Entre LREM et la droite, cascade d’alliances au second tour pour battre la gauche et les écolos


Un « moment de clarification » : voici le diagnostic posé ce mercredi 3 juin d’Olivier Faure, appelé à commenter sur France-Info les multiples alliances de La République en marche avec la droite, conclues ces derniers jours à trois semaines du second tour des élections municipales. « Partout La République en marche fait alliance avec Les Républicains », constate le premier secrétaire du PS. « C’est d’ailleurs logique car le Premier ministre en est issu. Et ceux qui dominent la scène du côté de La République en marche, ce sont M. Darmanin [ministre du Budget, NDLR], M. Le Maire [ministre de l’Economie, NDLR], qui portent des propositions que portait autrefois la droite. »

Aux municipales, accords et désaccords entre socialistes et écologistes

De fait, malgré le changement de ton des dernières allocutions présidentielles, perçues comme l’amorce d’un éventuel virage plus social et écologique, le parti majoritaire, qui avait retiré son investiture à Gérard Collomb après son alliance avec la droite à Lyon, a scellé quasiment partout des pactes… face à la gauche, avec Edouard Philippe à la manoeuvre.

Lyon : Collomb lâché par LREM

C’était le premier coup de semonce de ce qui est devenu une tendance de fond : pour faire barrage aux écologistes, arrivés en tête aux élections métropolitaines et municipales à Lyon, l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, maire historique de la ville, s’est allié le 28 mai avec la droite locale. Une annonce qui ulcérait alors nombre de cadres du parti présidentiel, dans une région dirigée par le très droitier Laurent Wauquiez.Collomb s’allie avec la droite : l’éclaireur de Macron ?

Ex-PS et « marcheur » de la première heure, Gérard Collomb renonce à la présidence de la puissante Métropole de Lyon, dont les conseillers sont élus au suffrage universel direct en même temps que les conseillers municipaux des communes qui la composent, au profit de François-Noël Buffet (LR) ; en échange, le candidat de droite sur la ville, Étienne Blanc, s’efface derrière Yann Cucherat, poulain de Collomb.

Paris 5e : Berthout rallie Dati et abandonne son étiquette

Dans le 5e arrondissement de la capitale, Rachida Dati (LR) est parvenue à présenter une liste de rassemblement en ralliant la maire sortante Florence Berthout, qui abandonnera son étiquette LREM du premier tour pour présenter une liste divers-droite au second. « Mardi 2 juin, un accord a été trouvé dans le 5e arrondissement avec Florence Berthout, qui sera candidate divers-droite soutenant la candidature de Rachida Dati », a indiqué l’équipe de la candidate LR dans un communiqué.

Concrètement « il ne s’agit pas d’un accord avec LREM » puisque Florence Berthout « a déposé une liste d’union de la droite et du centre » et est « inscrite en divers-droite », a-t-on précisé dans l’entourage de la candidate. Florence Berthout, issue des rangs de LR, avait rallié LREM pour cette élection, et de sources concordantes l’idée d’une alliance était bien avancée pour le second tour. Rachida Dati avait toutefois assuré vendredi qu’il n’y avait « pas de fusion » avec la liste de la maire sortante.

« Je condamne fermement cet accord de boutiquier, destiné à sauver des places, si loin des valeurs que nous avons portées », a réagi en retour le député (LREM) de Paris Hugues Renson, estimant que « les habitants du Ve méritent autre chose ». Florence Berthout était arrivée en tête du premier tour le 15 mars avec 28,5% des voix, devant la liste de Paris en commun (Anne Hidalgo) emmenée par Marie-Christine Legardeley (25,42%). Anne Biraben, la candidate de Rachida Dati, était arrivée troisième avec 17,27% des voix.

Strasbourg : double rebondissement et des chances de gagner

C’est un coup de théâtre : alors que les socialistes et écologistes strasbourgeois ont échoué mardi à fusionner leurs listes, le candidat LREM Alain Fontanel a fait in extremis cause commune avec LR pour le second tour des municipales, avec de bonnes chances de l’emporter. Si la liste « Unis pour Strasbourg » venait à décrocher la septième ville de France, ce serait une prise de choix pour le parti présidentiel et l’une des rares sinon la seule grande ville à tomber dans son escarcelle.

« Je m’étais adressé aux deux candidats les plus proches, (la PS) Catherine Trautmann et (le LR) Jean-Philippe Vetter et, ce soir, Jean-Philippe Vetter a répondu favorablement », a déclaré à l’AFP Alain Fontanel, dont la liste LREM avait totalisé près de 20 % des voix lors du premier tour, contre 18 % pour celle de Jean-Philippe Vetter.

Longtemps favori pour succéder à Roland Ries qui, après deux mandats, ne se représente pas, Alain Fontanel a subi une véritable douche froide le soir du premier tour, terminant deuxième, loin derrière la candidate écologiste Jeanne Barseghian (28%) qui semblait donc en bonne position pour s’installer dans le fauteuil de maire au soir du 28 juin prochain.

