Décès de la réalisatrice Marion Hänsel



Les Noces barbares © 1987 Man’s Films / Flach Film / TF1 Films Production Tous droits réservés

La réalisatrice belge Marion Hänsel est décédée hier d’une crise cardiaque. Elle était âgée de 71 ans. Hänsel avait subi l’année dernière une opération à cœur ouvert afin de remplacer la valve aortique. En une douzaine de films, Marion Hänsel était devenue l’une des cinéastes majeures de son pays, voire du cinéma européen. Une contemporaine de sa consœur Chantal Akerman, décédée en octobre 2015, elle faisait preuve d’une sensibilité extrême pour explorer l’intime dans un cadre plus ou moins exotique. Malheureusement guère reconnus à leur juste valeur, ses plus beaux films sont restés réservés à un public confidentiel, ses trois derniers films exploités en France n’ayant même pas dépassé la barre des dix mille spectateurs. Pourtant, Marion Hänsel compte sans aucun doute parmi nos réalisatrices préférées, au sein d’un trio de maîtresses du cinéma composé également de Agnès Varda et de Claire Denis !

Nuages © 2001 Man’s Films / Pegasos Film Tous droits réservés

Les débuts artistiques de Marion Hänsel étaient quelque peu chaotiques. D’abord acrobate et actrice, elle avait joué à la fin des années 1970 dans L’Une chante l’autre pas de Agnès Varda. Après avoir tourné cinq courts-métrages, elle était passée au long en 1982 avec Le Lit. Son premier succès d’estime à l’échelle internationale était arrivé dès son deuxième film trois ans plus tard, le sublimement poisseux Dust avec Jane Birkin et Trevor Howard. En 1987, elle avait adapté le roman de Yann Queffélec Les Noces barbares avec Marianne Basler. Dans Il maestro, elle avait dirigé Charles Aznavour et Malcolm McDowell dans un huis-clos oppressant. Jusqu’à la fin du siècle, Marion Hänsel avait de même réalisé Sur la terre comme au ciel avec Carmen Maura et Jean-Pierre Cassel, Li avec Stephen Rea présenté en compétition au Festival de Cannes en 1995, ainsi que La Faille avec John Lynch.

Si le vent soulève les sables © 2006 Man’s Films / Asap Films / Bac Films Tous droits réservés

Après l’étrange documentaire Nuages, dont la narration était assurée selon la langue de la version projetée par Catherine Deneuve, Charlotte Rampling ou encore Carmen Maura, Marion Hänsel allait enchaîner sur trois films qui nous tiennent particulièrement à cœur. Sorti en France en mai 2007, Si le vent soulève les sables est un magnifique drame de réfugiés africains. Dans Noir océan, trois jeunes matelots deviennent les témoins involontaires des essais nucléaires à Mururoa dans le Pacifique en 1972. Et La Tendresse, disponible sur la plateforme MUBI pour encore environ deux semaines, constitue un drame de famille exceptionnellement touchant, grâce aux interprétations de Marilyne Canto et de Olivier Gourmet dans le décor enneigé des Alpes. Son dernier film, sorti au cinéma en France en mai 2017, était En amont du fleuve avec Sergi Lopez, alors que la réalisatrice avait présenté son dernier essai filmique, Il était un petit navire, lors de l’hommage que le Festival de Rotterdam lui avait rendu en début de cette année.

Noir océan © 2010 Man’s Films / Asap Films / Neue Pegasos Films / Arte France Cinéma / Eurozoom Tous droits réservés

En parallèle de son activité de réalisatrice, Marion Hänsel était également une productrice avisée. A travers sa société Man’s Films, elle avait soutenu des réalisateurs aussi divers que René Féret (Baptême), Sébastien Lifshitz (Presque rien) et Danis Tanovic (No Man’s Land – Oscar du Meilleur Film étranger et César du Meilleur Premier film en 2002 – , L’Enfer et Cirkus Columbia).

Marion Hänsel a été nommée à deux reprises au César du Meilleur Film francophone pour Le Lit en 1984 et deux ans plus tard pour Dust. Ce dernier lui avait également valu le Lion d’argent du Meilleur Premier (ou deuxième) Film au Festival de Venise en 1985.

La Tendresse © 2013 Man’s Films / Asap Films / Neue Pegasos Films / Epicentre Films Tous droits réservés



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