Critique : Mon nom est clitoris


Belgique : 2019
Titre original : –
Réalisation : Daphné Leblond, Lisa Billuart Monet
Distribution : La Vingt-Cinquième Heure
Durée : 1h20
Genre : Documentaire
Date de sortie : 22 juin 2020
 

C’est à l’ INSAS, Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et des Techniques de Diffusion de Bruxelles où elles étudiaient toutes les deux, que Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet se sont rencontrées. C’est à Istanbul, en visitant le palais de Topkapi, qu’elles ont commencé une longue conversation sur leur sexualité, notamment sur la masturbation et l’obligation de la pénétration dans les rapports hétérosexuels. À la suite de cette longue conversation, elles se sont dit qu’il serait salutaire de faire un film traitant de ce sujet. Quelques mois plus tard, ce film a reçu le Magritte 2020 du meilleur documentaire et le Prix France TV « Des images et des elles » au Festival des Films de Femmes de Créteil 2020.

Synopsis : Des jeunes femmes dialoguent autour du thème de la sexualité féminine. Avec une liberté, un courage et un humour communicatifs, elles partagent leur expérience et leurs histoires, dans la volonté de changer le monde autour d’elles et de faire valoir le droit des femmes à une éducation sexuelle informée, délivrée des contraintes et des tabous.

Au moins 25 % des jeunes filles ignorent l’existence du clitoris !

Figurez vous que je suis un homme et que j’ai la lourde tâche de parler d’un film dont le titre est Mon nom est clitoris et le sujet le plaisir féminin. Erreur de casting, comme on dit dans le milieu du cinéma ? Pas du tout, car si ce film important a vocation à être vu par toutes les adolescentes et toutes les femmes, il est également particulièrement souhaitable, aussi bien pour eux-mêmes que pour leurs partenaires, actuelles ou futures, qu’il soit vu par tous les adolescents et tous les hommes.

Et si on commençait par demander à des jeunes femmes entre 20 et 25 ans de dessiner un clitoris ?! C’est la question qu’ont dû se poser Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet. En tout cas, c’est par cela que commence leur film et le résultat montre à quel point il était nécessaire : comment dessiner quelque chose que l’on n’a jamais vu ? Dont on ne vous a jamais parlé à l’école, ou si peu ? Quelle surprise pour une des participantes, absolument pas feinte, d’apprendre que le clitoris est un organe qui mesure environ 11 centimètres. Il est vrai que ce « continent inconnu » est, contrairement au pénis, en très grande partie caché. Il n’en ai pas moins vrai qu’il s’agit du seul organe de l’anatomie humaine, femmes et hommes confondu.e.s, qui ne soit destiné qu’au plaisir. Et pourtant, historiquement et encore aujourd’hui, l’expression « plaisir féminin » fait malheureusement souvent figure d’oxymore. En effet, s’il est vrai que le plaisir sexuel n’a pas toujours bonne presse quel que soit le sexe, au point qu’il n’est même pas évoqué à l’école, que dire du plaisir féminin, trop souvent combattu, rejeté, interdit, empêché, ostracisé ! Pour la plupart des hommes, la surprise sera grande d’apprendre que les petites filles, quand bien même elles ne savent pas grand chose sur leur clitoris, même beaucoup plus tard, commencent très souvent à ressentir un plaisir qu’on peut qualifier de sexuel à un âge beaucoup moins avancé que les garçons : que ce soit « en montant à des barres verticales à l’école primaire », que ce soit à 8 ans en prenant une douche, que ce soit « dans son lit en se frottant contre le matelas », voilà ce que nous disent certaines des 12 jeunes femmes de 20 à 25 ans avec lesquelles les réalisatrices ont dialogué.

Un regard presque exhaustif sur la sexualité féminine

Il ne faut surtout pas croire que Mon nom est clitoris ne s’intéresse qu’à ce seul organe. En fait, c’est bien l’ensemble de la sexualité féminine qui est abordée, à la fois sans tabou et sans aucun voyeurisme. Une sexualité qui, en fait, commence dès le plus jeune âge. C’est avec beaucoup de fraîcheur et de spontanéité que les 12 jeunes femmes entre 20 et 25 ans s’expriment face à la caméra. Pourtant, pendant longtemps, la sexualité était pour elles un domaine qu’elles n’osaient pas aborder dans leurs conversations, que ce soit avec leurs parents et même entre elles. Un domaine qui, souvent, leur apparaissait comme étant « sale » et excitant à la fois. Le fait d’avoir réuni 12 témoignages différents est important car il permet d’avoir un regard presque exhaustif sur ce si vaste domaine. Cela va de la culture catholique qui culpabilise la pratique de la masturbation au fantasme de la performance sexuelle généré par la pornographie en passant par l’épilation, pour être dans la norme, par la jeune femme un peu boulotte qui a honte de son corps au point de ne pas vouloir le toucher et par les problèmes posés par les bourrage de crâne qui instillent l’idée qu’il n’y a pas de sexualité sans pénétration et qui font que, pour beaucoup de jeunes filles, même celles qui sont davantage attirées par d’autres femmes que par les hommes, l’initiation à la vie sexuelle ne peut se faire qu’avec un homme. Ces mêmes hommes qui, souvent, ont encore beaucoup à apprendre en ce qui concerne la notion de consentement et pour qui, trop souvent, une jeune femme qui se refuse à eux est qualifiée de « frigide », de « coincée » ou de « mal baisée » alors qu’une jeune femme plus entreprenante sera vite qualifiée de « fille facile », de « cochonne », voire de « salope ».

Un film utile et important

Mine de rien, c’est un film particulièrement utile et important qu’ont réalisé Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet. Un film qui donne les clés, aux filles comme aux garçons, d’une sexualité épanouie, éloignée d’une pudibonderie freinant des quatre fers face à la recherche du plaisir comme des performances pornographiques dans lesquelles ce sont les sentiments qui sont absents. C’est délibérément que les réalisatrices ont choisi d’interviewer des jeunes femmes entre 20 et 25 ans, considérant que des femmes plus âgées auraient déjà un recul plus important par rapport à leur sexualité et que leurs propos n’auraient donc pas eu la même fraîcheur. Il n’empêche : elles ont en tête de consacrer leur prochain film à la sexualité des femmes de 50 ans, à moins que soit réalisé antérieurement un film sur la sexualité masculine !

Conclusion

La sexualité ne doit plus être un sujet tabou. Elle ne doit pas non plus être cantonnée dans le domaine de la pornographie. Petit à petit, elle entre dans l’école et dans les manuels scolaires, mais, presque toujours, en excluant une de ses composantes les plus importantes, le plaisir ! Le film de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet, consacré au plaisir féminin, vient combler ce vide et on espère qu’il fera très vite son entrée dans les collèges et dans les lycées.



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