Avec la pandémie, l’industrie de la viande devient « aussi précaire que le pétrole »



L’industrie de la viande vacille. Aux États-Unis, la valeur des quatre plus grandes entreprises américaines du secteur a chuté de 25 % au cours du mois de mai poussant Goldman Sachs à déclarer que le bétail était la « seule marchandise aussi précaire que le pétrole« . Il faut dire que le secteur est montré du doigt pour son rôle dans la propagation des pandémies. S’il veut tenir durablement, il va falloir qu’il change, préviennent les investisseurs responsables de Fairr. 

C’est un nouveau coup porté à l’industrie de la viande. Alors que cette dernière est régulièrement pointée du doigt pour son impact sur l’environnement, c’est cette fois pour son rôle dans l’apparition des pandémies qu’elle est visé. Selon un nouveau rapport de Fairr, groupe réunissant des investisseurs responsables, près de trois quarts des plus grandes entreprises de viande, de poisson et de produits laitiers représentent un risque de nouvelles zoonoses, ces maladies qui se transmettent de l’animal à l’humain.

« Les mauvaises performances du secteur sur un ensemble de sept critères qui sont essentiels pour prévenir de futures pandémies zoonotiques – notamment la sécurité des travailleurs, la sécurité alimentaire, la déforestation et la gestion de la biodiversité, le bien-être des animaux et la gestion des antibiotiques- démontrent que la production animale intensive risque sérieusement de créer et propager une future pandémie », explique Fairr. 

Pour éviter la prochaine pandémie, le secteur doit évoluer

L’élevage intensif a déjà provoqué des épidémies comme le H5N1, un virus touchant essentiellement des oiseaux et apparu en Asie dans les années 1990. « Le passage à l’homme, malgré la barrière inter-espèces, est dû à la concentration de volailles en un seul endroit et dans des conditions sanitaires dégradées (…) En théorie, le virus aviaire n’est pas transmissible à l’homme, mais à force d’essayer, il finit par passer », analyse dans le journal du CNRS le biologiste François Renaud. Et cela est vrai pour d’autres espèces. Les Pays-Bas ont commencé à abattre 10 000 visons d’élevage après que des cas de Covid-19 aient été signalés chez ces mammifères. Deux employés de l’élevage auraient été contaminés. 

L’industrie est ancrée « dans un cycle d’autodestruction qui met des vies en danger », a jugé Jeremy Coller, fondateur de Fairr et directeur de Coller Capital. « Pour éviter de provoquer la prochaine pandémie, l’industrie de la viande doit s’attaquer au laxisme des normes de sécurité tant pour les aliments que pour les travailleurs, aux animaux confinés et à la surutilisation des antibiotiques. Cela perturbera une chaîne d’approvisionnement qui se fissurait déjà à cause de contraintes fondamentales concernant la terre, l’eau et les émissions », ajoute le spécialiste. 

Les abattoirs, des nids à Covid

Les forts taux de contamination au Covid-19 dans les abattoirs et les usines de transformations de viande partout à travers le monde ont mis un coup de projecteur sur les défaillances de ce modèle. En France, en Allemagne, en Australie, aux États-Unis… Tous les pays ont été touchés par ce phénomène. Peu d’études permettent de comprendre pourquoi ces lieux sont devenus des nids à Covid mais plusieurs hypothèses ont été avancées comme la forte promiscuité entre les travailleurs, l’humidité des lieux, les systèmes de ventilation ou encore la faible protection sociale des employés qui les a poussés à aller au travail malgré de potentiels symptômes. 

« Toutes ces infections mettent en lumière ce qu’on savait depuis longtemps : une main-d’œuvre majoritairement venue d’Europe de l’Est occupe des emplois que personne ne veut prendre ici en Allemagne. L’industrie de la viande a un problème », estimait le journal berlinois Die Tageszeitung dans un article le 12 mai. C’est aux États-Unis que la fragilité du secteur a été la plus visible poussant même le géant Tyson Foods a évoqué une « chaîne alimentaire brisée » dans le Washington Post.

Au total, le cours des transactions des quatre plus grandes entreprises américaines de viande a chuté de 25 % au cours du mois de mai poussant Goldman Sachs à déclarer que le bétail était la « seule autre marchandise aussi précaire que le pétrole ». Les pertes financières pour l’industrie bovine américaine atteindraient même 13 milliards d’euros, selon la banque d’investissement. 

Marina Fabre, @fabre_marina





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