Problème de santé, garde d’enfant, classes réduites… On vous explique pourquoi certains enseignants ne retournent pas en classe


Selon le ministère de l’Éducation nationale, quatre enseignants sur dix ne sont pas retournés travailler dans leur établissement. Mais ce chiffre global, contesté par le Snuipp, masque la grande diversité du quotidien des professeurs.

C’est une statistique répétée par le ministère de l’Éducation nationale ces derniers jours : environ 60% des enseignants sont revenus physiquement dans les écoles, collèges, lycées, depuis le déconfinement. Ce qui veut donc dire que 40% des professeurs n’ont pas fait leur retour. Le chiffre peut étonner certains parents. Mais que signifie vraiment ce pourcentage global ?

Le motif médical

Pour le Snuipp, premier syndicat du primaire, les chiffres du gouvernement sont exagérés et ne correspondent pas du tout aux remontées du terrain. Mais le syndicat n’a pas de données précises à opposer à celles du ministère de l’Éducation nationale, hormis un chiffre tiré d’une enquête interne. Selon cette enquête, seuls 9% des professeurs des écoles ne reviennent pas, en raison d’une vulnérabilité médicale.

Si je pouvais reprendre, je reprendrais, parce que j’ai besoin du contact avec les enfants.Anne, enseignanteà franceinfo

C’est le motif le plus évident : les profs qui restent chez eux à cause d’une fragilité de santé. C’est le cas d’Anne, enseignante en élémentaire dans le Val d’Oise. Elle a 65 ans et souffre d’hypertension. « Pour ces deux raisons, mon médecin m’a dit ‘non il n’en est pas question’. Il m’a fait un certificat précisant que je ne pouvais pas reprendre en présentiel jusqu’à nouvel ordre, explique l’institutrice. Je suis très frustrée. » Et quand on demande à Anne si les parents comprennent cette situation : « Moi je joue la transparence. Je leur dis ‘je ne peux pas venir parce que je souffre d’hypertension’ et des parents soignants me disent ‘restez chez vous’. »

La garde des enfants

Mais ce motif médical n’explique pas à lui seul les 40% d’enseignants qui ne sont pas revenus physiquement dans leur classe. Parmi les autres raisons, il y a les professeurs qui doivent garder leurs propres enfants. Et là, les règles se durcissent. Au ministère, on explique qu’au mois de mai, la hiérarchie a été très tolérante à l’égard des enseignants qui ne revenaient pas car ils ne voulaient pas renvoyer leurs propres enfants à l’école et ce même quand ils en avaient la possibilité.

Mais cette tolérance est terminée, nous explique l’entourage de Jean-Michel Blanquer. Pour une garde d’enfants empêchant un retour en présentiel, il faut désormais fournir une attestation de non prise en charge de l’enfant par son école, comme c’est le cas pour les salariés du privé.

En distanciel, j’arrive à en toucher un grand nombre, alors que je ne pourrais pas avoir ce même nombre en présentiel.Patrice, professeur de mathsà franceinfo

Certains enseignants s’interrogent aussi sur l’intérêt de revenir pour quelques semaines, surtout quand l’enseignement à distance fonctionne bien. C’est le cas de Patrice, professeur de maths dans un lycée où seuls quelques élèves sont volontaires pour revenir avant l’été. « Je ne veux pas revenir en présentiel au lycée, parce que je n’en vois pas l’intérêt, dans la mesure où je ne peux pas convoquer les élèves qui en auraient besoin, argumente Patrice. Imaginons que j’ai même cinq élèves volontaires pour lesquels ce serait intéressant, je vais toucher cinq élèves volontaires alors que là, dans ma dernière classe virtuelle, j’en avais 25. »

Sur les 40% d’enseignants restés à la maison, le ministère de l’Éducation nationale explique que plus des trois quarts poursuivent l’enseignement à distance. C’est même nécessaire que certains se consacrent exclusivement au distanciel, car le protocole sanitaire très strict empêche toujours un retour massif des enfants à l’école. Et puis, une part des enseignants n’est pas revenue car leur établissement n’en a pas besoin. C’est le cas des lycées d’Ile-de-France, zone orange, qui ne rouvrent que très partiellement, seulement pour des tout petits groupes d’élèves.

Les règles sanitaires qui empêchent d’ouvrir plus de classes

Pourrait-on donc, malgré ce protocole, accueillir plus d’enfants si davantage d’enseignants revenaient dans leur établissement ? Cela dépend des établissements. Par endroit, quand la moitié d’une équipe n’est pas revenue par exemple, le manque d’enseignant est un obstacle évident au retour des élèves.

Mais pour David, directeur d’école en banlieue parisienne, ce n’est vraiment pas le problème. Sur sa vingtaine d’enseignants, quatre ne sont pas encore de retour. Mais même s’ils revenaient, ça ne changerait rien au nombre d’enfants accueillis : « Actuellement, j’ai seize enseignants disponibles sur place et je n’ai que neuf classes ouvertes par la municipalité, du fait des contraintes sanitaires, donc je pourrais accueillir beaucoup plus d’élèves si j’avais beaucoup plus de classes ouvertes. Mon problème actuellement, c’est ça. Ce n’est pas le manque d’enseignants. On a toujours eu plus d’enseignants que de classes ouvertes. » Peu de classes ouvertes, pas en raison d’une pénurie de professeurs, mais plutôt à cause des exigences du protocole, et aussi, parfois, d’un manque de personnel communal.



francetvinfo

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