Collomb s’allie à LR pour assurer sa succession à Lyon, et franchit une « ligne rouge » selon Guerini


Après 20 ans de règne sur Lyon, Gérard Collomb assurera-t-il sa succession en passant le flambeau à la droite ? C’est le pari qu’il tente en s’alliant à LR, contre les Verts, au second tour des élections, tout en renonçant au premier rôle.

« C’est un moment qui peut surprendre car nous venons de familles politiques différentes », a convenu jeudi l’ex-ministre de l’Intérieur, en prenant la parole aux côtés de ses nouveaux partenaires. « Mais aujourd’hui nous voulons une union pour affronter la crise qui s’annonce et permettre la reconstruction de Lyon », a ajouté le maire sortant.

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Ce rapprochement était pressenti depuis quelques mois et la claque reçue le 15 mars par Collomb, arrivé dernier des favoris dans la course à la métropole, vrai siège du pouvoir lyonnais, le rendait encore plus probable.

Personne ne s’attendait, en revanche, à ce que le baron investi par LREM renonce à briguer la présidence de la collectivité au profit de François-Noël Buffet (LR). En échange, le candidat de droite sur la ville, Étienne Blanc, s’efface derrière Yann Cucherat, poulain de Collomb. « Je l’ai proposé dès notre première rencontre », a assuré Collomb lors d’une conférence de presse commune, organisée au lendemain d’une entrevue avec le patron de la région, Laurent Wauquiez. Un timing qui n’a pas échappé à leurs adversaires.

« Une alliance contre nature »

« C’est un accord entre Collomb et Wauquiez, une alliance contre nature, qui prend la crise actuelle comme alibi, au mépris des électeurs », dénonce David Kimelfeld, candidat LREM dissident à la présidence de la métropole qu’il dirige depuis 2017. A l’époque, Collomb la lui avait confiée avant que les deux hommes ne se brouillent.

« Gérard Collomb propose un nouveau projet politique : la droite plurielle », a ironisé Sandrine Runel, candidate de la Gauche Unie (autour du PS) en passe de fusionner avec les Verts.

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Leur chef de file sur la métropole, Bruno Bernard, évoque, lui, « une coalition anti-climat, faite non pas pour porter un projet mais simplement faire opposition à la victoire des écologistes ».

Les intéressés ne s’en cachent pas. Depuis que les Verts, qui devraient s’allier aussi pour le second tour à la candidate soutenue par LFI, ont remporté largement le premier en arrivant en tête dans huit circonscriptions métropolitaines sur 14 et huit arrondissements sur neuf sur la Ville, la droite et le camp Collomb agitent le chiffon rouge du péril vert et de l’extrême gauche.

Non sans forcer le trait : à les entendre, « dogmatisme », « sectarisme » et stratégie de « décroissance » menaceraient l’avenir de la deuxième agglomération de France, gouvernée de longue date dans un consensus centriste. « Nous sommes inquiets de ce que nous pouvons lire dans les programmes électoraux », a encore affirmé jeudi Étienne Blanc.

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« C’est un peu comme les chars russes en 1981 », s’amuse un observateur – certains annonçaient leur arrivée place de la Concorde en cas d’élection de François Mitterrand à la présidence de la République.

Une « ligne rouge » selon Stanislas Guerini

Reste à savoir comment ce rapprochement sera accueilli par les électeurs.

« Ce n’est pas un petit défi, c’est le début d’une ambition importante en dehors de tout accord d’appareil », estime François-Noël Buffet.

De fait, le scénario n’a pas convaincu la direction de LREM. Stanislas Guerini a estimé que Collomb avait « franchi une ligne rouge » et évoqué un retrait de l’investiture de Yann Cucherat.

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« Dans toute ma vie politique, je n’ai pas été caporalisé », a déjà rétorqué Collomb, qui n’avait prévenu ni Emmanuel Macron ni personne d’autre. De quoi faire regretter au parti présidentiel de lui avoir accordé l’investiture plutôt qu’à David Kimelfeld. Ce dernier estime que « cette nouvelle donne rebat toutes les cartes ». Et il compte bien en discuter avec les Verts dans les prochains jours.





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