TRIBUNE. Le vote électronique, une priorité démocratique


Le report du second tour des élections municipales en France a constitué un choc démocratique sans précédent. Au-delà de l’inquiétude face à la crise sanitaire, une question subsidiaire s’est posée : comment se fait-il qu’au XXIème siècle, alors que partout la digitalisation est en marche, on vote encore en France comme au XIXème siècle ? Pourquoi certains pays sont-ils déjà beaucoup plus avancés que nous sur le sujet, notamment l’Estonie où le vote électronique est en place depuis 2005 ?

Des solutions existent

Le vote électronique pose évidemment des questions majeures en termes de sécurité. Avant de le déployer pour des élections nationales, il est impératif de s’assurer de certains pré-requis : d’abord, que le décompte des votes ne puisse faire l’objet d’un piratage ; ensuite, que personne ne soit en mesure de falsifier son identité électronique ; et enfin que le vote de chacun soit anonyme et le reste toujours. D’autres questions techniques se posent, comme par exemple la garantie qu’on ne puisse pas exercer de coercition au moment de voter, ou la certitude que le décompte n’intervienne pas en cours de vote pour ne pas influencer le résultat.

Il n’existe aujourd’hui aucune technologie répondant de manière entièrement satisfaisante à ces questions. Même le système estonien a fait l’objet de critiques. Mais il est probable que des solutions pourront être apportées à terme à condition d’en faire une priorité. De nouvelles technologies, en matière de cryptographie ou de décentralisation des opérations, ouvrent des perspectives. Or les moyens mis en œuvre sur ce sujet sont tout simplement dérisoires.

Les opportunités promises par le vote électronique méritent largement un plus grand effort. La facilitation du vote n’est pas le seul avantage. Dans certains pays ou pour certaines élections régulièrement contestées (comme par exemple au sein des partis politiques, ou en cas de résultats très serrés), il pourra apporter une sécurité accrue, en offrant la possibilité à chacun de vérifier anonymement que tous les bulletins ont été dépouillés, ou que son propre vote a bien été comptabilisé. Surtout, des solutions innovantes pourront être testées : consultations locales, tables-rondes citoyennes, conférences de consensus, vote préférentiel, liquide, quadratique …

Une nouvelle gouvernance

On entend poindre les objections. Le vote électronique ne mettra-t-il pas fin à un rituel démocratique symbolique ? On peut toujours le laisser coexister avec le vote papier – en Estonie la plupart des jeunes qui votent pour la première fois préfèrent se rendre dans les isoloirs. Ne risque-t-on pas de laisser de côté toute une partie de la population ? Il faudra bien sûr éduquer et accompagner. Après tout, lors des élections en France de 1848, 50% de la population française était analphabète !

En nous amenant à voter plus souvent, ces nouveaux outils ne déplaceront-ils pas notre équilibre institutionnel ? C’est justement une opportunité à saisir. Certes, mais si ces votes sont mal informés, faussés par la prolifération des fake news ? Et bien c’est en multipliant les cas concrets, avec moins d’enjeu sur chaque élection, qu’on pourra trouver les réponses appropriées. Il y avait probablement autant de journaux partisans pendant la Révolution que de chaînes YouTube incontrôlées aujourd’hui…

Il est urgent que la France engage un programme ambitieux en la matière. Des travaux sont en cours pour améliorer le vote par internet des Français de l’étranger mis en place en 2012. Il faut être plus ambitieux. Pourquoi une coalition d’États démocratiques ne travaillerait-elle pas à une solution Open Source qui serait ensuite adaptée aux besoins de chacun ? Ici comme ailleurs, le coronavirus nous impose de nous organiser différemment. Et de préparer les conditions d’une nouvelle gouvernance à tous les échelons.

Gilles Mentré et Franck Nouyrigat

Cofondateurs d’Electis

Electis est une association à but non lucratif dédiée à la promotion du vote électronique de nouvelle génération. Apolitique et non-commercial, Electis s’appuie sur une communauté et facilite des projets concrets de vote. Deux premiers projets sont prévus pour 2020 : un vote interuniversitaire international et un vote de la jeunesse lors de la COP26.





nouvelobs

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