A Paris, la « guerre des trois » n’aura pas lieu


Anne Hidalgo peut-elle dormir sur ces deux oreilles jusqu’au 28 juin ? Tous les sondages semblent lui garantir un succès assuré. Et pourtant, la maire sortante de Paris se méfie. La seule inconnue qu’elle a face à elle n’est ni Agnès Buzyn ni Rachida Dati, mais l’abstention. Dans cette étrange période de retour au monde d’avant, les Parisiens vont-ils reprendre le chemin des urnes ? Autre question lancinante : les électeurs de la candidate socialiste vont-ils se démobiliser tant la victoire de leur championne semble déjà écrite ?

Débat musclé entre Buzyn et Dati, qui s’écharpent sur Simone Veil

Autour de l’édile, on murmure « attention, danger ! ». Curieuse campagne électorale où l’on espérait que l’affrontement de trois femmes pour la conquête de la capitale aurait offert un débat digne de ce nom. Manière de renvoyer les « machos » dans leurs appartements et de démontrer qu’avec les petites-filles de Simone de Beauvoir la politique prenait de nouvelles couleurs. Hélas, les deux opposantes à l’actuelle patronne de la ville ont raté leur entrée dans l’histoire. Invectives, phrases assassines, pauvreté des propositions, caricatures… les ont renvoyées dans le « vieux monde » à la vitesse grand V. Quelle déception !

Agnès Buzyn : le retour de la femme invisible

Position d’observatrice

Mais comment éviter le combat de rue quand on se dispute pratiquement le même électorat ? Agnès Buzyn, surnommée « la candidate des beaux quartiers », donc plutôt à la recherche d’une base électorale de droite modérée, voire conservatrice, vit un calvaire de fin de campagne, délaissée par ses propres troupes, effacée sur les affiches des têtes de liste de nombreux arrondissements. Rachida Dati, plus disruptive, fait le grand écart entre cette même droite modérée et des votes plus populaires. En jouant sur la carte populiste, cette dernière s’est vue attribuer un blanc-seing de la famille Le Pen, qui lui colle désormais à la peau.Le baroud d’honneur d’Agnès Buzyn à Paris

Face à ce combat Buzyn-Dati, Anne Hidalgo se retrouve dans une curieuse position d’observatrice. Certes, elle essuie quelques coups de la part de ses adversaires, mais la focale s’est déplacée sur le tandem de la droite parisienne, sur leurs bisbilles de parts de marché électoral. Dati attaque Buzyn sur la gestion de la pandémie. Buzyn réplique sur la collusion Dati-Le Pen. Pas glorieux…

L’échec de LREM

Conséquence : la maire de Paris peut dérouler tranquillement son programme, en partenariat avec les Verts, et apparaît, paradoxalement, comme la seule modérée de l’affaire. Est-ce un atout ? Durant cette période de grande angoisse post-crise du nouveau coronavirus, ses propositions, jugées révolutionnaires, voire trop radicales, quelques mois plus tôt, apparaissent aujourd’hui comme quasi raisonnables. Pérennisation des pistes cyclables « coronavirus » et augmentation de leur nombre, transformation du périphérique en avenue urbaine, végétalisation accélérée de l’espace urbain, etc. La maire de Paris, à dix jours de l’élection municipale n’apparaît plus comme la Maire tape-dur, trop brutale, trop doctrinaire, mais comme une femme politique d’expérience, calme, pondérée, à l’écoute. Etonnant retournement de situation.

Aux municipales, accords et désaccords entre socialistes et écologistes

Au fond, Anne Hidalgo bénéficie de l’incroyable faiblesse de La République en Marche qui, en trois ans, au-delà de l’affaire Griveaux et de l’inexpérience politique d’Agnès Buzyn, n’a pas réussi à implanter une machine de guerre pour s’emparer de la capitale. Et ce, malgré ses dix députés parisiens et l’appui de nombreux ministres. Ce fiasco est révélateur de la fragilité d’un mouvement à l’enracinement désinvolte. Anne Hidalgo peut donc se préparer à construire la capitale du futur, moins polluée, moins bruyante, plus solidaire. Et ce ne sera pas un chemin de roses. Ses prochains adversaires, les plus dangereux, elle les connaît sur le bout des doigts. Elle les fréquente depuis dix ans : le lobby de l’automobile, en première ligne, celui de l’immobilier et les spéculateurs en tout genre. Bien plus tenaces que le duo Buzyn-Dati…





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