Jupiter et les statues


Jupiter n’est pas naturellement un girondin. On sent qu’il lui en coûte d’admettre que la verticalité du pouvoir n’est pas synonyme d’efficacité. Dimanche 14 juin, il a pourtant bien dû constater que « face à l’épidémie, les citoyens, les entreprises, les syndicats, les associations, les collectivités locales, les agents de l’Etat dans les territoires ont su faire preuve d’ingéniosité, d’efficacité, de solidarité », ce qui n’a pas toujours été le cas de l’Etat. « Tout ne peut pas être décidé si souvent à Paris », a déclaré Emmanuel Macron, promettant de donner à l’avenir « des libertés et des responsabilités inédites à ceux qui agissent au plus près de nos vies, libertés et responsabilités pour nos hôpitaux, nos universités, nos maires ».

Les pirouettes d’un acrobate

On ne peut que se réjouir de cette mue, si elle a lieu. Quand il s’agira de faire le bilan de la gestion de la crise du Covid-19 en France, nul doute que la créativité des acteurs de terrain recevra plus de lauriers que le centralisme des protocoles tatillons octroyés par les ministères, applicables à tout le territoire.

Mais s’il promet de « se réinventer », le président est mal parti sur cette question de la décentralisation du pouvoir. En témoigne, d’abord, le moyen choisi pour s’adresser aux Français : une allocution télévisée à l’ancienne, face caméra, sans questions de journalistes, avec pour seul élément perturbateur un placide jet d’eau à l’arrière-plan. Le summum de l’approche top-down.Le temps des « vrais pactes girondins » est venu

En témoigne aussi et surtout sa sortie sur les statues : « La République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. La République ne déboulonnera pas de statue ». Dans son esprit, avec cette déclaration, le débat est clos. Or ce que semble oublier le président, c’est qu’il n’a aucun pouvoir en la matière. S’il veut « bâtir de nouveaux équilibres dans les pouvoirs et les responsabilités », il devrait d’abord admettre les compétences des autres acteurs publics. Le nom d’une salle à l’Assemblée nationale relève de l’Assemblée nationale. Les noms des rues relèvent des municipalités, de même que le choix des statues.

Le président est bien sûr libre de donner son opinion sur la controverse des statues, mais certainement pas de décréter que « la République ne [les] déboulonnera pas ».





nouvelobs

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