l’indignation à géométrie variable de la macronie


Logiquement, la direction de LREM aurait dû s’indigner du « malaise » bordelais. Un mini scandale politique passé presque inaperçu. Et pourtant. Sur les bords de la Garonne, on a vécu une petite affaire de perte d’éthique à peu près similaire à l’affaire lyonnaise. Le candidat d’En Marche !, Thomas Cazenave (LREM), proche d’Emmanuel Macron, après avoir fait la danse du ventre au candidat écologiste, Pierre Hurmic, en passe de s’emparer de la mairie, a brusquement retourné sa veste, pour fusionner avec la liste du maire sortant LR, Nicolas Florian. Quelques jours avant ce tête-à-queue politique, Cazenave avait déclaré dans « le Figaro Magazine » qu’un abîme le séparait de l’édile juppéiste. Florian ? « On ne partage ni des convictions, ni des valeurs », avait-il déclaré d’un ton ferme. Ou encore, sur une chaîne de télévision locale, TV7 : « Florian est un adversaire politique, sur le plan des valeurs mais également sur le fond, sur le projet. »

Qui est cet écolo qui crée la surprise à Bordeaux ?

Durant la campagne, à fleurets mouchetés, les équipes macronistes avaient même attaqué le maire en place sur son éthique, laissant entendre que l’héritier d’Alain Juppé aurait touché des indemnités de chômage durant de longs mois, tout en étant adjoint au maire. Ils avaient signalé, un mouchoir sur la bouche, la présence de militants de Sens Commun sur la liste de Florian. Brrr… un cas de force majeure pour ne jamais fusionner. Aujourd’hui, tout cela est oublié. Le mariage entre les « contraires » s’est fait en catimini, sans publication des bans. Honteux ? En tout cas, pas de quoi gonfler le torse.

Collomb répudié

Paradoxe, il y a une dizaine de jours, les apparatchiks marcheurs parisiens avaient répudié sans ménagement Gérard Collomb, lequel, pour empêcher les écologistes de diriger la deuxième ville de France, a fait alliance avec la droite locale. Son cas fut réglé, illico presto, avec la bénédiction de l’Elysée. Gégé le baron, le parrain politique du président, fut envoyé au pilori, viré du mouvement, pour cause de trahison suprême. L’homme fut marqué au fer rouge par les « freluquets » de la capitale. Certains ministres montèrent même au créneau pour évoquer la fin pitoyable d’un « homme perdu », désormais devenu un paria. Curieuse conception de la politique. A Lyon, on trucide, on envoie Ganelon aux galères. A Bordeaux, on ferme les yeux, on joue les Ponce Pilate, on absout. Pourquoi une telle différence de traitement ? Au fond, les deux candidats d’En Marche ! ont eu strictement la même démarche : barrer la route de l’Hôtel de Ville aux candidats Verts, en passe de l’emporter au deuxième tour, Grégory Doucet à Lyon, et Pierre Hurmic, à Bordeaux.Collomb s’allie avec la droite : l’éclaireur de Macron ?

Gérard Collomb le réprouvé a pourtant gardé le silence, meurtri par tant d’ingratitude, car il n’avait fait qu’appliquer ce qui existait depuis des mois dans les pratiques du parti présidentiel. A Paris, Agnès Buzyn ne compte-t-elle pas sur ses listes deux maires d’arrondissement estampillées LR, Florence Berthout et Delphine Bürkli ? L’ancien ministre de l’Intérieur a donc suivi à la lettre la politique du président, lequel a débauché des barons LR dès le début de son mandat. Souvenez-vous, c’était il y a des siècles, avant la pandémie. Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, devenus aujourd’hui des piliers de l’exécutif. Certes, ce trio gagnant faisait partie de la catégorie des « bons LR », des présentables, des macro-compatibles. C’est sur cette nuance, illisible, indéchiffrable, que se joue le destin de nombreuses mairies.

Gérard Collomb, par Marc Lambron : « A Lyon, la politique est un long banquet »

Or, la stratégie d’Emanuel Macron n’a jamais vraiment changé, malgré quelques sautes d’humeur en direction de la gauche – très passagères d’ailleurs. Ce président aime brouiller les pistes, pour rester insaisissable, pour ne pas dire fuyant, ne jamais être pris dans les phares. Or, le choix peu glorieux de son représentant bordelais le fige définitivement sur une ligne qui gomme à tout jamais le concept fumeux du « en même temps » et nous renvoie à une triste réalité : le Nouveau Monde pourrait bien être encore pire que l’ancien… La dérive girondine nous oblige à poser cette question : les macronistes sont-ils prêts à s’allier avec le diable pour empêcher les Verts de gouverner nos métropoles ?





nouvelobs

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