pourquoi cette phrase de Trump a un lourd passé historique


C’est une première : Twitter a délibéremment masqué ce vendredi 29 mai un message posté par le président des Etats-Unis, suivi par plus de 80 millions de personnes sur le réseau social. Motif avancé ? « Apologie de la violence ». Après la mort à Minneapolis d’un homme noir, George Floyd, lors d’une violente interpellation par des policiers blancs, Donald Trump a réagi sur le réseau social. Il y suggère aux forces de l’ordre de « tirer » pour stopper les émeutes.

« Ces VOYOUS déshonorent la mémoire de George Floyd, et je ne laisserai pas faire cela. Viens juste de parler au gouverneur Tim Walz et lui ai dit que l’armée est à ses côtés tout du long. Au moindre problème, quand les pillages démarrent, les tirs commencent. Merci ! »

Emeutes de Minneapolis : Twitter signale un tweet de Trump pour « apologie de la violence »

Relents racialistes

Mais cette expression, « quand les pillages démarrent, les tirs commencent » (« When the looting starts, the shooting starts », en VO), est loin d’être anodine. On la doit à Walter Headley, qui dirigeait la police de Miami d’une poigne de fer dans les années 1960. Une époque où la lutte des Noirs américains pour leurs droits civiques était encore sévèrement réprimée par les forces de l’ordre.

Le « Washington Post » estime d’ailleurs que cette fameuse phrase de Walter Headley a largement contribué aux émeutes raciales qui ont embrasé l’Amérique à la fin des années 1960. On la retrouve ici, dans cette archive du « United Press International » :

Archive du « United Press International », 28 December 1967.

À sa mort, Headley fut dépeint dans la nécrologie d’Associated Press en « architecte d’une répression d’envergure, qui consistait à envoyer des chiens policiers et des patrouilleurs armés de fusils de chasse dans les bidonvilles de Miami ». Curieuse référence, donc, pour Donald Trump.

Quelques heures après, le réseau social américain a masqué ce tweet donnant l’impression d’inciter les forces de l’ordre à faire usage de leurs armes, en laissant simplement la possibilité de le citer avec des commentaires mais pas de le retweeter ni de le « liker » ou d’y répondre. Le tweet reste intégralement visible lorsqu’on clique sur le message.

« Ce tweet viole les règles de Twitter sur l’apologie de la violence. Toutefois, Twitter estime qu’il est dans l’intérêt du public que ce tweet reste accessible », selon le réseau social.

Le compte officiel de la Maison-Blanche a donc repris à son compte les mots du président, retweetant le même message.

Le président Trump, ulcéré par l’attitude de Twitter à son égard, a signé jeudi soir un décret visant à limiter la protection des réseaux sociaux et la latitude dont ils bénéficient dans la modération de leurs contenus. Twitter a signalé pour la première fois mardi des messages du président américain, en ajoutant la mention : « Vérifiez les faits ». Il s’agissait de tweets affirmant que le vote par correspondance était forcément « frauduleux » car sujet aux manipulations, une question ultra-sensible en pleine année électorale.





nouvelobs

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