Le frère de George Floyd implore le Congrès de « mettre un terme à la souffrance » des Afro-Américains


Le frère de George Floyd a lancé mercredi 10 juin un vibrant appel devant le Congrès des Etats-unis, implorant les élus de « mettre un terme à la souffrance » des Afro-Américains et d’adopter des réformes significatives des forces de police.

Au lendemain de l’inhumation de George Floyd, tué le 25 mai à Minneapolis par un policier blanc, son frère Philonise Floyd était auditionné par la commission judiciaire de la Chambre des représentants, à majorité démocrate. Très ému, il a expliqué « ne pas pouvoir décrire la douleur » ressentie en regardant la vidéo du calvaire de son frère, asphyxié par l’agent Derek Chauvin qui est resté agenouillé sur son cou pendant près de neuf minutes.

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« Je suis ici pour vous demander de mettre un terme à la souffrance, de mettre un terme à notre épuisement », a-t-il lancé aux élus.

« S’il vous plaît, écoutez mon appel, écoutez les appels de ma famille, les appels qui montent de la rue dans le monde entier », a-t-il ajouté en référence aux manifestations qui ont suivi le drame, les plus importantes depuis le mouvement des droits civiques dans les années 1960.

« Honorez-les et adoptez les réformes nécessaires pour faire en sorte que les forces de l’ordre soient la solution et non le problème », a supplié le quadragénaire.

« Faites en sorte qu’elles rendent des comptes quand elles agissent mal, apprenez-leur à traiter les gens avec empathie et respect et apprenez-leur qu’une force létale ne doit être appliquée que quand une vie est en jeu », a-t-il énuméré.

Une proposition de loi pour « changer la culture » de la police

Son audition, aux côtés de représentants de la police et la société civile, a été organisée pour appuyer une proposition de loi présentée en début de semaine par des élus démocrates, et qui vise à « changer la culture » au sein de la police des Etats-Unis.

« Nous ne pouvons pas fermer les yeux face au racisme et à l’injustice qui imprègnent trop de nos forces de police », a déclaré Jerry Nadler, le chef de la commission, en ouvrant la réunion. « La nation exige que nous agissions pour obtenir des changements significatifs ».

Les forces de l’ordre sont sur la sellette depuis la mort de George Floyd. Des foules de manifestants sont descendues dans les rues du pays – et même sur d’autres continents – pour réclamer justice et de profondes réformes au sein des quelque 18 000 services de police qui coexistent aux Etats-unis (police municipale, shérifs des comtés, patrouille des Etats…).

Au cri de « Black Lives Matter » (« les vies noires comptent »), ils ont dénoncé la « brutalité policière » qui vise de manière disproportionnée les Afro-Américains. De fait, près d’un quart du millier de personnes tuées par la police en 2019 étaient noires, alors qu’elles ne représentent qu’à peine 13 % de la population américaine.

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Les manifestants souhaitent aussi mettre un terme à la large immunité dont jouissent les policiers. Seuls 110 agents ont été inculpés pour avoir abattu un suspect au cours des 15 dernières années. Dans ce dossier, il a fallu plusieurs jours pour que Derek Chauvin soit inculpé de « meurtre » et ses trois collègues impliqués dans le drame de « complicité ».

De premières mesures annoncées

Face à la colère de la rue, certaines agences ont annoncé de premières mesures : la police de Houston va renoncer à la pratique controversée des « prises d’étranglement » lors d’arrestations de suspects, celle de Minneapolis sera démantelée pour être remise à plat, celle de Washington ne fera plus de place aux syndicats dans les procédures disciplinaires…

Au niveau fédéral, le « Justice and Policing Act », soutenu par plus de 200 élus essentiellement démocrates, entend entre autres créer un registre national pour les policiers commettant des bavures, faciliter les poursuites judiciaires contre les agents et repenser leur recrutement et formation. Mais l’avenir de ce texte est très compromis au Sénat, à majorité républicaine.

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Face à cette mobilisation sans précédent depuis le mouvement de lutte pour les droits civiques dans les années 1960, le chef de la majorité à la chambre haute, Mitch McConnell, a toutefois annoncé mardi qu’il chargeait le seul sénateur républicain noir, Tim Scott, de mener la réflexion pour le parti du président sur ce sujet.

Après avoir dénoncé une mort « triste et tragique », Donald Trump, qui est en campagne pour sa réélection, a mis l’accent sur un discours sécuritaire, insistant sur les violences commises en marge des manifestations.





nouvelobs

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