Aucune action n’a été entreprise par la direction en place pour organiser le vote par procuration des résidents (…). Nous n’avons fourni aucune copie de documents personnels d’identité pour la mise en place de procurations. Si toutefois un acte malveillant était avéré à l’encontre (…) d’un de nos résidents, nous nous porterions naturellement partie civile.

La direction de l’Ehpad Univi Saint-Barnabé à Marseille

à France 2

Toutes ces procurations, qui ont été utilisées le 15 mars, restent, pour l’heure, valables pour le second tour, le 28 juin.

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