Test Blu-ray : Police frontière


États-Unis : 1982
Titre original : The border
Réalisation : Tony Richardson
Scénario : Deric Washburn, Walon Green, David Freeman
Acteurs : Jack Nicholson, Harvey Keitel, Valerie Perrine
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h48
Genre : Policier, Drame
Date de sortie cinéma : 5 mai 1982
Date de sortie DVD/BR : 3 juin 2020

Charlie est un garde-frontière coincé entre le matérialisme cupide de sa femme et les souffrances dont il est témoin à cause de son travail. Il tombe dans la corruption et se retrouve mêlé à un trafic d’émigrants mexicains, est trahi par son voisin Cat, et assiste à la lente déchéance de Maria, une jeune clandestine qui a dû se séparer de son bébé avant de rentrer sur le sol des Etats-Unis avec son jeune frère. Il va alors trouver une cause à défendre en la personne de Maria. Pour réparer ses actes, Charlie devra tenir la promesse faite de lui rendre son enfant…

Le film

[5/5]

Le monde a énormément changé en l’espace de quarante ans, pour le pire et le meilleur. Bouleversements politiques, changements économiques, mutations urbaines, évolution des mœurs… Des murs et des systèmes tombent, des pays disparaissent, d’autres apparaissent, des unions se créent, d’autres se brisent totalement… Les choses changent à une telle vitesse qu’il paraît parfois difficile de s’y retrouver. Mais au cœur de ce monde en constante transformation, une chose paraît complètement et définitivement immuable : en matière d’immigration illégale, la situation au cœur des villes du Texas situées à la frontière avec le Mexique ne semble pas avoir varié d’un iota en l’espace de 40 ans.

État des lieux de la situation à El Paso en 1982, Police frontière propose au spectateur une véritable descente aux enfers, à travers les yeux d’un flic intègre balancé au cœur de la tourmente. Film d’atmosphère, anti-spectaculaire, Police frontière permet par ailleurs à Tony Richardson de renouer avec la volonté presque documentaire du « Free cinema », dont une des caractéristiques était de refléter au plus proche la réalité sociale du Royaume-Uni des années 50. Malgré le changement d’époque et de continent, ce parti-pris de l’authenticité permet au cinéaste de livrer au spectateur un véritable témoignage concernant la situation des migrants dans les villes américaines frontalières du Mexique. Une situation évidemment humainement inacceptable, qui se verra illustrée sans manichéisme par le film, à partir d’un récit ayant la particularité d’être à la fois poignant et révoltant.

Sortant tout juste (ou presque) du personnage de Jack Torrance dans Shining (1980), Jack Nicholson nous propose un virage à 180 degrés avec ce personnage de Charlie Smith, flic taciturne faisant un temps l’erreur de croire au « rêve américain » afin de chercher à faire plaisir à sa femme (Valerie Perrine), désireuse de quitter sa modeste condition sociale. Pour autant, et même si ce dernier se laisse un temps berner par la poudre aux yeux balancée par cette « grande vie » de façade à El Paso, il finira par déchanter en découvrant le revers de la médaille. Car le vice, la corruption et les magouilles règnent sur la région, offrant le faste attendu à une poignée d’élus alors même que les autres, les oubliés du système, crèvent littéralement dans la poussière et la merde, sous les restes et les détritus d’un système capitaliste outrancier. A la découverte du « prix » réel du train de vie mené par ses collègues et voisins, le dégoût et la colère prendront le dessus sur le personnage de Jack Nicholson. Il finira par exploser à la découverte de la « fièvre acheteuse » de sa femme, en lui balançant un très amer « I can’t afford a fucking dream house ». Bien sûr, dans l’esprit du personnage, le prix de cette « maison de rêve » et de l’indispensable « water bed » ne se compte pas uniquement en dollars, mais bel et bien en vies humaines et en destins brisés. Les destins de tous ceux qu’il croise tous les jours le long de la frontière, de cette jeune fille (Elpidia Carrillo) et de son bébé, qui subiront le pire dans l’unique espoir de trouver un « mieux » aux États-Unis. Ce rêve américain-là, Charlie Smith n’en veut pas, mais qui en voudrait ? Qui peut être assez égoïste pour fermer les yeux sur ce qui se passe juste à côté ?

Ample, crépusculaire, humain et par moments paradoxalement drôle, Police frontière s’impose comme un véritable chef d’œuvre, le plus beau et le plus intense de la carrière de Tony Richardson peut-être. Qu’il s’agisse du casting, des décors, de ses lignes de dialogues mémorables ou de sa musique, composée par Ry Cooder, tout est parfait. Un film beaucoup trop méconnu, à (re)découvrir de toute urgence.

Le Blu-ray

[4/5]

Disponible depuis quelques années en DVD dans une édition ne rendant pas franchement hommage aux qualités visuelles du film de Tony Richardson, Police frontière débarque finalement aujourd’hui au format Blu-ray en France, sous les couleurs de Rimini Éditions. Et le moins que l’on puisse dure cette fois, c’est que l’éditeur a fait preuve d’un grand soin afin de respecter le film tout autant que la performance extraordinaire de Jack Nicholson dans le film. Côté image, le grain typiquement 70’s du film – paradoxalement réalisé en 1982 – est parfaitement respecté, la définition est irréprochable, les couleurs éclatantes, et les noirs assez solides dans leur ensemble. Niveau son, VF et VO bénéficient de mixages DTS-HD Master Audio 2.0, les deux versions s’avérant agréables, propres et relativement équilibrés.

Dans la section bonus, on aura droit à un hommage à Tony Richardson (audio uniquement, 58 minutes), enregistré en 1992 suite avant et après la projection du dernier film de Tony Richardson, Blue sky. Animé entre autres par son ex-femme Vanessa Redgrave, leur fille Natasha Richardson ou encore les réalisateurs Lindsay Anderson, Kevin Brownlow et Karel Reisz, le sujet s’avère intéressant, très informatif et parfois amusant, même s’il aurait sans doute nécessité un petit montage.



Critique film

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