Déconnexion, ignorance, incompétence… Le pire du livre de Bolton sur Donald Trump


Alors que « The Room Where It Happened, A White House Memoir », livre-confession de l’ancien proche conseiller de Donald Trump John Bolton, doit paraître le 23 juin, le président américain fait tout pour empêcher sa publication. Rien d’étonnant, à la lecture des nombreux extraits explosifs révélés mercredi, notamment dans le « Washington Post » et dans le « New York Times ». Du ridicule à la menace pour la démocratie américaine, l’ouvrage présente Donald Trump sous un jour (très) peu reluisant. « L’Obs » fait sa sélection.

  • Il aurait demandé à la Chine de l’aider dans sa réélection

L’histoire entre Trump et la Chine est chaotique. Mais en juillet 2019, lors d’un G20 à Osaka, au Japon, Trump aurait « détourné » une conversation avec le président chinois Xi Jinping « vers la prochaine élection présidentielle ». Il aurait notamment plaidé auprès de Xi « pour qu’il fasse en sorte qu’il [Trump] l’emporte ».

Le président américain « a souligné l’importance des agriculteurs et de l’augmentation des achats chinois de soja et de blé sur le résultat de l’élection », affirme John Bolton dans son livre. John Bolton, ex-conseiller de Trump, l’accuse d’avoir demandé l’aide de la Chine pour sa réélection

« J’ai du mal à trouver une décision importante de Trump qui n’ait pas été motivée par des calculs pour sa réélection », écrit Bolton.

John Bolton, le mauvais génie de Trump

  • Trump aurait encouragé les camps ouïghours en Chine

En juillet 2019, Trump rencontrait des victimes de persécutions politiques, notamment des Ouïghours, minorité musulmane persécutée en Chine. Il avait alors fermement affirmé son attachement à la liberté religieuse. Mais un mois auparavant, en coulisse et face au président chinois, le discours du président américain était tout autre, selon les dires de John Bolton.

En marge d’un sommet du G20, toujours à Osaka, et « uniquement en présence des interprètes, Xi [Jinping] avait expliqué à Trump pourquoi, en gros, il construisait des camps de concentration dans le Xinjiang. Selon notre interprète, Trump a dit que Xi devait continuer à construire ces camps, dont Trump pensait que c’était exactement la bonne chose à faire », écrit l’ancien conseiller.

Selon lui, Trump ne voulait pas sanctionner la Chine pour sa persécution des Ouïgours, pour ne pas entraver des négociations économiques.

  • « Des faveurs aux autocrates qu’il apprécie »

Xi Jinping ne serait pas le seul à avoir bénéficié des faveurs de Trump. Trump n’hésiterait pas à « accorder des faveurs personnelles aux autocrates qu’il apprécie », selon Bolton qui dit avoir fait part de ses inquiétudes au procureur général William Barr.

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Il cite notamment le président turc Recep Tayyip Erdogan. En 2018, ce dernier aurait demandé à Trump de l’aider dans l’affaire d’une entreprise visée par une enquête des autorités judiciaires américaines. Trump avait alors prévenu que les procureurs n’étaient pas « ses gens, mais des gens d’Obama », mais que le problème « serait réglé une fois qu’il les aurait remplacés ».

  • Il aurait voulu envoyer des journalistes de CNN en prison

En août dernier, lorsque la nouvelle d’une réunion entre Trump et ses proches conseillers dans un de ses clubs de golf sur la situation en Afghanistan avait fuité dans la presse, le président américain avait fulminé contre CNN, raconte Bolton, cité par la chaîne ce jeudi. Il aurait demandé au conseiller juridique de la Maison-Blanche d’appeler le procureur général Bill Barr pour lui dire qu’il voulait « arrêter les reporters, les forcer à faire de la prison, et leur ordonner de révéler leurs sources ».

Il aurait également décrit des journalistes comme des « salauds » qui « devraient être exécutés ».

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Bolton décrit dans son livre les nombreuses lacunes et l’incompétence du président américain. Il affirme ainsi que Donald Trump a demandé à Theresa May, sans plaisanter, si le Royaume-Uni était une puissance nucléaire (il l’est). Son chef de cabinet, John Kelly s’est vu de son côté demander si la Finlande faisait partie de la Russie (non), en amont d’une rencontre avec Vladimir Poutine.

Il aurait également affirmé lors d’une réunion destinée à renverser le président vénézuélien Maduro qu’envahir le Vénézuela serait « cool » et que le pays faisait « en réalité partie des Etats-Unis ». Il confondrait par ailleurs souvent l’ancien et l’actuel président d’Afghanistan.

Inutile de briefer Trump sur la géopolitique, affirme Bolton. Selon lui, « il parle bien plus longtemps que les personnes en charge du briefing, et surtout sur des sujets qui n’ont absolument rien à voir ».

  • Ses collaborateurs se moqueraient de lui en cachette

Dans son livre, John Bolton n’hésite pas à décrire une Maison-Blanche pour le moins chaotique, où les réunions hebdomadaires ressemblent à des « batailles de nourriture » qui lui ont donné envie de se mettre au yoga, et où le président est plus préoccupé par son image dans les médias que par le fait d’apprendre comment fonctionne le gouvernement fédéral.

Lorsque Bolton est arrivé à la Maison-Blanche, John Kelly, qui était alors « Chief of staff » l’avait prévenu : « C’est un mauvais endroit pour travailler, vous allez le découvrir ».

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Quant à Mike Pompeo, chef de la diplomatie et fidèle de Trump, il aurait ainsi écrit, dans un mot glissé à John Bolton lors du sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong Un en 2018 : « Il ne raconte que des conneries. »

Des accusations de moqueries personnelles qui devraient irriter le président américain au plus au point, lui qui semble imperméable aux polémiques politiques qui le touchent. Sur Twitter, Donald Trump a déjà contre-attaqué, accusant le livre d’être « une compilation de mensonges et d’histoires inventées, toutes dans le but de me faire apparaître sous un mauvais jour ».

Dans l’extrait d’une interview diffusée ce week-end sur la chaîne ABC, John Bolton a de son côté continué son attaque. Celui qui avait refusé de témoigner lors d’un procès en destitution contre Trump estime aujourd’hui qu’il n’est pas « apte à la fonction. Je ne pense pas qu’il ait les compétences pour exercer ce poste », déclare-t-il.





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