Des milliers de manifestants à Paris « pour dénoncer la violence sociale, raciale, policière »


Ils étaient des milliers, samedi en début d’après-midi, à défiler contre le racisme et les violences policières dans plusieurs villes de France, dont de nombreux jeunes vêtus d’un T-shirt noir floqué de ces quelques mots : « Justice pour Adama ».

A Paris, la place de la République était bondée de manifestants, rassemblés à l’appel du comité Adama Traoré, jeune homme noir mort en juillet 2016 après son interpellation par des gendarmes en région parisienne. Des pancartes proclament : « Au pays des droits de l’homme, la police tue, on veut les vidéos » ou « tant que nous n’aurons pas la justice, vous n’aurez pas la paix ».

L’heure de la révolte face aux violences policières

A 15 heures, la tête de cortège attendait toujours de pouvoir avancer sur le boulevard Saint-Martin. La manifestation n’étant pas déclarée et les rassemblements de plus de 10 personnes restant interdits, la police avait l’intention de contenir les manifestants sur la place de la République, a indiqué une source policière à notre reporter Lucas Burel. Toutefois le cortège a fini par pouvoir avancer en direction de la place l’Opéra.

Assa Traoré, la sœur du jeune homme et figure du comité, a appelé à marcher pour « dénoncer le déni de justice, pour dénoncer la violence sociale, raciale, policière », réclamant à nouveau la mise en examen des gendarmes impliqués dans l’interpellation de son frère.

« La mort de George Floyd – cet Afro-américain tué le 25 mai à Minneapolis par un policier blanc – a fait directement écho la mort de mon frère. C’est la même chose en France, nos frères meurent (…) », a-t-elle dit, promettant de « continuer le combat » pour la justice.« Quand le peuple français descend, c’est qu’on réclame tous la même chose, une justice juste pour tout le monde », a-t-elle ajouté.

Comité Adama vs SOS Racisme : la querelle des antiracistes

En hommage à George Floyd, dont la mort aux Etats-Unis a suscité une vague planétaire d’indignation, des militants ont fixé un masque « I can’t breathe » (je ne peux plus respirer) sur la statue représentant la Liberté, place de la République.

Mélenchon, Autain…

Plusieurs personnalités étaient présentes dans le rassemblement parisien, parmi lesquelles les actrices Adèle Haenel et Aïssa Maïga, ou encore l’ancien footballeur Vikash Dhorasoo, Danielle Simonnet et Clémentine Autain, de la France insoumise.

A son arrivée sur la place, Jean-Luc Mélenchon a appelé la police à « changer son comportement » : « Si on laisse s’instiller l’idée qu’à raison de leur couleur de peau ou de leur religion certains peuvent être traités de manière indigne, alors ce n’est plus la France », a déclaré le député des Bouches-du-Rhône.

Des militants d’extrême droite de Génération identitaire ont déployé sur un toit une banderole dénonçant ce qu’ils qualifient de « racisme anti-blanc ». Toutefois des habitants et de l’immeuble et des manifestants antifas l’en ont délogé.

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Globalement pacifiste, la manifestation s’est tendue à partir de 17H30. Des militants proches du mouvement « antifa » s’en s’ont pris à la façade d’une banques. Tandis que la préfecture de police appelait les manifestants à se disperser, des « tirs de mortier et des jets de projectiles » ont été reconsés contre les forces de l’ordre, qui ont riposté avec des gaz lacrymogènes à proximité de la rue du Temple.

A Bordeaux, à Lyon…

D’autres défilés avaient lieu à travers la France, comme à Bordeaux, où environ 500 personnes ont défilé dans une atmosphère bon enfant. « On n’a pas besoin d’avoir été victime pour être solidaires », affirmait dans le cortège Sarah, 15 ans, collégienne et membre de BlackLivesMatter-Bordeaux. « Rien que l’idée qu’il puisse y avoir du racisme et des abus dans la police qui est censée nous protéger, c’est affolant. »

A Lyon, 2 000 personnes se sont rassemblées samedi après-midi pour réclamer « vérité et justice », égrénant les noms de Mehdi, Bilal ou Wissam, des jeunes morts dans la région à la suite d’interpellation.

D’autres défilés avaient lieu samedi à Marseille, Montpellier, Nantes, Saint-Nazaire, ainsi qu’à Strasbourg dimanche.

Une semaine difficile pour l’exécutif

Du côté de l’exécutif, le ton est à l’apaisement après une semaine difficile. Pressé d’agir, le ministre de l’Intérieur avait annoncé des sanctions de policiers en cas de « soupçon avéré » de racisme, avant de reconnaître une erreur. Dans un communiqué vendredi soir, il a en revanche confirmé la suppression de la technique d’interpellation dite « d’étranglement », qui ne sera plus enseignée.

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« Il ne faut pas perdre la jeunesse », s’est inquiété jeudi le chef de l’Etat, dont l’allocution dimanche soir sera autant scrutée par les militants antiracistes que des policiers épuisés, écœurés d’être « jetés en pâture » par leur ministre, Christophe Castaner.

Samedi matin, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), où avait lieu un hommage au couple de policiers tués par un jihadiste à Magnanville en 2016, Christophe Castaner a été accueilli dans une atmosphère glaciale par des dizaines de policiers, qui avaient empilé au sol menottes et brassards. Il est reparti sans avoir fait de discours.

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