Pour laisser Trump poser Bible à la main, la police disperse violemment des manifestants pacifiques


L’image est forte, celle de Donald Trump posant Bible à la main, lundi. Une image que ses adversaires dénoncent comme étant un coup de com’ fait au prix d’une dispersion violente de manifestants pacifiques. « L’Obs » reprend le fil de la séquence.

L’Amérique, raciste pour l’éternité ?

Les forces de l’ordre ont d’abord dégagé le passage. Lundi soir, à coup de tirs de gaz lacrymogènes, de grenades et de balles en caoutchouc, elles ont dispersé une foule pacifique venue manifester à Lafayette Square devant la Maison Blanche contre le racisme après la mort de George Floyd, la semaine dernière, par la police. A quelques mètres, le président américain a prévu une séance photo spéciale. Arrivé à pieds depuis la Maison Blanche, quelques minutes avant le couvre-feu instauré dans la capitale, Donald Trump a effectué une visite surprise devant l’église épiscopale Saint John, surnommée « l’église des présidents », et dégradée la veille en marge d’une manifestation. Devant les portes closes du bâtiment emblématique, il a posé, Bible à la main et lancé : « Nous avons un grand pays ».

« C’est le plus grand pays du monde. Et nous allons garantir sa sécurité », a-t-il ajouté, rejoint devant le bâtiment notamment par le ministre de la Justice Bill Barr et par la porte-parole de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany.

Un contraste saisissant

Le contraste entre les images des manifestants pacifiques noyés sous les gaz, dont certains vomissaient et pleuraient, et celle du président, n’a pas manqué de susciter de nombreuses voix critiques qui ont dénoncé une mise en scène indécente et un abus de pouvoir. La maire démocrate de Washington, Muriel Bowser, a dénoncé une dispersion « honteuse » qui, selon le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, ne servait qu’à offrir au président « une séance photo ». Sur CNN, Mgr Mariann Edgar Budde, du diocèse épiscopal de Washington, s’est indignée :

« Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse sans autorisation comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu (…) Je suis scandalisée »

Elle a ajouté :

« Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel (…) Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. »

Image orchestrée

La séquence a été orchestrée par le service de communication de la Maison Blanche. Le « Washington Post » raconte que le président Trump a commencé à réfléchir à une visite à l’église épiscopale de St John lundi matin, « après avoir passé la nuit à dévorer la couverture sur les chaînes câblées des manifestations à travers le pays, y compris devant la Maison Blanche. »

Il apprend qu’un départ de feu, en marge des manifestations, a endommagé l’église historique. « Trump était impatient de montrer que la capitale nationale – et en particulier son quartier – était sous contrôle », écrit le quotidien américain.

Il aurait également été agacé par la couverture médiatique de son appel téléphonique à la famille Floyd ce week-end, qu’il a estimé positif. Le président aurait également été bouleversé après avoir été abrité dans le bunker de la Maison Blanche, vendredi soir, par le Secret Service

Violences policières américaines : sont-elles vraiment inéluctables ?

La décision de Trump de parler à la Nation depuis la Roseraie de la Maison Blanche où il a menacé d’envoyer l’armée face aux violences et de visiter l’église, a été prise dans la journée, selon une source au « Washington Post ».

Pour l’équipe de campagne de Trump, cette visite a été un succès. En fin de journée, lundi, elle a tweeté une photo en noir et blanc du président américain marchant vers l’église.





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