maires, chefs de police… ils n’en peuvent plus de Trump



« Il devrait juste arrêter de parler. » La maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms, n’a pas mâché ses mots à l’encontre du président américain Donald Trump, accusé de mettre de l’huile sur le feu dans le contexte des protestations qui embrasent les Etats-Unis depuis la mort de George Floyd, le 25 mai dernier, aux mains de la police de Minneapolis.

Déployer l’armée ? Pour Trump, un pari possible mais risqué

Comme elle, plusieurs responsables publics ont violemment critiqué l’attitude du président, qui souhaite déployer l’armée pour ramener l’ordre. Lundi 1er juin, Keisha Lance Bottoms a déclaré à CNN :

« C’est comme à Charlottesville, une fois de plus. Il parle et il ne fait qu’aggraver la situation. Il y a des moments où vous devriez simplement vous taire. Et j’aimerais qu’il se taise. Ou s’il ne peut pas se taire, s’il y a quelqu’un de bon sens et de bonne conscience à la Maison-Blanche, mettez-le devant un téléprompteur et priez pour qu’il le lise et dise au moins des choses appropriées, car il aggrave la situation. »

Trois jours plus tôt, la maire démocrate de Chicago avait, elle aussi, dénoncé la rhétorique martiale du président, qui s’en prenait aux manifestants en les traitant de « voyous ». Dans un tweet posté vendredi et signalé comme faisant « l’apologie de la violence » par le réseau social, Donald Trump avait écrit que « quand les pillages démarrent, les tirs commencent ». L’expression, utilisée dans les années 1960 par le chef de la police de Miami, avait contribué aux émeutes raciales qui ont embrasé l’Amérique à la fin des années 1960.

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« Attiser le racisme »

Qualifiant les déclarations présidentielles de dangereuses, Lori Lighfoot, première maire noire et lesbienne de la ville, a accusé le président d’attiser le racisme :

« Nous voyons à quel jeu il joue. […] Il veut montrer l’échec des élus locaux démocrates pour exciter son électorat. Son but est de polariser, de déstabiliser le gouvernement local et d’attiser le racisme. Et nous ne pouvons absolument pas le laisser l’emporter. Je vais enrober un peu ce que je veux vraiment dire à Trump. Il s’agit de deux mots : ça commence par “F” et ça finit par “U” [“Fuck you, NDLR]. »« La loi et l’ordre », ultime coup de poker de Donald Trump

Le milliardaire, qui vante les vertus viriles de l’ordre et de la « domination » depuis le début de cette crise, opte pour une stratégie dangereuse, a par ailleurs estimé le chef de la police de Houston, Art Acevedo, auprès de la chaîne CNN :

« Je veux m’adresser au président des Etats-Unis, en tant qu’officier de police de ce pays. S’il vous plaît, si vous n’avez rien de constructif à dire, fermez-la. […] Il est temps d’agir en président, et pas comme si vous étiez dans The Apprentice [l’émission de télé-réalité que Donald Trump a animée dans les années 2000, NDLR]. Ce n’est pas Hollywood, des vies sont en jeu. »

Des critiques au sein du camp républicain

Après les scènes de violence qui avaient émaillé la nuit de dimanche, le président Donald Trump avait menacé lundi de déployer l’armée « pour régler rapidement le problème », des propos immédiatement dénoncés par l’opposition, mais également par certains républicains.

Parmi eux, Charlie Baker, le gouverneur du Massachusetts, qui a réagi après la fuite dans les médias d’un appel entre Donald Trump et plusieurs gouverneurs, où il les appelait à « dominer les manifestants ». « Si vous ne le faites pas, ils vont vous marcher dessus, vous allez avoir l’air d’une bande d’idiots », a-t-il notamment lâché. En conférence de presse, Charlie Baker a déclaré :

« J’ai entendu ce qu’a dit le président. […] Je sais que je devrais être surpris d’entendre des mots incendiaires comme ceux-là de sa part. Mais je ne le suis pas. De nombreuses fois, ces dernières semaines, le pays a eu besoin de compassion et de leadership. A la place, on a vu de l’amertume, de la compétitivité et de l’intéressement personnel. »

Si les élus républicains restent frileux dans leurs critiques, ils se gardent bien d’adopter la rhétorique du président dans leur Etat, comme le souligne le « Washington Post ». « Certains de ses tweets ne nous ont pas aidés, il nous aiderait s’il changeait le ton de ses messages », a déclaré le sénateur républicain de Pennsylvanie, Patrick J. Toomey.

Trump lâché par son ministre de la Défense

Depuis, l’unité du parti présidentiel a continué à se fissurer. Le secrétaire d’Etat à la Défense, Mark Esper, s’est désolidarisé des propos présidentiels en se positionnant contre le déploiement de l’armée dans les grandes villes du pays. « Je ne suis pas favorable au décret de l’état d’insurrection » qui permettrait une telle mesure, a déclaré Mark Esper.

Jim Mattis, l’ex-ministre de la Défense de Donald Trump qui avait démissionné, est à son tour monté au créneau pour accuser le président de « diviser » l’Amérique. L’ancien général des Marines a écrit :

« De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n’essaye pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d’essayer. »

Le président américain s’est aussitôt déchaîné sur Twitter, qualifiant Jim Mattis de « général le plus surestimé du monde » et de « chien fou ». « Je suis content qu’il soit parti ! », a insisté le locataire de la Maison-Blanche.





nouvelobs

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