l’Europe présente un ambitieux projet sur l’agriculture et la biodiversité



C’est un projet d’envergure qu’a dévoilé la Commission européenne pour le volet agriculture et biodiversité de son Green Deal. Elle entend diminuer de moitié l’usage des pesticides, promouvoir l’agriculture biologique ou encore placer près d’un tiers des terres et mers de l’Union sous protection. Si les objectifs sont salués, leur mise en place est plus problématique car l’exécutif communautaire ne dispose d’aucun levier pour les imposer aux États membres. 

Dans le cadre du Green deal dévoilé le 20 mai, la Commission européenne a  dévoilé les objectifs concernant l’agriculture et l’alimentation avec la stratégie « De la fourche à la fourchette » et la protection de la biodiversité. Ce cadre est ambitieux. La Commission s’est engagée notamment à proposer aux États membres de réduire de moitié « l’utilisation et le risque de pesticides » d’ici 2030. Elle souhaite également une « baisse de 20 % de l’utilisation des engrais et une baisse de 50 % de la vente d’antimicrobiens pour les animaux d’élevage et l’aquaculture ».

Elle veut également développer l’agriculture biologique, à hauteur de 25 % des terres cultivées. Selon les derniers chiffres Eurostat, datant de 2018, seule l’Autriche flirte avec ce niveau, la moyenne pour l’UE étant de 7,5 %. « Si la crise du Covid nous a appris une chose (…) c’est qu’il faut recalibrer notre rapport à la nature, nous devons être plus résistants, nous assurer que la façon dont nous vivons, produisons, consommons, est durable », a expliqué le vice-président exécutif de la Commission, Frans Timmermans.

Étiquetage nutritionnel obligatoire

Toujours en matière d’alimentation, la stratégie « De la fourche à la fourchette » prévoit encore un étiquetage nutritionnel obligatoire, qui doit aider les consommateurs à faire « des choix informés ». Pas de législation directe pour influer sur la production de viande donc, comme l’appelaient de leurs vœux certains groupes environnementaux. « Informer le public, cela doit influencer le comportement. On ne peut pas aller très loin au-delà (…) Un public bien informé saura faire les choix qui influenceront aussi cette production », a noté Frans Timmermans.

Côté environnement, la Commission veut se placer en défenseur de la biodiversité et d’ici 2030 transformer « au moins 30 % des terres et mers en Europe en aires protégées gérées efficacement » et ramener au moins 10 % des terres agricoles à des paysages plus variés. Elle promet de consacrer 20 milliards d’euros par an via différents programmes et lignes de budget à la défense de la biodiversité.

Ces deux stratégies devront être concrétisées par diverses législations, que la Commission voudrait faire passer sous sa mandature. La plupart seront présentées au premier trimestre de l’année prochaine. Surtout, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen a annoncé le 27 mai que le Green Deal atteindrait un montant de 750 milliards d’euros. Plus de 15 milliards d’euros iront aider les agriculteurs à prendre un virage plus vert. Une somme qui devra s’ajouter aux 391 milliards d’euros prévus dans le cadre de la Politique agricole commune 2021-2027. Reste à savoir si la PAC prendra bien en compte les nouveaux objectifs proposés par la Commission européenne.

Probabilité forte que les objectifs ne soient pas atteints

Plusieurs associations pointent le manque de dispositifs contraignants dans le Green Deal pour l’agriculture. L’association Les Amis de la Terre estime ainsi que « l’absence d’instrument contraignant pour les réaliser nous emmènent tout droit vers une énième coexistence des modèles agricoles qui donnera la part belle à une agriculture 4.0 dont l’objectif est de réduire à la marge les intrants chimiques, sans jamais chercher à s’en affranchir”.

La feuille de route établie par la Commission européenne devra être validé par les États membres. Or, comme l’écrit le journaliste spécialisé Stéphane Foucart dans Le Monde, « la Commission ne dispose d’aucun moyen d’imposer sa volonté face à des États-membres rétifs et des léviathans industriels qui ont tout à perdre à la préservation de l’environnement (…). La probabilité est cependant forte que la plus grande part de ces objectifs ne soit pas atteinte, ni en 2030 ni plus tard. »

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP





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