le Sénat dénonce des « angles morts inacceptables » dans la politique de prévention



C’est un rapport sévère que la commission d’enquête du Sénat vient de rendre sur le spectaculaire incendie de Lubrizol à Rouen, survenu en septembre 2019. Celui-ci dénonce « des angles morts inacceptables » dans la politique de prévention des risques industriels en France mais aussi la gestion de crise du gouvernement. 

Le 26 septembre, un incendie de grande ampleur se déclenche sur un site Seveso seuil haut, à Rouen. Près de 9 505 tonnes de produits chimiques brûlent dans cette usine de lubrifiants automobiles et sur le site voisin de Normandie Logistique. L’incendie provoque un immense nuage de fumée noire de 22 km de long. Des retombées de suie seront retrouvées jusque dans les Hauts-de-France.

Cet « accident industriel majeur« , le pire depuis celui d’AZF pour l’Hexagone aurait-il pu être évité ? Dans son rapport publié ce 4 juin, la Commission d’enquête du Sénat dénonce en tous cas les failles de la politique française de prévention des risques industriels. « Sans victime apparente« , il a cependant marqué la population riveraine qui a rapidement dénoncé les effets respiratoires ressentis après l’incendie via notamment les réseaux sociaux avec près de 200 000 tweets sur le sujet en 24 heures.

La gestion de crise du gouvernement critiquée

Le rapport épingle notamment l’action gouvernementale et particulièrement celle de l’ex-ministère de la Santé Agnès Buzyn. Le « suivi sanitaire proprement dit, l’identification du risque sanitaire telle que pratiquée par le ministère de la Santé, a été à la fois tardive et incomplète« , écrivent les rapporteurs Christine Bonfanti-Dossat (LR) et Nicole Bonnefoy (PS) dans leurs conclusions. Pour la commission présidée par le centriste Hervé Maurey, la méthodologie adoptée par le ministère de la santé pour le suivi sanitaire est également « problématique ». « Il ressort (…) qu’il est impossible de se prononcer de manière définitive sur l’impact sanitaire de l’incendie Lubrizol, au vu des seules données récoltées dans le cadre de la surveillance environnementale, ces dernières étant totalement ou partiellement inexploitables« .

La ministre de la Transition écologique et solidaire est également critiquée. Son objectif affiché à la suite de la catastrophe – une « augmentation de 50% des contrôles d’ici 2022 à effectifs constants » –  est « peu réaliste« , selon le rapport. Les sénatrices dénoncent en outre la décision « prématurée » du ministre de l’Agriculture « prise dans l’urgence le 11 octobre » de lever l’interdiction de vente du lait produit dans plus de 200 communes.

les conséquences de 40 ans de politiques de risques industriels insuffisantes

Mais c’est 40 ans de politique de prévention des risques industriels qui sont en réalité critiqués par le rapport. Celle-ci « laisse apparaître des angles morts importants et inacceptables« , écrivent les rapporteurs. Et ce alors que « les crédits budgétaires alloués par l’État à la prévention des risques technologiques diminuent tendanciellement depuis plusieurs années« , ajoutent les sénatrices.

Les élues de la Haute Assemblée pointent en outre « le nombre réduit de sanctions prononcées » à l’encontre des pollueurs. Elles estiment « urgent de revoir la doctrine de communication de crise de l’Etat » consistant à « vouloir rassurer à tout prix ».

La rédaction avec AFP





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