comment l’Eglise a remué ciel et terre pour obtenir la reprise des rassemblements religieux



Lundi 18 mai, peu avant 19 heures. Le Conseil d’Etat ordonne au gouvernement de lever l’interdiction des rassemblements religieux, qui est « disproportionnée » et constitue « une atteinte grave et manifestement illégale » à la liberté de culte. Le juge des référés donne huit jours à l’exécutif pour publier un nouveau décret.

Cinq jours suffiront : dans la nuit du 22 au 23 mai, Christophe Castaner autorise la reprise immédiate des cérémonies religieuses, sous condition de respect des règles sanitaires spécifiques (PDF). Le ministère de l’Intérieur rappelle son « objectif » de voir les cultes patienter jusqu’au « 3 juin » avant « une reprise généralisée », le temps d’avoir un bilan sanitaire des trois premières semaines de déconfinement. Certains prêtres s’empressent toutefois de célébrer, le jour même, leur première messe « déconfinée ».

Si la Conférence des évêques « se réjouit » de ce redémarrage tant attendu (notamment pour les finances des diocèses, fortement dépendantes des quêtes), elle ne triomphe pas. L’accélération du calendrier n’est pas tant de son fait que le fruit de référés déposés début mai par des organisations identitaires comme le Parti chrétien-démocrate, Civitas ou encore l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité français et chrétienne (Agrif).

Fières « d’avoir contribué à la libération du culte catholique », ces dernières prennent un malin plaisir à souligner que les évêques, « confinés dans leurs évêchés », n’avaient « pas déposé de requête ».

« Civitas et l’Agrif sont des habitués du militantisme judiciaire, rappelle Philippe Portier. Ils ont peu de troupes mais cette stratégie leur permet de marquer des points au sein de l’Eglise et d’entraîner derrière eux une masse de croyants. On retrouve chez eux la notion de ‘sainte colère’, langage typique de l’extrême droite catholique, qui appelle à défendre la sainteté de l’Eglise en montrant les dents face au pouvoir sécularisé. »

« Nous ne pensons pas que notre mode de travail avec le gouvernement soit de faire un procès à l’Etat, se justifie Thierry Magnin, porte-parole de la Conférence des évêques. Nous étions dans un dialogue intelligent et ferme, pas dans un bras de fer. Sans notre travail, le gouvernement n’aurait pas en face de lui une Eglise en état d’organiser la reprise. » 

Pour autant, certains évêques parmi les virulents plaident pour un changement de stratégie à l’avenir. « Il faut repenser notre rapport aux juridictions administratives », avance ainsi Matthieu Rougé, l’évêque de Nanterre. « Il faut utiliser le droit au maximum », abonde son homologue de Montauban, Bernard Ginoux. Confinée ou pas, l’Eglise continue de chercher sa place au sein de l’Etat.

*** 
Texte : Yann Thompson
Illustration : Jessica Komguen





francetvinfo

A lire aussi

Laisser un commentaire