Ferry, Bugeaud et Colbert sont-ils devenus indéboulonnables après le discours de Macron ?


« Je vous le dis très clairement : la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. […] Elle ne déboulonnera pas de statues », a déclaré Emmanuel Macron lors de son allocution dimanche 14 juin. Il l’a affirmé d’un ton qui semble clore le débat. La page n’est pourtant pas tournée, comme le montre la vidéo ci-dessous.

Depuis la mort de George Floyd, la mobilisation contre le racisme se renforce un peu partout dans le monde. Lors de manifestations, des statues de personnages accusés de racisme ont été déboulonnées. En France, la question s’était déjà posée, notamment pour la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale.

Faut-il déboulonner Colbert ?

Le « contrôleur général des finances » de Louis XIV garde l’image de l’administrateur scrupuleux qui, en encourageant la création de grandes manufactures et en développant la marine, a rendu la France plus riche et plus puissante. Mais c’est aussi lui qui a rédigé, juste avant de mourir, les ordonnances qui forment le « Code noir » (1685), organisant ainsi l’esclavage dans les colonies de la couronne.

Le 6 juin, à Paris, des manifestants du mouvement Back Lives Matter se sont rassemblés près de l’Assemblée nationale pour demander le retrait de la statue de Colbert.

Pourquoi la statue de l’ex-roi des Belges Leopold II a-t-elle été retirée d’un square à Anvers ?

La polémique resurgit aussi autour de la figure de Jules Ferry. L’instigateur des textes qui forment les « lois scolaires » et rendent l’école gratuite, obligatoire et laïque, peut prétendre à raison au titre magnifique de père de l’instruction publique. Mais Jules Ferry était aussi persuadé que la France avait une « mission civilisatrice », parce que les « races supérieures » ont le « devoir de civiliser les races inférieures », et pour cette raison, il poussait notre pays dans la voie de la colonisation.

Napoléon, Colbert, Robespierre et les autres… Faut-il déboulonner nos grands hommes ?

Alors qu’Emmanuel Macron pensait le sujet réglé, tout au moins dans son propre camp, Sibeth Ndiaye l’a relancé lundi matin sur France-Inter. Interrogée sur le discours du chef de l’Etat, la porte-parole du gouvernement s’est légèrement démarquée de la ligne officielle. Pas de déboulonnage, pas de rue débaptisée ? Pour elle, tout dépend du personnage :

« Il y a des personnages historiques (on en a connu pendant la Seconde Guerre mondiale) qui certes ont eu une vie avant, mais qui compte tenu des choix qu’ils y ont fait, n’ont plus leur place autre part que dans les livres d’histoire. »

Sibeth Ndiaye a ainsi ouvert la porte au déboulonnage de plaques de noms de rues. Ainsi, pour le cas de Thomas Robert Bugeaud, elle admet que l’on puisse « poser la question ».

Une avenue du 16e arrondissement de Paris porte en effet toujours le nom de ce général français responsable de massacres d’Algériens au XIXe siècle.

Malgré la volonté élyséenne, le débat reste donc ouvert.





nouvelobs

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