Critique : Il était une fois dans l’est


Il était une fois dans l’est

Russie : 2019
Titre original : Odnazhdy v Trubchevske
Réalisation : Larissa Sadilova
Scénario : Larissa Sadilova
Interprètes : Egor Barinov, Yury Kisilyov, Valentina Kozova
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h30
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 11 juin 2020, en VOD sur Canal VOD, Filmo TV, Google Play, iTunes, Orange, UniversCiné & Wuaki
 

Diplômée de la section comédien de la VGIK, l’école de cinéma de Moscou, c’est tout naturellement comme comédienne que, en 1984, Larissa Sadilova a fait son entrée dans le monde du cinéma. La réalisation de son premier film, Happy Birthday ! est intervenue 14 ans plus tard. Il était une fois dans l’est est son 7ème long métrage et il faisait partie de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019.

Synopsis : Printemps, été, automne, hiver. Les jours s’égrainent harmonieusement dans un paisible village de Russie. Anna prend chaque semaine le bus pour aller vendre ses tricots à Moscou. Mais elle en descend après quelques virages. Le même jour, son voisin routier va charger son camion pour une longue semaine de voyage. Il s’arrête lui aussi immuablement à la sortie du village… Désir, amour, suspicion et badinage, rien ne peut rester longtemps secret…

Anna et Egor

Troubtchevsk, une petite ville russe de 15 000 habitants à 400 kilomètres au sud-ouest de Moscou. L’Ukraine est toute proche, la Biélorussie pas très éloignée. Dans deux de ses films précédents, Larissa Sadilova avait déjà posé sa caméra dans cette région agricole et paisible. Les personnages qui lui ont inspiré Il était une fois dans l’est étant originaires de cette région, dans laquelle, en plus, elle vit, il était très logique qu’elle fasse de cette petite ville un des personnages de son nouveau film. Un choix lui permettant d’ajouter un volet documentaire, relatant ce que peut être la vie dans une petite ville de province dans la Russie d’aujourd’hui, à l’histoire fictionnelle d’un adultère entre deux voisins. Il était une fois dans l’est un homme et une femme, marié.e.s tous les deux, chacun de son côté, qui ont trouvé un stratagème habile, facilité par leurs métiers respectifs, pour vivre leur amour en cachette. Il était une fois dans l’est une petite ville paisible, avec ses enfants qui vont à l’école, ses retraités qui vont à la pêche et ses jours de fête avec leurs cortèges de fanfares joyeuses. Tout cela est dans l’est … de l’Europe, tout en étant dans l’ouest … de la Russie,  mais, au fond, cela ne pourrait-il pas se dérouler un peu partout dans le monde ? Et si, après tout, le but du film et, en particulier, le but de sa partie documentaire, était de nous montrer que la vie dans une petite ville de Russie n’est pas fondamentalement différente de celle que vivent les habitants d’une sous-préfecture de Corrèze ou d’une petite ville de l’Ohio, rencontres adultérines comprises ?

Le processus de réalisation de Larissa Sadilova

Ce que raconte Il était une fois dans l’est trouve son origine dans une histoire vraie : celle d’un couple d’amoureux dont les seules occasions de passer des moments ensembles consistaient à faire des allers-retours en camion entre Briansk, la grande ville la plus proche de Troubtchevsk, et Moscou. Au départ, Larissa Sadilova envisageait d’en faire un court-métrage, mais, assez vite, il lui est apparu que l’histoire pouvait être développée sous la forme d’un long métrage. On retrouve donc Anna et Egor, mais aussi Yura et Tamara, leurs conjoints respectifs, mais aussi Vika et Sacha, leurs enfants, sur les 4 saisons de l’année, des moments de vie espacés dans le temps, des ellipses, le temps qui permet aux sentiments et aux relations d’évoluer.

Dans son processus de réalisation, Larissa Sadilova n’est pas du genre à s’enfermer dans le carcan d’un scénario qu’il faudrait suivre à la lettre. Tout au contraire, il peut lui arriver d’apporter au dernier moment des modifications au scénario d’origine, voire même de faire apparaître de nouveaux personnages. Faire ainsi appel en permanence à son imagination est pour elle le seul moyen lui permettant de conserver intact son enthousiasme. Pour arriver à ses fins, elle a choisi d’immerger les comédiens professionnels qui interprètent les rôles principaux dans la vie des gens ordinaires, les rôles des habitants de Troubtchevsk étant tenus par des non professionnels.

Des êtres ordinaires

Pour interpréter le couple formé par Anna et le camionneur, Larissa Sadilova n’a pas fait le choix du glamour poussé à l’extrême, choix que le cinéma a longtemps pratiqué pour les situations amoureuses, surtout celui en provenance de l’autre côté de l’Atlantique. Kristina Schneider, qui joue le personnage d’Anna, et Egor Barinov, qui joue celui d’Egor, ne sont ni d’une beauté renversante, ni, bien sûr, d’une laideur repoussante, elle et il sont des êtres tels que vous pouvez en rencontrer par dizaines dans les rues de n’importe quelle localité, elle et il sont des êtres authentiques vivant dans un environnement authentique une histoire d’amour comme il en existe en permanence un peu partout dans le monde. Tout à la fois chanteuse et comédienne, Kristina Schneider avait fait ses débuts au cinéma en 2014 en interprétant le rôle de Bella Rosenfeld Chagall, écrivaine, épouse et muse de Marc Chagall, dans Chagall – Malevich d’Aleksandr Mitta, film jamais sorti dans notre pays. Egor Barinov, l’interprète du camionneur, est un comédien qui se partage entre théâtre, séries TV et cinéma.

Conclusion

Ce que nous raconte Larissa Sadilova dans Il était une fois dans l’est, certains esprits chagrins ne manqueront pas de le rejeter sous prétexte que ce sujet, l’adultère, a déjà été traité des milliers de fois au cinéma. Admettons le : une vision superficielle peut leur donner raison. Sauf que la réalisatrice a su apporter du neuf dans la banalité de ce sujet, avec la description précise et pleine d’empathie des caractères et de l’évolution des comportements de chacun des protagonistes impliqués dans cet adultère, avec le volet documentaire de l’environnement dans lequel ils évoluent, avec le choix des sauts dans le temps qui permet de découvrir toutes les facettes des paysages de ce bout de Russie.

IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST – Bande Annonce

🎬 Découvrez la bande-annonce de IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST, le 7ème long-métrage de Larissa Sadilova, présenté au Festival de Cannes – Un Certain Regard 2019.Une comédie russe dans la lignée de Kusturica à découvrir le 11 juin en VOD.

Publiée par Jour2Fête sur Lundi 18 mai 2020





Critique film

A lire aussi

Laisser un commentaire