Sur le flanc pendant de longues semaines en raison d’un Covid particulièrement virulent, cette spécialiste du droit l’environnement avait repris les négociations avec la tête de liste PS, l’ancienne maire de Strasbourg et ex-ministre de la Culture, Catherine Trautmann (troisième avec 19 %), en vue d’une fusion de leurs listes. Ces derniers jours, de nombreuses voix dans la gauche locale avaient d’ailleurs appelé les deux femmes à y parvenir. Mais mardi après-midi, premier coup de tonnerre : elles ont annoncé avoir échoué à s’entendre, se renvoyant la responsabilité de l’échec. Une occasion qu’Alain Fontanel et Jean-Philippe Vetter n’ont manifestement pas voulu laissé passer.

Bordeaux : avec l’héritier de Juppé pour battre un écologiste

Lundi 1er juin au soir, le candidat LREM Thomas Cazenave s’est rangé derrière le maire sortant LR de Bordeaux Nicolas Florian pour le second tour des municipales. L’édile avait dominé d’une très courte tête (34,6 %) le premier tour, un souffle (96 voix !) devant le candidat écologiste Pierre Hurmic (34,3%), allié à la gauche. Le spectre d’une quadrangulaire était alors en vue et promettait de mettre Nicolas Florian dans une situation potentiellement délicate.

A Bordeaux, le candidat LREM rallie la liste du maire sortant LR

Thomas Cazenave, troisième avec seulement 12,7 % des voix, devançait lui de peu Philippe Poutou, du NPA (11,8 %). En début de semaine dernière encore, il indiquait vouloir maintenir sa liste, suivant la ligne qu’il avait définie dès le début de sa campagne. Mais cet ex-délégué interministériel à la transformation de l’Etat a échangé pendant la période de confinement avec le camp LR, et avait eu des discussions en tête à tête à plusieurs reprises les jours précédant l’accord avec la liste de Nicolas Florian, lui-même considéré comme « Macron compatible ».

Alliances avec la droite : l’indignation à géométrie variable de la macronie

Selon le quotidien « Sud Ouest », le Premier ministre Edouard Philippe, juppéiste comme Nicolas Florian, aurait joué un rôle dans ce rapprochement de dernière minute. Un proche d’Edouard Philippe a confirmé à l’AFP que le Premier ministre avait bien œuvré au rassemblement.

Le secrétaire national d’EELV Julien Bayou a dénoncé mardi la « coalition anti-climat » mise en place selon lui par les « droites LREM et LR » à Lyon et Bordeaux. « Il y a un front anti-écolo qui se crée », « LR et LREM organisent une coalition anti-climat pour bloquer les écologistes à Lyon et Bordeaux », a-t-il critiqué sur Sud Radio.

Clermont-Ferrand : pour battre le maire PS sortant

Les candidats LR et LREM ont également conclu une alliance de dernière minute à Clermont-Ferrand, relançant la campagne des municipales face au maire PS sortant, Olivier Bianchi, arrivé largement en tête au premier tour (38 %). Le candidat LREM Eric Faidy (15,5 % au premier tour), cadre chez Michelin de 59 ans, a conclu une alliance avec le LR Jean-Pierre Brenas (20,7 %) qui mènera la liste fusionnée dans ce bastion socialiste historique.

EXCLUSIF. 52 % des Français n’ont pas l’intention d’aller voter au second tour des municipales

En Auvergne, des voix commencent à émerger pour réclamer le même sort pour Eric Faidy que pour Gérard Collomb, à savoir la privation de l’étiquette LREM. « De cette décision, que nous considérons comme personnelle et relevant de basses manoeuvres politiques ourdies dans le dos des représentants locaux du parti présidentiel, nous exigeons que cette liste fusionnée ne puisse se prévaloir du soutien de La République en Marche pour ne pas tromper notre électorat », écrivent ce mercredi matin la députée LREM du Puy-de-Dôme Valérie Thomas avec le référent du parti dans le département.

« Nous regrettons profondément le choix personnel de quelques colistiers LREM qui va à l’encontre des valeurs du mouvement créé par le président de la République ».Crise des partis politiques : « Tout le système repose désormais sur le spectacle »

De son côté, Jean-Pierre Brenas, qui siège au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes dans la majorité de Laurent Wauquiez, a indiqué laconiquement sur Twitter qu’il se mettait « provisoirement en retrait de (sa) famille politique » le temps de la campagne. Pour sa part, le maire sortant Olivier Bianchi a raillé auprès de l’AFP une « alliance d’opportunité », qui est pour lui davantage synonyme de « confusion » que de fusion. Il devra désormais tenter de l’emporter avec sa liste de gauche unie PS/EELV/Générations/PCF, où manquera toutefois La France insoumise. Pas une mince affaire, car la candidate de LFI Marianne Maximi (12,3 % au premier tour) partira seule pour le second tour.





nouvelobs

A lire aussi

Laisser un commentaire